Préserver et valoriser la biodiversité : ciment de la politique de Saint-Médard-en-Jalles (33)

À Saint-Médard-en-Jalles (Gironde), la biodiversité est placée au cœur des décisions municipales. Le service “Transition Écologique” y est rattaché au Directeur général des services et supervise l’ensemble des projets menés par la ville.

De l’acquisition d’espaces naturels sensibles à l’intégration de la biodiversité en centre-ville, la commune adopte une politique systémique, dont les impacts dépassent la simple échelle municipale.

Pour détailler les actions de préservation et de valorisation de la biodiversité, nous avons réalisé un entretien croisé avec Stéphane Delpeyrat-Vincent, maire de Saint-Médard-en-Jalles ; Pascal Tartary, adjoint au maire chargé de la Transition écologique et de la participation citoyenne ; et Valentin Désiré, directeur de la transition écologique.

Ci-dessus, nous vous proposons un reportage vidéo qui résume la politique de Saint-Médard-en-Jalles liée à la biodiversité, au travers d’exemples concrets décryptés sur leur territoire.

I/ Préservation et valorisation de la biodiversité au cœur du projet politique de la ville

Comment la biodiversité est-elle intégrée à la politique globale de Saint-Médard-en-Jalles ?

Stéphane Delpeyrat-Vincent : La biodiversité est clairement placée au premier rang. Nous avons créé une direction de la transition écologique, avec des agents formés et compétents, qui travaillent de manière transversale avec l’ensemble des services municipaux.
Aujourd’hui, aucun projet structurant ne se fait sans une analyse préalable de ses impacts sur la biodiversité et sur les ressources en énergie et en eau. Cela concerne les bâtiments ainsi que les espaces publics, les achats, les équipements et l’urbanisme. Mais aussi la santé et le bien-être des habitants.

Nous avons aussi développé des actions pour travailler le rapport des habitants à la nature. Cela se concrétise notamment par l’opération « Mon jardin, ma biodiversité », la nature en ville, l’ouverture de parcs publics ou la protection de la faune (pose de nichoirs et protection des hérissons). 

À cela s’ajoutent des politiques de long terme comme la création d’une zone de préemption des espaces naturels sensibles ou la réinstallation d’agriculteurs sur notre territoire, notamment pour alimenter les établissements publics.

En quoi votre fonctionnement municipal autour de la biodiversité relève-t-il d’une politique globale ?

SDV : Nous partons du principe qu’il n’existe pas de solution écologique miracle ou purement technique. Toutes les directions de la municipalité doivent tenir compte de la transition écologique, et en particulier de la biodiversité.

Pascal Tartary : Il y a aussi cette idée forte de ne pas toujours chercher à faire plus ou à créer de nouveaux espaces, mais de préserver ce qui existe. C’est la logique du « déjà-là », du prendre soin, qui guide nos décisions.

SDV : C’est d’ailleurs pour cela que nous travaillons avec des chercheurs, notamment dans le cadre du programme de recherche-action sur la santé globale. Nous ne sommes pas dans une logique de croissance à tout prix, avec toujours plus de logements ou d’équipements, mais dans une logique de préservation de la santé de la nature, de la ville et de ses habitants.

En termes d’échelle, en quoi votre politique locale est-elle plus large que le territoire communal ?

SDV : D’abord, Saint-Médard-en-Jalles a une géographie particulière : sur 87 km² de superficie, environ 70 % sont dédiés aux espaces naturels ou forestiers. Nous captons près de 50 % du carbone de Bordeaux Métropole et nous disposons d’environ 28 % de la ressource en eau de la Métropole.
Nos actions ont donc un impact local qui nous amène à travailler étroitement avec Bordeaux Métropole, notamment sur les questions d’eau et de nature.

Nous sommes propriétaires de nombreux terrains stratégiques, tels que le long du cours d’eau de la Jalle, très utiles à la protection durable de la ressource en eau. Notre politique adopte à la fois une vision communale et une responsabilité écosystémique plus large.

Selon vous, pourquoi les collectivités ont-elles un rôle majeur à jouer sur la gestion de la biodiversité ?

SDV : Au-delà de l’enjeu majeur du climat, nous pensons que les collectivités peuvent avoir le plus d’impact direct sur la biodiversité. Or, celle-ci est souvent reléguée au second plan alors qu’elle conditionne tout. Son champ regroupe la qualité de l’air, de l’eau, la régulation thermique et la santé humaine. 

Nous travaillons donc à une autre manière de construire la ville. Nous parlons de ville-forêt, de ville du soin, de ville du “prendre-soin”. En réalité, il s’agit de reconfigurer notre ville, construite il y a plusieurs décennies, à une époque où ces enjeux n’étaient pas pris en compte.

Aujourd’hui, quels sont les principaux points de vigilance ou de fragilité de cette démarche ?

SDV : La grande certitude, c’est que ce travail ne s’arrête jamais. Qu’il demande du temps, de l’ingénierie et surtout des moyens financiers. 

Il n’y a qu’à regarder le chantier indispensable de la désimperméabilisation des sols, par exemple, pour lutter contre la chaleur et pour restaurer les cycles de l’eau. Ou celui de la mise aux normes énergétiques de l’ensemble de nos bâtiments communaux, qui nécessite près de 100 millions d’euros d’investissement pour être mené à bien.

Aujourd’hui, il ne manque ni la volonté, ni les solutions techniques, mais bien un accompagnement financier national plus fort. Les enjeux écologiques et climatiques ne sont pas du tout liés à un futur lointain : nous sommes déjà entrés dans cette crise, et il est essentiel de ne relâcher aucun effort.

À Saint-Médard-en-Jalles, la direction de la transition écologique est directement rattachée au Directeur général des services.
À Saint-Médard-en-Jalles, la direction de la transition écologique est directement rattachée au Directeur général des services.

II/ L’espace naturel sensible Dupériers : un site à forte valeur écologique et patrimoniale

Pourquoi la commune a-t-elle fait le choix d’acquérir l’espace naturel sensible de Dupériers ?

PT : Dans le cadre de sa politique de protection des espaces naturels, la commune a récemment acquis ce site d’un peu plus de sept hectares en raison de ses enjeux écologiques importants. Avec les habitants, nous avons défini collectivement des secteurs où la commune devait intervenir pour préserver les espaces naturels sensibles, qui font partie du bien commun.

Pendant huit séances, nous avons travaillé à partir d’une feuille blanche avec les habitants et les usagers, que nous avons d’abord acculturés à ces enjeux, avant qu’ils ne puissent tracer eux-mêmes les contours des espaces à préserver. Le site de Dupériers s’est naturellement inscrit dans cette enveloppe.

Qu’est-ce qui caractérise cet espace du point de vue écologique ?

PT : Ce site est structuré autour de la Jalle, un cours d’eau qui joue un rôle fondamental dans le déplacement de nombreuses espèces, notamment les mammifères semi-aquatiques tels que la loutre, notre espèce emblématique.
Nous avons également identifié des poissons migrateurs comme l’anguille, ainsi que des libellules, indicatrices de la qualité de l’eau. À cela s’ajoute une forêt très dense, exploitée par des chauves-souris, des papillons et d’autres espèces. 

Les arbres de la canopée, parfois très hauts et très anciens, créent aussi un îlot de fraîcheur remarquable, à seulement quelques centaines de mètres du centre-ville. Une étude récente a d’ailleurs montré que cet espace naturel contribue à rafraîchir une partie du centre-ville, qui est beaucoup plus exposée aux phénomènes de chaleur estivale.

Au-delà de la protection de la nature, la préservation de la biodiversité joue aussi sur l’adaptation climatique et la qualité de vie en milieu urbain.

Ce site a-t-il vocation à être ouvert au public ?

PT : Nous sommes dans une phase d’étude et d’inventaires écologiques, qui vise d’abord à mieux connaître la richesse et la sensibilité du site.
Ce sont les besoins et les vulnérabilités des espèces présentes qui décideront de l’avenir du site, et non l’inverse.

Certains secteurs pourraient éventuellement être ouverts, d’autres non. Il faut aussi prendre en compte les risques naturels, comme les crues ou les chutes d’arbres. L’intérêt pédagogique, la sécurité et la capacité du site à accueillir du public feront partie de la grille d’analyse.

La deuxième phase du plan de gestion, qui s’ouvrira une fois les études finalisées, permettra de retravailler ces questions avec les citoyens : qu’est-ce qu’on ouvre, où, comment et pourquoi.

Saint-Médard-en-Jalles expérimente la végétalisation de façades et de toitures
Saint-Médard-en-Jalles expérimente la végétalisation de façades et de toitures

III/ Le projet de maison de la petite enfance : une construction pensée à partir du vivant

Comment la biodiversité a-t-elle été intégrée dès l’origine dans le projet de maison de la petite enfance ?

PT : Avant même de dessiner le bâtiment, nous avons réalisé un état des lieux écologique complet : arbres remarquables, cavités, faune et flore présentes. Le principe a été clair : le bâtiment devait s’adapter à l’environnement existant, et non l’inverse.
Tous les arbres ont été conservés et les zones à enjeux ont été évitées dès le premier coup de crayon.

SDV : C’était pour nous un choix politique fort. Une maison de la petite enfance, c’est un lieu qui accueille des enfants très jeunes, des familles et des professionnels. L’environnement dans lequel ils évoluent a un impact direct sur leur santé et sur leur bien-être.
Être au cœur d’un espace naturel et utiliser des matériaux sains, ce sont des choix qui ont du sens au quotidien.

Ce type d’approche impose-t-il des contraintes supplémentaires ?

PT : Paradoxalement, non. En évitant toute destruction d’espèces, nous avons gagné un temps considérable sur l’instruction réglementaire. De quoi réduire fortement les coûts liés aux études de compensation.
Nous avons appliqué la doctrine « éviter, réduire », sans aller jusqu’à la compensation, qui est souvent la partie la plus coûteuse et la plus complexe.

SDV : C’est aussi un moyen d’anticiper les enjeux environnementaux, et donc d’éviter les blocages, les recours et les conflits. Sur le moyen terme, c’est un gain de temps, d’argent et de sérénité pour la collectivité.

En quoi ce projet est-il représentatif de la ville que vous souhaitez construire ?

PT : Le bâtiment intègre des nichoirs à chauves-souris, à mésanges, à rouge-gorges, des matériaux biosourcés et locaux ainsi qu’une isolation performante. Il est quasiment autonome en énergie et très peu coûteux en fonctionnement.

SDV : Ce projet illustre très concrètement notre vision de la “ville du soin”. Une ville qui protège les plus jeunes, qui prend en compte le vivant dès la conception des équipements publics et qui démontre que l’écologie améliore la qualité globale des projets.
C’est aussi un projet reproductible, qui montre que cette approche n’est ni marginale ni réservée à quelques opérations exceptionnelles, mais qu’elle peut devenir la norme.

IV/ Biodiversité en centre-ville : expérimenter, rafraîchir et transformer

Sous quelle(s) forme(s) intégrez-vous la biodiversité dans le centre-ville de Saint-Médard-en-Jalles ?

Valentin Désiré : À quelques centaines de mètres de l’hôtel de ville, nous avons procédé à la végétalisation de façades et de certaines toitures. L’objectif était de favoriser le retour de la biodiversité et d’améliorer le confort thermique des bâtiments.

Ce projet test tendait à vérifier si la végétalisation pouvait réellement avoir un impact mesurable sur la température des façades.

Comment ce type de projet se met-il concrètement en place dans un espace aussi contraint ?

VD : L’enjeu principal était technique. Nous avons dû désimperméabiliser une partie du trottoir afin que les plantations s’intègrent à un environnement très minéral, soumis à la chaleur et à la pollution. Enfin, il nous a fallu choisir une palette végétale capable de tenir dans le temps.

Cet aménagement a été entièrement réalisé en régie par les services de la ville. Cela suppose un dialogue étroit, notamment entre les services du cadre de vie et des espaces verts. Mais aussi une montée en compétences techniques de nos agents pour adapter leurs pratiques et leurs interventions quotidiennes à ces environnements urbains très contraints.

Quels enseignements tirez-vous aujourd’hui de cette expérimentation ?

VD : Après deux années de mise en œuvre, nous constatons déjà un retour de la biodiversité, notamment des pollinisateurs, sur ces façades végétalisées.
Nous avons également mené une étude en partenariat avec le CEREMA, qui a montré un abaissement de température de plus de 8 degrés entre les parties végétalisées et celles qui ne le sont pas.

Ces résultats confirment que la végétalisation en centre-ville n’est pas seulement esthétique. Elle a un impact réel sur les îlots de chaleur urbains et sur le confort thermique.

En quoi ces actions en centre-ville s’inscrivent-elles dans votre projet de ville ?

SDV : Ces expérimentations illustrent très bien notre vision d’une ville qui prend soin du vivant, y compris dans ses espaces les plus contraints. La biodiversité n’est pas réservée aux grands espaces naturels ou aux périphéries : elle doit aussi trouver sa place au cœur de la ville.

Végétaliser les façades, désimperméabiliser les sols, créer des îlots de fraîcheur, ce sont des actions qui améliorent immédiatement la qualité de vie des habitants. Elles montrent que la transition écologique n’est pas une contrainte supplémentaire, mais un levier pour rendre la ville plus habitable, aujourd’hui et demain.

Un article et un reportage de Valentin Nonorgue, le 14 novembre 2025.