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Grand Bergeracois : le défi du sport en milieu rural

Sport en milieu rural : Grand Bergeracois

Fabien Issartier est le créateur d’une entreprise privée qui propose des activités sport et loisirs sans compétition pour tout public. En Grand Bergeracois, l’action prend principalement place dans les territoires ruraux, où les associations sportives sont en difficulté.

Quel est le concept de votre association ? Que faites-vous au quotidien sur le territoire ?

Au quotidien, je fais des entretiens avec des élus, des associations sur toute la Dordogne. Ensuite je mets en place un des neuf programmes d’activité selon le public que j’ai en face. De l’espace multisport pour les enfants, des journées en vacances, des cours de gym auprès des seniors ou des événements intergénérationnels les week-ends.

Du sport pour tous et sans compétition

D’où est venue l’idée de créer cette structure ?

Originaire du Sarladais, je travaille dans le milieu associatif depuis mes 15 ans. J’ai encadré les sports comme le foot, le basket, le VTT, le tir à l’arc. En 2007, lorsque j’ai perdu mon emploi, j’ai créé ma structure pour faire du sport adressé à tous et sans compétition. Je me suis lancé en entreprise car cela permet de réaliser rapidement la moindre idée de projet qui me vient. Petit à petit, avec mes 35 ans d’expérience de terrain, j’ai rencontré de nombreuses problématiques et j’essaye d’y répondre avec mon entreprise.

Les bénévoles désertent les associations sportives, n’ayant plus le temps ni l’envie. J’ai ainsi développé une partie conseil sur les tâches administratives et l’organisation des associations.

Quel constat de base avez-vous fait à propos du sport en milieu rural ?

Il y a des associations fortes qui ont un poids important en termes de licenciés ou en impact sur le territoire. Mais à côté de ça, certains territoires sont totalement démunis. À Sigoulès, il n’y a plus de club de football alors même qu’il reste un stade avec des vestiaires. Ce sont plein de petites communes du territoire qui n’ont plus assez de moyens ou d’inscrits pour assumer une activité constante tout au long de l’année. Et pourtant, les clubs de rugby ou de basketball arrivent à résister car ils sont historiquement en place. Plusieurs clubs finissent par se regrouper pour garder un nombre de licenciés suffisant.

Il y a un manque de cohérence car de nombreux citadins viennent vivre en Périgord pour le cadre paisible et les taxes moins élevées. Pourtant, les clubs municipaux ferment peu à peu, les propositions de loisirs s’amenuisent et les habitants sont obligés de retourner en zone urbaine pour pratiquer leurs activités sportives.

Quels sont les moyens déployés pour assurer votre activité ?

Deux salariés, une avec moi sur le Bergeracois et une sur le Périgord Vert. Chacun agit sur son territoire en fonction de ses compétences. Celle du Bergeracois assure les cours de gym sur Ribagnac et Saint-Félix-de-Villadeix et intervient sur les journées multisport vacances. Celle de Belvès anime des cours de gym et encadre des sessions de marche nordique.

Il n’y a pas que la partie d’animation sportive… 

Pour ma part, je m’occupe aussi de l’accompagnement des associations sportives. Depuis 9 ans, je suis avec le club de basketball du Pays foyen, à Saint-Avit-Saint-Nazaire, avec lequel nous sommes passés de 25 à 200 licenciés en structurant l’offre sportive proposée. Cette année, j’ai signé un contrat avec le club de gym de Creysse. L’idée est de mettre en place la recherche de partenaires privés, et de travailler sur le montage de dossier de subventions pour les mairies.

Sport en milieu rural : Grand Bergeracois

Pour survivre en Grand Bergeracois, la quête des partenariats privés

Comment votre modèle économique est-il charpenté ?

Les recettes viennent principalement des associations et collectivités avec lesquelles on travaille. Une partie provient aussi des interventions en camping pendant les vacances et des animations lors de séminaires d’entreprises. Nous touchons le système marchand comme le système non marchand, le public comme le privé. Au global, nous avoisinons les 100 000 € de chiffre d’affaires, ce qui est suffisant pour assumer mes deux salariés et moi-même.

Quelles embûches rencontrez-vous au fil des actions de la structure ?

Aujourd’hui, la principale difficulté est l’indécision à propos des contrats sport-loisir. Nous n’avons pas de visibilité d’une année sur l’autre quant aux contrats qu’on pourra avoir à l’avenir. Cela nous plonge dans l’incertitude. C’est pourquoi je recherche toujours de nouveaux contrats d’animation tels que les ateliers proposés dans les campings en période estivale. Car ce sont ces activités loisirs qui constituent le principal de nos revenus. Je dois aller chercher des partenariats privés pour survivre et permettre de développer des actions sur les différents territoires du Grand Bergeracois.

Quels ponts de collaboration avez-vous tissés avec des acteurs locaux ?

Je travaille principalement avec les centres de formation et je communique en permanence avec les collectivités. J’échange beaucoup avec les responsables jeunesse ou du service des sports des communautés de communes. J’ai aussi des rencontres avec les élus pour leur proposer les projets à mettre en place sur leur territoire. C’est comme un magasin d’activités sportives dans lequel les élus et associations choisissent leur produit.

Sport en milieu rural : Grand Bergeracois

“Proposer des activités avec des groupements de communes au lieu de travailler avec les collectivités une par une”

De quoi avez-vous le plus besoin aujourd’hui pour développer votre activité ?

Il nous faut un fonds de roulement plus important. Parce que les collectivités payent par l’intermédiaire du trésor public. Or, le fonds de l’entreprise nécessite un peu de stabilité et vu la fluctuation des contrats d’animations d’une année sur l’autre, c’est l’incertitude.

Avec qui serait-il intéressant de collaborer autour de vous ?

Il serait intéressant de proposer des activités à des groupements de communes au lieu de travailler avec des collectivités une par une. Cela permettrait de regrouper les pratiquants et de financer des contrats à l’année pour assurer les salaires de nos éducateurs sportifs. Aujourd’hui, nous sommes forcés de chercher 3h de sport par-ci, 4h par-là. La contrainte de recherche des missions devient trop pesante. Beaucoup d’éducateurs sportifs jettent ainsi l’éponge.

Quels projets tentez-vous actuellement de développer ?

Étant intervenant sur des BPJEPS “Activité pour tous”, on s’est rendus compte que nos stagiaires apprentis arrivaient sans expérience ni connaissance des compétences requises. Mon but est de développer la pré-formation de ces jeunes pour qu’ils soient mieux équipés au moment où ils débutent leur contrat d’apprentissage au sein d’une structure professionnelle. Cela nécessite une pré-formation appuyée avant de passer leurs diplômes.

Des propos recueillis par Valentin Nonorgue, le 17 décembre 2024.