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Insertion et orientation en Grand Bergeracois : citiZchool éveille la conscience professionnelle

Insertion et orientation en Grand Bergeracois : citiZchool éveille la conscience professionnelle

Le Grand Bergeracois peine à conserver les jeunes à la sortie du lycée. Un constat fait par l’association Soyons le changement, arrivée sur le territoire en 2020. Son programme citiZchool vise à préparer les bénéficiaires à la vie professionnelle. Découvertes de métiers, ateliers d’expression orale, CV et lettre de motivation : tout est fait pour aiguiser la vision de leur avenir et identifier leurs envies et leurs compétences.

Entretien avec Emeline Gibert, chargée de projet pour Soyons le changement en Dordogne.

GBA : Présentez-nous le programme citiZchool et l’association Soyons le Changement ?

Emeline Gibert : citiZchool, c’est en réalité la marque de nos programmes, mais derrière, c’est l’association Soyons le Changement qui porte toutes les actions. L’association a été fondée en 2016 par Mohammed Ajoulou Rahmouni, notre directeur général. Basée à Bordeaux, elle dispose de plusieurs antennes en Nouvelle-Aquitaine : en Dordogne, où je suis active, mais aussi dans le Lot-et-Garonne et avec des intervenants en Gironde.

Nous travaillons principalement avec des jeunes de 13 à 25 ans, à travers différents programmes. Par exemple, en Dordogne, nous menons les programmes horiZon en prévention du décrochage scolaire et professionnel.

CitiZchool, préparer et orienter les jeunes dans leur vie professionnelle

GBA : En quoi consistent ces programmes ?

EG : Ce sont des programmes courts mais très dynamiques, qui durent trois semaines avec deux interventions par semaine. Nous accompagnons les jeunes – de la classe de cinquième jusqu’aux jeunes adultes suivis par les missions locales – sur la recherche de vocation professionnelle, l’acquisition du savoir-être, le montage de projets et surtout les rencontres avec des entreprises du territoire.

Par exemple, si un jeune souhaite devenir aide-soignant, nous organisons des rencontres avec des professionnels, voire des simulations de vieillissement pour lui faire comprendre les réalités du métier. Nous privilégions toujours une pédagogie active : il n’y a jamais de cours descendants. L’inscription est toujours volontaire, les jeunes viennent parce qu’ils en ont envie.

GBA : Quels sont les objectifs de ces actions ?

EG : Il n’est pas garanti qu’un jeune trouve sa voie à la fin du programme. Ce que nous voulons, c’est qu’il soit capable de faire un choix éclairé. En trois semaines, nous leur faisons rencontrer six à sept professionnels issus de métiers très différents. Cela leur donne une vision concrète du monde professionnel.

GBA : Quel est le déroulé étape par étape d’un programme citiZchool ?

EG : Cela dépend. Sur un collège, le programme s’étale de novembre à mai, avec 12 interventions en soirée, hors vacances scolaires. Sur une mission locale, c’est plus concentré : 3 semaines, avec 2 journées complètes par semaine.

Nous proposons des ateliers de projection dans l’avenir, de prise de parole, de découverte de métiers, de montage de projet et des rencontres avec des professionnels.

Vente, esthétique et pompiers sont des secteurs attirants pour les jeunes.

Insertion professionnelle et lutte contre le décrochage scolaire en Grand Bergeracois

GBA : Quel besoin avez-vous identifié pour développer ce programme dans le Grand Bergeracois ?

EG : Tout est parti d’une demande locale en 2020. Deux collègues de Dordogne ont commencé à collaborer avec la mission locale de Bergerac et le collège Le Roy. Ils ont mis en place des programmes adaptés pour les jeunes du territoire. Nous avons constaté un réel besoin, en lien avec des situations de décrochage scolaire ou des difficultés d’insertion professionnelle. Jusqu’en 2022, ils ont mené les actions, puis j’ai repris le flambeau.

Nous avons eu une phase de repositionnement vers d’autres territoires comme Périgueux, Montpon-Ménestérol ou Lalinde. Cette année, nous reprenons les actions avec la mission locale dans le Grand Bergeracois, à Bergerac, à Vélines en plus des autres territoires.

GBA : Votre but est-il de pallier un manque d’acteurs liés à l’insertion en Grand Bergeracois ?

EG : Nous ne remplaçons personne mais nous travaillons en co-construction avec les professionnels déjà en place : les conseillers des missions locales, les professeurs principaux, les référents parcours. Notre programme permet de travailler autrement : en petits groupes (maximum 12 jeunes), sur des temps longs (8 heures par semaine sur trois semaines). Cela permet d’aller plus loin que ce que les structures peuvent proposer dans leur cadre classique, souvent individuel.

GBA : Quels sont les métiers qui intéressent le plus les jeunes ?

EG : La vente et le commerce reviennent très souvent, notamment chez les filles. Le BTP est aussi très demandé, tout comme l’esthétique. Les métiers de l’accueil et de la grande distribution sont également bien représentés. En revanche, les métiers de l’agriculture, de l’artisanat ou de l’informatique attirent peu.

GBA : Comment accompagnez-vous les jeunes qui n’ont pas de projet défini ?

EG : On part de leurs passions, de ce qu’ils aiment faire. Par exemple, un jeune qui aime les jeux vidéo, on va explorer ensemble les métiers qui gravitent autour de cet univers. S’il aime les animaux, on cherche les métiers liés. On travaille aussi sur leurs compétences, sur ce qu’ils savent déjà faire, et on les aide à se projeter, à imaginer des possibles. C’est un travail d’exploration et de révélation.

En Dordogne, un budget et un effectif limités

GBA : Comment vous implantez-vous dans l’écosystème de l’insertion et de l’orientation en Grand Bergeracois ?

EG : Depuis mon arrivée en 2022, je tends à consolider les liens et à redéfinir notre positionnement local.

Nous avons ainsi rejoint plusieurs dynamiques locales, comme la Fab’Coop, ou encore le CLEE de Bergerac. Nous travaillons aussi régulièrement avec la mission locale de Vélines. Aujourd’hui, nous continuons de nous faire connaître, car il y avait une méconnaissance de nos actions sur le Bergeracois.

GBA : Vous avez mentionné plusieurs coopérations locales. Pouvez-vous nous en dire plus ?

EG : Je collabore avec des groupements d’employeurs pour faire intervenir des professionnels, avec la WAB sur les métiers du numérique, et avec des cabinets RH pour les ateliers autour du CV et de la lettre de motivation.

GBA : Quelles sont vos missions de chargée de projet sur la Dordogne ?

EG : Je coordonne les projets avec les acteurs locaux (missions locales, collèges, centres sociaux, etc.) ; je représente notre association dans les comités de pilotage ou les événements institutionnels ; j’anime les programmes avec les jeunes ; je recherche des intervenants professionnels, et je veille aussi à la qualité des interventions.

GBA : Comment l’association se finance-t-elle ?

EG : Nos principaux financeurs sont le FSE (Fonds Social Européen), l’État, la Région, le Département, et la communauté d’agglomération du Bergeracois ainsi que certaines mairies et fondations privées. Au total, notre budget pour la Dordogne est d’environ 60 000 €. Les entreprises nous soutiennent en intervenant bénévolement auprès des jeunes. 

Un programme coûte environ 12 500 € sans financement. En fonction des moyens de la structure (collège, mission locale, etc.), le reste à charge varie de 300 € à 1 500 €. Nous faisons aussi des prestations ponctuelles rémunérées, surtout à Bordeaux. En Dordogne, j’ai moins le temps d’organiser des événements.

Découverte des métiers pour les jeunes en décrochage scolaire ou professionnel.

Un besoin de soutien du rectorat pour faciliter l’accès de citiZchool aux jeunes du Bergeracois

GBA : Quels effets constatez-vous chez les jeunes que vous accompagnez avec citiZchool ?

EG : Nous observons une vraie dynamique positive. En fin de programme, 80 à 90 % des jeunes recommanderaient citiZchool à d’autres jeunes. On ne fixe pas d’objectifs obligatoires de retour à l’emploi ou à la formation.

Les jeunes prennent confiance, développent une parole solide, s’ouvrent aux autres. À la fin, ils communiquent mieux, notamment avec les professeurs, qui, eux aussi, nous font des retours positifs.

GBA : Vous intervenez aussi en mission locale. Quels effets voyez-vous dans ce cadre ?

EG : En mission locale, les jeunes clarifient mieux leurs envies professionnelles ou personnelles. Ils apprennent à identifier leurs besoins, leurs qualités. Ils gagnent en capacité à se projeter : ville ou campagne ? Travailler dehors ou dans un bureau ?

Sur les ateliers de découverte métiers, par exemple, ils se rendent parfois compte qu’un métier ne leur conviendra pas. Et c’est très formateur.

GBA : Quelles sont les principales difficultés rencontrées sur le Grand Bergeracois ?

EG : La principale difficulté est de réussir à travailler avec l’Éducation nationale sur le territoire. Et ça bloque. Je n’arrive pas à avoir de rendez-vous avec les chefs d’établissement des collèges et lycées, même en étant membre du CLEE. Et ce malgré les lettres de soutien de la préfecture, les recommandations de collèges avec qui on travaille sur d’autres départements.

Ailleurs, comme dans la Vienne ou à Bordeaux, 80 à 100 % de notre activité se fait en milieu scolaire. Ici, si j’arrive à intervenir dans un collège dans l’année, c’est le maximum. Sur le Grand Bergeracois, nous intervenons quasiment uniquement avec la mission locale.

GBA : Que manque-t-il pour débloquer cette situation ?

EG : Il me manque un appui fort du rectorat ou un contact stratégique dans un établissement qui puisse créer une ouverture. Il faudrait créer une dynamique de dialogue, pouvoir expliquer ce que l’on fait afin de montrer notre impact.

Nous sommes soutenus par la région, par le département et par des acteurs comme la Fab’Coop. Malgré tout, les portes de l’Éducation nationale restent fermées sur ce territoire.

GBA : De quoi avez-vous particulièrement besoin pour développer votre activité plus largement en Dordogne ?

EG : D’un clone ! (rires). Je suis seule et je manque de temps et de moyens pour développer le programme sur d’autres zones comme Périgueux ou le Périgord Noir. Il y a de la demande, du potentiel, l’idéal serait d’avoir un collègue sur le terrain pour animer les ateliers et développer le réseau dans d’autres territoires. J’aimerais bien aussi avoir plus d’entreprises du territoire qui s’impliquent dans la transmission de l’importance de l’ancrage local auprès de nos jeunes.

Des propos recueillis le 27 juin 2025 par Valentin Nonorgue.