Grand Bergeracois : une richesse touristique à valoriser et des ponts entre acteurs à créer
Le Grand Bergeracois dispose d’un patrimoine historique dense, de paysages naturels préservés, de villages remarquables et d’un tissu d’acteurs relativement engagés pour une zone rurale.
Malgré ces atouts, le territoire peine encore à être perçu comme un ensemble cohérent par les visiteurs, qui lui préfèrent souvent d’autres parties de la Dordogne. Entre la valorisation des sites emblématiques, la multiplication d’initiatives locales et le développement de la coopération, les efforts restent à fournir pour que la richesse du Grand Bergeracois résonne.
Lors de la séance de débats organisée par le Grand Bergeracois Audacieux au cinéma du Buisson-de-Cadouin, le 6 décembre 2025, trois acteurs locaux ont réfléchi à la situation du tourisme sur le territoire. Parole est laissée à Chris Rivière, gérante d’un gîte à Lalinde, Sébastien Cailler, coordinateur du château de Biron, et Didier Honno, directeur du cinéma Lux du Buisson.
Un potentiel touristique exceptionnel, mais difficile à lire
Autour du château de Biron, site phare du sud de la Dordogne, se concentre une densité patrimoniale rare. Dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres, cinq villages classés parmi les « Plus Beaux Villages de France » côtoient des bourgs moins connus mais tout aussi riches d’histoire. « Le souci, c’est que les gens ont du mal à appréhender ce territoire dans sa totalité », constate Sébastien Cailler, coordinateur du château de Biron. Des villages comme Urval, Cadouin ou Trémolat, souvent découverts par hasard, participent pourtant pleinement à l’identité du territoire.
Cette richesse reste en partie masquée par une image persistante du sud de la Dordogne comme un espace plus périphérique que les vallées touristiques les plus médiatisées. « Les gens ont l’impression qu’ils viendraient se perdre au sud de la Dordogne, qu’il n’y aurait pas grand-chose à voir… alors que c’est tout le contraire », souligne le responsable du site de Biron. Le déficit n’est donc pas tant patrimonial que narratif : le territoire existe, mais peine encore à se raconter comme une destination à part entière.
Donner du sens à la visite par l’expérience et le récit
Pour dépasser cette difficulté, les acteurs locaux insistent sur l’importance de l’expérience vécue. Les touristes ne viennent plus seulement visiter des lieux, mais chercher des parcours, des émotions et des histoires à raconter. « Il faut un souvenir fort émotionnel », explique Chris Rivière, gérante d’un gîte à Lalinde, qui propose à ses hôtes des itinéraires personnalisés mêlant patrimoine, gastronomie, paysages et activités adaptées aux profils des visiteurs. Cette approche répond à une crainte que lui confient certains touristes : « la peur de se retrouver à la campagne et de s’ennuyer ». L’enjeu est donc de montrer que le calme et l’authenticité ne s’opposent pas à la diversité des propositions.
La médiation joue ici un rôle clé, notamment dans les sites patrimoniaux. À Biron, la transmission de la grande Histoire s’accompagne d’anecdotes, de légendes et de récits accessibles. « Les petites histoires de l’Histoire, c’est ça que les gens retiennent », rappelle Sébastien Cailler, soulignant l’importance du récit pour ancrer durablement la mémoire du lieu.
L’hébergeur, premier relais de l’attractivité territoriale
Dans cette dynamique, les hébergeurs occupent une position stratégique. Ils sont souvent le premier contact direct avec les touristes et jouent un rôle décisif dans les choix de consommation et de visites de ces derniers. « C’est à l’hébergeur de garder les gens sur le territoire, parce qu’il a le touriste sous la main », affirme Chris Rivière. Accueil personnalisé, dégustations de produits locaux, conseils quotidiens ou mise en relation avec des artisans et producteurs font partie des leviers mobilisés.
Cette relation de proximité transforme souvent les visiteurs en ambassadeurs. Les touristes repartent avec un récit, qu’ils transmettent ensuite à leur entourage. « Les gens reviennent chez eux et parlent à leurs familles, à leurs amis », observe la gérante de gîte. Le bouche-à-oreille reste ainsi l’un des outils les plus puissants de promotion du territoire. Nombre de visiteurs déclarent avoir choisi la Dordogne à la suite d’une recommandation personnelle, bien avant toute campagne institutionnelle.
Cibler les habitants à l’année pour en faire des ambassadeurs convaincus
En plus des sites historiques et naturels, l’accent est mis sur l’intérêt de développer une offre d’animation culturelle constante. Le cinéma municipal du Buisson-de-Cadouin, ouvert 365 jours par an, joue ce rôle de lieu de rencontre et de dialogue. “Au détour d’un événement culturel, les locaux se retrouvent, de la même manière qu’ils se retrouvaient précédemment au café ou au bar du village”, analyse Didier Honno, directeur du cinéma Lux.
“Ces activités du quotidien satisfont les habitants, qui sont contents de vivre ici et donc se muent naturellement en ambassadeurs concernés et sincères du Grand Bergeracois”, complète Chris Rivière. De quoi, par exemple, regretter l’arrêt de la carte B for You, qui permettait aux habitants du territoire de bénéficier d’activités gratuites ou à prix réduits, en échange d’y amener des visiteurs extérieurs.
Charpenter une offre globale en reliant les sites touristiques
Si les atouts existent, le principal défi réside aujourd’hui dans la capacité à relier les différents “points forts” du territoire. « Entre ces lieux, il faut des liens », résume Sébastien Cailler. À Biron, des espaces d’information sont dédiés à l’offre environnante et les équipes du château orientent les visiteurs vers d’autres sites, villages et activités dans un rayon de 30 à 45 kilomètres. Les sites majeurs deviennent ainsi des portes d’entrée vers un territoire élargi.
Cette mise en réseau passe également par des partenariats culturels, touristiques et institutionnels, y compris au-delà des frontières administratives. La coopération entre la Dordogne et le Lot-et-Garonne, autour de dynamiques locales partagées, illustre cette volonté de dépasser les découpages traditionnels. « Briser certaines frontières, notamment départementales, est essentiel », rappelle le coordinateur du château, qui prend comme exemple la ligne de TER reliant Périgueux à Agen. D’après Sébastien Cailler, ses paysages en font une activité touristique à part entière… et écologique.
À terme, l’enjeu est clair : développer une communication plus lisible et collective pour mieux retenir les visiteurs, tout en faisant vivre le territoire toute l’année. Le Grand Bergeracois ne manque ni de sites, ni d’acteurs, ni d’idées. Reste à renforcer les liens entre eux pour proposer une expérience globale et complète sur le territoire.
Un article écrit le 19 décembre 2025 par Valentin Nonorgue.

