L’EHPAD de la Madeleine et l’aide aux personnes âgées en Grand Bergeracois
Dans la foulée de notre podcast du mois de janvier consacré à la gestion des personnes atteintes de handicap en Grand Bergeracois, nous restons sur le thème de la santé. Focus cette fois-ci sur l’aide aux personnes âgées avec un acteur éminent du secteur sur notre territoire.
Sylvain Connangle, directeur de l’EHPAD de la Madeleine à Bergerac, nous explique les enjeux de la prise en charge des personnes âgées dans l’établissement. Accueil de jour, accueil de nuit, atelier de préparation au coucher : nous abordons les innovations qui en font l’un des EHPAD les plus avant-gardistes de France, parfois érigé comme modèle à l’échelle nationale. Entretien.
L'EHPAD DE LA MADELEINE À BERGERAC, ÉTABLISSEMENT AVANT-GARDISTE
Comment est né l’établissement de l’EHPAD de la Madeleine à Bergerac ?
Cet établissement date du XVIIIe siècle, l’activité a commencé par des sœurs qui accueillaient des dames, des orphelins puis des personnes âgées. Aujourd’hui, nous comptons plus de 200 salariés et nous pouvons accueillir jusqu’à 237 personnes, soit la deuxième plus grande structure de Nouvelle-Aquitaine. C’est surtout les activités annexes que nous proposons qui nous valent d’être reconnus comme un établissement innovant.
Depuis quand en êtes-vous à la tête ? Quel est votre rôle au quotidien ?
Je suis arrivé il y a 20 ans après une carrière en tant qu’expert-comptable. Pour ce qui est du quotidien, je sais quand j’embauche mais jamais quand je débauche. Il y a constamment des problèmes à régler, avec des résidents, avec des familles ou avec des fournisseurs. Parfois, c’est au directeur de s’en mêler pour que les choses avancent. Je reçois les familles car nous créons un nouveau bâtiment inspiré d’un architecte américain pour que nos résidents puissent vivre dans les couloirs comme s’ils vivaient dans des rues.
Dans quelle démarche particulière s’inscrit l’EHPAD ?
Nous sommes dans un système binaire. Depuis 20 ans, nous avons créé un accueil de nuit, un accueil de jour, un hébergement temporaire, une plateforme de répit ou encore une UHR. Toutes sortes d’initiatives qui permettent à certaines personnes de rester chez elles la journée. Il n’y a qu’un seul accueil de nuit en France, c’est à l’EHPAD de la Madeleine, à Bergerac. On a diversifié l’offre et je fais partie des gens qui disent qu’il faut arrêter de dire qu’une personne âgée doit soit rester chez elle soit aller en EHPAD.
L'EHPAD DE LA MADELEINE, LE TERRITOIRE ET LE GRAND ÂGE
Avec quels acteurs locaux du secteur du grand âge/de la santé coopérez-vous ?
Nous travaillons beaucoup avec le centre hospitalier de Bergerac (les urgences, les courts séjours gériatriques, les équipes mobiles, les soins palliatifs, etc.) comme avec la clinique privée Pasteur, la CPTS du Bergeracois, le DAC, la mairie de Bergerac et la Communauté d’agglomération du Bergeracois. Cela va aussi jusqu’aux clubs de sport locaux ou à France Travail.
Que vous apportent ces liens de collaboration locale ?
Dominique Libault, président de la Haute Autorité de Santé, avait déclaré que le Bergeracois disposait d’un micro-climat dans le secteur de la gérontologie. Nous sommes en avance car les acteurs locaux s’entendent bien et collaborent bien. Le parcours de santé est de mieux en mieux respecté. Lorsque des visiteurs viennent de Paris, ils nous témoignent l’avance qu’ils constatent chez nous, vis-à-vis de leur territoire.
Un EHPAD est un acteur éminent d’un territoire en termes de consommation, de déchets ou de besoins de certains services… Avec quels acteurs locaux créez-vous des ponts sur le territoire ?
Sur le plan des déchets, nous avions créé la première plateforme de compostage dans un EHPAD en France, en 2012. L’association L’Attache Rapide en profite, et nous produisons du compost utilisé par les Jardins des Restos du Coeur. Nous collaborons beaucoup avec les collèges et lycées de Bergerac pour l’attractivité des métiers des soins aux personnes âgées. Nous travaillons avec les clubs de sport, notamment la section basket de l’USB, qui a depuis obtenu le label Handisport. Cet esprit va jusqu’aux chantiers, où nous sollicitons en moyenne 60/70% d’entreprises bergeracoises. C’est un impératif de coopérer localement pour faire vivre son économie, à coût évidemment raisonnable.
Quelles relations l’EHPAD de La Madeleine entretient-il avec les collectivités locales ?
Nous sommes en lien avec les services de la mairie pour les commissions sécurité et incendie ou avec la voirie. Le maire vient souhaiter les vœux de l’année aux résidents et nous participons à la semaine bleue. Avec la CAB, nous avons aussi des liens assez directs, notamment sur le contrat local de santé ou encore avec le service de l’urbanisme. Quand on construit des bâtiments comme le nouveau que nous bâtissons en ce moment, le dialogue doit être régulier avec les collectivités concernées.
L'EHPAD DE LA MADELEINE : SES DIFFICULTÉS ET SES BESOINS
Quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontés des établissements comme le vôtre en Grand Bergeracois ?
À l’échelle nationale, 80% des EHPAD sont en déficit, en moyenne de 3 500€ par lit. Ici, nous arrivons à équilibrer les choses car j’ai toujours géré l’affaire comme un bon père de famille. L’innovation nous permet d’aller chercher d’autres types de financement. Le Centre de ressources territorial pour les personnes âgées nous dégage un budget de 400 000 euros pour embaucher des salariés qui se rendent chez les bénéficiaires.
Beaucoup de collègues sont en difficulté car ils ne remplissent plus leurs EHPAD. Dans l’avenir, cela sera un vrai problème car il n’est pas normal que les personnes âgées ne puissent pas être accueillies et prises en charge. Le tout pour une question de moyens financiers…
Quels sont les grands besoins de votre établissement pour améliorer la situation des résidents ?
Je ne vais pas être original, c’est le taux d’encadrement. Au niveau des aides-soignants et des AES, nous devrions avoir au moins 25% de travailleurs en plus. Nous avons donc besoin d’effectif supplémentaire mais nous n’avons tout simplement pas les fonds déployés pour recruter suffisamment. Le vrai problème est l’engagement de l’Etat. En 2006, le Premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin, avait promulgué la loi Grand Âge en promettant un taux d’encadrement de 0,8 soignant par personne âgée. À l’heure actuelle, les effets ne s’en sont pas ressentis. Il faut renforcer les taux d’encadrement car le nombre de gens que nous accueillons évolue considérablement.
Côté attractivité, je salue le SÉGUR qui a permis de mieux rémunérer les travailleurs du domaine médico-social.
Propos recueillis en janvier 2025 par Valentin Nonorgue.

