Située dans la Basse-Vallée de l’Yerres, Boussy-Saint-Antoine est confrontée à une multiplication des inondations liées au changement climatique. Pour protéger habitants et infrastructures, la commune agit à la fois localement, en désimperméabilisant ses espaces publics, et à l’échelle intercommunale, en présidant un établissement public de bassin. L’objectif : retenir l’eau en amont et réduire le risque pour les zones urbanisées.
Lors des Assises 2025 de l’APVF, le maire, Romain Colas, a présenté cette stratégie de résilience face à l’urgence climatique.
En complément de l’interview écrite, retrouvez le témoignage vidéo de Romain Colas : accédez-y en cliquant ici.
Pouvez-vous présenter votre commune et le contexte des inondations auxquelles elle est confrontée ?
Je suis maire de Boussy-Saint-Antoine, une ville de 8 000 habitants en Essonne. C’est un coin hyper charmant, mais un des inconvénients de ce charme, lié à la présence d’une rivière, c’est que parfois la rivière déborde. C’est l’Yerres, et nous sommes dans la Basse-Vallée de l’Yerres, un affluent de la Seine. Le bassin versant de l’Yerres représente 10 % du territoire de la région Île-de-France. Il faut imaginer un entonnoir : je suis au bout de l’entonnoir, et toute l’eau qui tombe – celle qui n’est pas retenue ou infiltrée – finit par dévaler sur la Basse-Vallée et inonde ma commune, comme l’ensemble du territoire urbanisé de cette vallée.
Les épisodes de crue sont-ils de plus en plus fréquents ?
Malheureusement, oui. Je suis maire depuis 17 ans, j’ai connu trois épisodes d’inondations majeures de l’Yerres qui ont eu des conséquences sur le bâti. Mon prédécesseur a été maire pendant 25 ans sans en gérer une seule. Cela montre que le changement climatique s’opère sous nos yeux, et qu’il transforme des événements autrefois exceptionnels en phénomènes récurrents.
Quelle est, selon vous, la priorité face à cette situation ?
Notre boulot, c’est d’abord de lutter contre le changement climatique. Limiter les émissions de gaz à effet de serre, c’est une nécessité absolue. Mais puisque ses effets s’opèrent déjà, nous devons en atténuer les conséquences et améliorer la résilience du territoire.
Concrètement, que mettez-vous en place à Boussy-Saint-Antoine ?
Nous travaillons pour que notre ville ne contribue pas à l’aggravation du risque d’inondations. Nous imposons que les eaux pluviales soient gérées à la parcelle lors de constructions ou rénovations : elles doivent être retenues ou infiltrées. De notre côté, dès que nous rénovons un espace public, nous le désimperméabilisons, afin que l’eau s’infiltre dans le sol plutôt que de filer vers la rivière et contribuer à l’inondation.
Mais le problème dépasse l’échelle communale ?
Exactement. Un bassin versant doit se gérer à la bonne échelle. C’est pourquoi j’ai souhaité, en 2020, devenir président de l’établissement public d’aménagement et de gestion des eaux de l’ensemble du bassin versant. Nous allons conduire des actions pour retenir les eaux en amont du territoire urbanisé. Cela suppose de dialoguer avec les élus des communes rurales en Seine-et-Marne, mais aussi avec les agriculteurs que nous allons sur-inonder et qu’il faudra indemniser. Les planètes commencent à s’aligner : la Métropole du Grand Paris nous accompagne, comme elle le fait pour l’ensemble des zones d’expansion de crues qui protègent non seulement les sous-bassins de la Seine, mais aussi le cœur de l’agglomération parisienne.
Retenir l’eau en amont, cela passe par quelles solutions ?
Il y a plusieurs leviers. D’abord, restaurer et étendre les zones humides. Ce sont des réservoirs de biodiversité, mais aussi des zones tampons : elles stockent l’eau en période de forte pluviométrie et la libèrent en période de sécheresse. Quand ce n’est pas suffisant, nous devons recourir à des projets plus lourds, comme la construction d’une digue sur le lit majeur de la rivière. Cela permet de sur-inonder des terres agricoles en période de crue, avec indemnisation des agriculteurs concernés, pour stocker provisoirement l’eau loin des zones urbanisées. C’est essentiel d’appliquer le principe de solidarité entre l’amont et l’aval.
Comment les agriculteurs accueillent-ils ces projets ?
Très honnêtement, ils n’ont pas sauté de joie quand je leur ai parlé de sur-inonder leurs champs. Mais ils ont compris deux choses : d’abord, que j’étais sincère dans ma volonté de trouver des solutions ensemble ; ensuite, que si nous créons un préjudice sur leurs exploitations, il sera évalué et indemnisé. À partir du moment où nous partageons le diagnostic, chiffrons le préjudice et que je suis capable, avec la Métropole du Grand Paris, d’assurer l’indemnisation, cela simplifie beaucoup les choses.
Du côté des habitants, quel est le constat sur les assurances ?
Les habitantes et habitants de ma commune qui vivent en zone inondable ont de plus en plus de mal à se faire assurer, parce que les sinistres se multiplient. C’est pourquoi il est urgent pour eux – et pour l’économie dans son ensemble – que nous conduisions ces interventions.
Ce type de projet existe ailleurs en France, pourquoi cela prend-il autant de temps ?
Le constat que je fais, c’est que le changement climatique impose une véritable révolution si nous voulons en atténuer les effets. Or, nos procédures restent extrêmement longues et fastidieuses. Je ne dis pas qu’il faut baisser l’ambition environnementale ou supprimer des normes – au contraire, je veux des normes élevées. Mais nous devons inventer des façons de mieux travailler ensemble, notamment avec les services de l’État, pour réduire les délais. Parce que l’urgence est là, les inondations aussi : nous sommes dans une course contre la montre face aux effets du changement climatique, et ils peuvent être dramatiques.
Propos recueillis par Léa Tramontin, article rédigé par Valentin Nonorgue.
