Artisanat local : le collectif Art et Sol valorise des savoir-faire historiques en Grand Bergeracois
Au cœur d’une ancienne briqueterie familiale du Fleix (Dordogne), le collectif Art et Sol rassemble depuis 2022 des artisans aux savoir-faire variés (mosaïste, designer, potier, antiquaire, etc.).
Cet espace unique de création permet à ses membres de partager leur passion lors de fêtes et d’ateliers ouverts au public, tout en valorisant l’artisanat local. Objectif : redonner du souffle à ces métiers parfois fragilisés.
Entretien avec Robin Diana, designer industriel indépendant, et membre du collectif Art et Sol.
Comment est né le collectif Art et Sol ?
Le collectif est né en 2022, après l’arrêt de l’entreprise familiale « Art et Sol » qui exploitait la briqueterie. Jean-Pierre et Brigitte Durand, la mosaïste Eva et moi avons décidé de créer l’association pour faire vivre les lieux et promouvoir l’artisanat local.
Le nom « Art et Sol » est un hommage à l’ancienne entreprise, avec l’idée de rassembler plusieurs voix et savoir-faire autour d’un projet commun.
S’unir pour préserver l’artisanat local, un besoin vital
Pourquoi y avait-il le besoin de créer ce collectif d’artisans ?
Être artisan seul est difficile et audacieux, en s’unissant, nous sommes plus forts. Nous avons voulu nous regrouper pour porter nos voix à plusieurs et donner une dynamique commune. Le collectif permet de sauvegarder les savoir-faire, de mutualiser des ressources, et de créer des événements qui valorisent les métiers artisanaux.
Comment l’association et les artisans locaux se sont-ils liés autour la briqueterie Durand ?
La briqueterie appartient toujours à la SCI familiale Durand, qui loue les locaux aux artisans. Depuis une dizaine d’années déjà, des céramistes et potiers y avaient installé leurs ateliers. L’association, créée en 2022, a pris le relais pour organiser des événements, maintenir l’activité des fours, et ouvrir les espaces au public.
Aujourd’hui, la briqueterie compte plusieurs grands espaces accueillant divers professionnels : mosaïste, designer, masseur-énergéticien, antiquaire, conseillère en reconversion, menuisier, artisan du bâtiment, chauffagiste. L’entreprise Au Ras du Sol, spécialisée dans le matériel de compostage, loue des locaux de stockage.
Quelle est l’histoire de cette briqueterie ?
La briqueterie existe depuis plusieurs siècles, mais c’est la famille Durand qui en a assuré le développement moderne. Elle produisait briques et tuiles, exportées largement dans le Sud et le Sud-Ouest. Dans les années 1980-1990, elle s’est spécialisée dans la restauration du patrimoine : carreaux émaillés, tomettes et pièces destinées à la rénovation d’abbayes, d’églises, de châteaux. Elle a été reconnue « Entreprise du Patrimoine Vivant ».
Quelles sont les actions menées par le collectif Art et Sol ?
L’association organise des événements pour valoriser l’artisanat, notamment le Printemps des Savoir-faire, où plus d’une vingtaine d’artisans viennent faire des démonstrations au public. Nous maintenons aussi en activité les fours de la briqueterie, utilisés par les artisans résidents, des professionnels voisins et les adhérents de l’atelier de poterie. Enfin, nous proposons toute l’année un atelier de céramique en accès libre pour les adhérents.
La Tournée des Ateliers d’Artistes pour animer la briqueterie
En quoi est-ce important de maintenir l’activité des fours ?
Ces fours sont rares par leur taille et leur capacité. La plupart des potiers n’ont que de petits fours chez eux. Ici nous avons plusieurs grands fours qui permettent de cuire de grosses pièces et de travailler des techniques particulières. L’énergie coûte cher. Or, ces fours sont très puissants (35 000 watts) et les cuissons peuvent être longues (1 à 2 jours). Mutualiser ces fours est indispensable pour que des artisans puissent continuer à créer sans supporter seuls ces coûts.
Quels événements organisez-vous pour promouvoir l’artisanat local ?
Le grand rendez-vous est le Printemps du Savoir-faire, organisé chaque année au mois d’avril, où nous accueillons des artisans de nombreux corps de métiers (forgerons, vanniers, tailleurs de pierre, peintres, etc.) pour des démonstrations.
Entre le 25 septembre et le 5 octobre 2025, nous accueillerons aussi la Tournée des Ateliers d’Artistes. Six artistes, dont un collectif, y exposeront leurs œuvres, prendront part à des conférences et des débats avec les visiteurs. L’entrée est à prix libre et bien entendu ouverte à toutes et à tous.
Il y a aussi un musée dans les locaux. Que peut-on y découvrir ?
Le musée retrace l’histoire de la briqueterie. On y trouve des fiches de paie du début du XXe siècle, des moules, des pièces fabriquées à différentes époques, des photographies de chantiers de restauration. La visite inclut aussi un parcours dans la briqueterie : trémies, unités de fabrication, moules, zones de séchage, fours et ateliers d’émaillage. C’est un lieu vivant qui permet de comprendre à la fois l’histoire locale et les techniques artisanales.
Avec quels acteurs locaux coopérez-vous ?
Nous travaillons avec la mairie et le comité des fêtes du Fleix ainsi qu’avec la Communauté d’agglomération bergeracoise. Ils nous permettent d’organiser nos événements en éditant les arrêtés, en installant la signalisation sur la voirie et en nous prêtant des chaises pour l’accueil du public.
Lors de nos animations, nous vendons du jus de pommes issu des Vergers du Moiron, à Saint-Avit-Saint-Nazaire ; des boissons et fruits de la Métairie basse ; des pizzas avec le food-truck du Fournil du Joncas ; des bières artisanales fournies notamment par la brasserie la Nové à Bergerac ; des traiteurs comme Le Bocal en Vert qui travaille à partir de produits invendus
L’association Les Petits Strapontins est un partenaire pour l’organisation de festivités locales. Il y a aussi La Traverse, de Bergerac, qui relaie nos actualités auprès de son public.
Transmettre la passion de l’artisanat local : ateliers et musée pour le grand public
En quoi la localisation de la briqueterie est-elle pertinente pour l’activité artisanale ?
Historiquement, la briqueterie a été implantée au pied d’un coteau riche en argile, offrant proximité et praticité notamment aux céramistes et aux potiers. Elle est située proche d’une forêt, utile pour l’approvisionnement en bois, et d’un bassin pluvial.
Pour les artisans que nous sommes, c’est un lieu de passage qui est à proximité de Bergerac et de Sainte-Foy-la-Grande. On bénéficie de beaucoup d’espaces pour aménager les ateliers de production artisanale.
Cependant, la promulgation de la loi Voynet en 1999 a introduit une taxe sur l’exploitation des carrières. Elle a rendu la survie des petites structures très difficile, les grandes industries étant les seules à pouvoir y faire face. Mais la briqueterie reste un lieu stratégique et vivant pour mutualiser les savoir-faire et les ressources.
Comment se porte l’association Art et Sol à l’heure actuelle ?
L’association fonctionne uniquement grâce au bénévolat, avec des coûts limités. Les ressources proviennent des adhésions, de l’atelier de poterie et des visites lors des événements et tout au long de l’année. Les dépenses concernent la location de matériel pour accueillir du public et la communication. Notre objectif est de continuer à faire vivre l’artisanat local, et de soutenir des artisans et artistes qui viendraient ponctuellement lors de notre événement en avril.
La volonté à terme est-elle d’organiser toujours plus d’événements et d’animations ?
Non, nous sommes tous des artisans indépendants, et nous privilégions la qualité de l’artisanat à la quantité : faire “toujours plus” d’événements n’est pas au programme. Nous voulons constituer la briqueterie comme un lieu culturel, tout en restant centré sur l’artisanat et l’art.
Quels sont les besoins essentiels que vous avez aujourd’hui ?
Étant tous des professionnels indépendants, nous travaillons pour l’association à titre bénévole. Le travail de communication est très chronophage. Ainsi, nous avons vraiment besoin que les gens relayent nos événements et nos activités. On recherche aussi des partenaires locaux, des structures avec lesquelles nous pourrions échanger des services et du matériel pour des événements.
Enfin, j’estime qu’il serait intéressant de se mettre en relation avec une personne qui s’occupe ponctuellement de la communication pour promouvoir nos actions et nos événements dans l’intérêt de l’artisanat local.
Des propos recueillis le 25 août 2025 par Valentin Nonorgue.

