Paris Est Marne et Bois place les coopérations territoriales au cœur de son innovation
En juillet 2024, l’établissement public territorial (EPT) Paris Est Marne & Bois* accueillait la 10e Rencontre du Réseau des catalyseurs territoriaux sur le thème « Activons ensemble la territorialisation des transitions, au cœur des enjeux locaux ». Le 18 novembre 2025, c’est au Salon des Maires que le Réseau des catalyseurs territoriaux a lancé le vadémécum « Ingénieries territoriales ; (ré)inventons les liens et les lieux ». Zoom sur cette publication, et la mise en œuvre de pratiques innovantes avec Frédérique MARQUET, Co-présidente du Réseau des catalyseurs territoriaux, et Directrice adjointe du Pôle Environnement, innovation et coopération internationale de l’EPT Paris Est Marne & Bois.
Le Réseau des catalyseurs territoriaux a été créé en 2014 et structuré en 2019 : il organise chaque année depuis 2015 une Rencontre annuelle, structurée autour de temps de réflexion, en conférences, et d’échanges de pratiques, en ateliers.
Publié le 18 novembre 2025, le vadémécum « Ingénieries territoriales ; (ré)inventons les liens et les lieux » s’adresse aux élus et aux décideurs publics et privés. Il valorise les pratiques innovantes qui accélèrent les transitions au cœur des territoires, afin de faire connaître et reconnaître les spécificités de l’ingénierie du lien, de la catalyse territoriale ; aux côtés des ingénieries de gestion et de management de projet.
Votre Réseau vient de publier un vadémécum sur les ingénieries territoriales. Pouvez-nous en présenter le contenu ?
Frédérique MARQUET (FM) :
Cette publication vise à répertorier 10 ans de capitalisation sur les ingénieries de catalyse territoriale, qui articule la connaissance, l’interconnaissance entre acteurs du territoire. La catalyse territoriale permet de favoriser des interactions, puis de produire des solutions, menées localement en coopération.
Les pratiques de coopération sont très différentes, selon le profil des intervenants mobilisés, l’approche des solutions et les ingénieries mobilisées.
Que recouvre le terme de « catalyseur territorial » ?
FM : Ce qu’on entend par catalyseur, c’est une posture, une manière de fonctionner. Il peut agir au sein d’une collectivité, d’une entreprise, d’une institution, d’une association ou d’une fondation. Leur point commun, c’est de créer du dialogue et des coopérations opportunes au niveau local.
Nous distinguons 4 positionnements, qui ont été modélisés par Le RAMEAU :
– Créer des dialogues territoriaux, entre acteurs d’univers différents, pour créer de l’interconnaissance.
– Mener des expérimentations collectives, pour déployer un projet concret avec plusieurs acteurs
– Accompagner différentes structures, souhaitant mener à bien un projet de catalyse et ayant besoin d’être guidé pour y parvenir, dans un rôle d’ingénierie
– Gestion d’un lieu, comme un tiers-lieu
Comment se déclinent ces positionnements de catalyse territoriale sur votre territoire ?
Pour le dialogue territorial, notre territoire a un exemple emblématique, avec Vitawin. Sur une problématique commune de l’éducation et de l’emploi, ce projet a rapproché des écoles, des élèves et des entreprises. Avant de structurer un dialogue territorial sur une échelle importante (les 13 communes de l’EPT), des priorités et des thématiques d’actions ont émergé pour se connaître, agir ensemble, et être accompagné.
Actuellement, nous menons des expérimentations collectives, dans le cadre du Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET). Ainsi, nous proposons à des startups incubées sur PEMB d’expérimenter en situation réelle leurs solutions sur le territoire de PEMB avec des villes-pilotes qui s’engagent à nos côtés. Par exemple, nous avons développé le cadastre solaire Territorial Marne et Bois SOLAR MAP, un outil qui identifie le gisement solaire de votre toit afin d’installer de manière optimum des panneaux photovoltaïques ; mais également nous menons une expérimentation avec un consortium d’experts AMELIA avec pour objectif de produire une cartographie dynamique de la qualité de l’air et du bruit à partir des mobilités avec de l’IA frugale.
En matière d’accompagnement, une responsable du service jeunesse de Villiers sur Marne nous avait demandé de l’aider à faire évoluer le forum des métiers des jeunes en classe de 4ème de sa commune, qui compte deux collèges. La mobilisation, dès la phase amont, de différents intervenants – Education nationale, chefs d’entreprises, agents et élus de la collectivité – a permis de rendre ce salon plus dynamique et interactif.
Sur le volet gestion de lieu, nous allons bientôt disposer de deux espaces de co working avec incubateurs : le premier est le living lab Greentech (LLG Greentech), géré par le CGDD (Commissariat général au développement durable), et le second sera un nouvel espace, qui ouvrira en 2026 à Charenton.

Signature de la charte d’engagement des villes-pilotes AMELIA de PEMB, le 3 juillet 2025, au CRESCO à Saint-Maurice
D’après votre expérience, en quoi les coopérations territoriales ont-elles un effet levier sur l’innovation et le développement de votre territoire ?
FM :Elles ont un effet levier positif et démultiplicateur sur l’innovation et le développement territorial, en termes de pertinence, de réponse aux besoins, et pour susciter une dynamique durable.
Un projet de coopération local crée de la confiance, grâce à l’interconnaissance et à la mise en œuvre d’un projet concret, qui peut déboucher sur de nouvelles opportunités, entre personnes impliquées sur un projet mené en coopération.
Comment se met en œuvre l’innovation au sein de votre EPT ?
FM : Au départ, j’ai rejoint PEMB en 2018, pour essaimer l’innovation territoriale, que je développais depuis quelques années sur les communes de Charenton et de Saint-Maurice (cf. Récit de Charenton, Territoire de confiance), auprès des 13 communes de Paris Est Marne & Bois. J’étais chef d’un pôle de 2 personnes, rattaché à la Direction de l’économie, puis j’ai rejoint, seule, la Direction de l’Environnement.
Sur un plan opérationnel, je suis référente de l’innovation territoriale, et j’agis, selon les projets, en lien avec les directions et services de l’EPT et ses villes, en interne, et les partenaires associés, en externe. Le propre même de la catalyse territoriale est de mobiliser, fédérer des acteurs externes.
C’est en 2021 qu’a été adoptée la politique Territoire Durable et Innovant, de coopération locale avec les écosystèmes. Elle est portée par Pierre MIROUDOT, élu en charge de l’économie, de l’emploi, et délégué à l’innovation.
L’EPT soutient financièrement les démarches d’expérimentation. Charge à moi de rechercher des financements complémentaires, auprès des différents dispositifs de la Métropole du Grand Paris, de la région Ile de France.
Comment votre territoire prévoit-il de s’adapter à un contexte et à des ressources financières publiques plus contraintes, pour continuer à innover ? Avec quel écosystème d’acteurs ?
FM : Dans cette période, il est nécessaire d’être particulièrement vigilant, afin de s’assurer de la pertinence et de l’adéquation des besoins de l’innovation.
L’écosystème d’acteurs comprend des partenaires d’actions locaux, naturellement les incubateurs et startup du territoire, les villes-pilotes, et des entreprises et associations locales. Il comprend également des partenaires financiers et d’ingénierie, comme le Fonds ODD 17, et celui à venir d’une de la Fondation territoriale Marne et Bois en émergence localement.
Selon les thématiques, cet écosystème peut inclure des acteurs complémentaires (publics, institutions, ESS, académiques, chercheurs universitaires …). En juillet 2024, notre territoire s’était mobilisé, pour présenter un panorama d’acteurs et de sites-ressources, lors d’ateliers multi-sites, proposés aux catalyseurs territoriaux venus de toute la France (cf. programme de la Rencontre des catalyseurs territoriaux de 2024). »
Yann Ulliac
L’Établissement public territorial Paris Est Marne & Bois est une structure intercommunale, créée le 1er janvier 2016 dans le cadre de la mise en place de la loi NOTRE et située dans le département du Val-de-Marne en région Île-de-France.
Ce territoire, qui a comme emblèmes naturels la Marne, et le bois de Vincennes, comprend 520 000 habitants, résident sur 13 communes : Bry sur Marne, Champigny-sur-Marne, Charenton-le-Pont, Fontenay-sous-Bois, Joinville-le-Pont, Le Perreux-sur-Marne, Maisons-Alfort, Nogent-sur-Marne, Saint-Mandé, Saint-Maur des Fossés, Saint-Maurice, Villiers-Sur-Marne et Vincennes.
Sur un plan économique, ces 13 communes accueillent plus de 51 600 établissements d’entreprises et plus de 143 000 emplois salariés.
Cette structure intercommunale dispose de ces compétences : Aménagement, Cohésion sociale, Développement économique, Eau et Assainissement, Environnement et transition écologique, Habitat, Logement, Urbanisme, et, depuis 2024 : Tourisme et Régie intercommunale des marchés alimentaires.
Pour aller plus loin :
Mise en perspective de publications :
Evénements de lancement de publications :
Pour en savoir plus sur les publications lancées le 18 novembre au Salon des Maires :
– Découvrez le reportage « Des outils pour agir ensemble face aux transitions »
Pour en savoir plus sur l’étude présentée le 20 novembre au Salon des Maires :
– Découvrez le reportage : « Fragilités économiques en territoires : état des lieux et perspectives », qui partage et met en perspective les résultats-clés d’une étude, menée avec la contribution d’entreprises du territoire de Paris Est Marne & Bois
Pour en savoir plus sur la fondation territoriale créée sur ce territoire, lancée le 27 novembre :
– Découvrez le reportage : « Créer de la valeur en commun, entre élus et entreprises »
Mobilisation territoriale des entreprises :
Consultez l’article : « Comment les clubs de FACE Occitanie contribuent-ils à amortir les fragilités socio-économiques ? »
Consultez l’article : « Eurométropole de Strasbourg : créer de la valeur collective avec les ODD »

