Smicval (33) : une recyclerie innovante et la fin de la collecte en porte-à-porte, nouveau combo de gestion des déchets

Cette semaine, la lettre de l’impact positif s’intéresse au Smicval, un syndicat de gestion des déchets étendu sur 8 communautés de communes et 1 communauté d’agglomération en Gironde. Son but est de gérer le coût du traitement des déchets, de réduire le tonnage des ordures ménagères enfouies et de rendre acteurs de cette transformation les 230 000 habitants et 92 000 foyers du territoire.

La structure met en place des mesures pour limiter l’impact des déchets. D’un côté, le syndicat innove avec le Smicval Market, une recyclerie qui permet aux citoyens de privilégier le réemploi plutôt que de jeter. D’autre part, la stratégie globale du syndicat s’oriente vers une incitation à la réduction des tonnages de déchets, notamment par la mise en place de points d’apport volontaire. Un véritable chambardement pour les équipes du Smicval, dont la capacité d’adaptation est mise à l’épreuve.

En guise de préambule, voici un reportage réalisé dans le cadre du MOOC “Les impacts de la transition écologique sur les territoires” du CNFPT :

Entretien avec Karine Pain, directrice de la communication du Smicval, pour plonger plus en détails dans la démarche globale de la structure.

Le Smicval et son Market voué au réemploi des objets et des matériaux

Vous avez mis en place le Smicval Market, une déchetterie transformée en recyclerie. Quels sont les résultats observés ?

Karine Pain : Sur le Smicval Market de Vayres, nous sommes à près de 60% de déchets détournés de l’enfouissement. Ce qui correspond à environ 10 000 déchets détournés chaque année. En tout, ce sont près de 1 000 tonnes qui évitent l’enfouissement.

Comment fonctionne le Smicval Market pour les habitants ?

Les citoyens disposent d’une carte, comme pour leur passage en déchetterie classique. Mais s’ils viennent pour déposer ou récupérer des objets le long du parcours proposé, alors il ne leur est rien facturé. L’usager arrive, a accès au service et peut ainsi déposer des objets dont il n’a plus l’utilité ou récupérer des biens ou des matériaux qui lui plaisent. L’idée est qu’il suive le parcours avec les matériaux, les objets du quotidien, les livres, les jouets pour enfants, les composants électroniques, etc. Une fois le chemin effectué, il se rend compte qu’il ne lui reste plus grand chose à réellement jeter dans la benne du tout-venant.

Quelle est la suite pour le développement des Smicval Market ?

D’ici juin 2025, nous déployons un nouveau marché sur la commune de Reignac, en Gironde, qui sera monté en partenariat avec la Communauté de communes de l’Estuaire. Le territoire adossera à notre Smicval Market un village du réemploi solidaire, où certains biens déposés seront réparés, transformés puis vendus. Comme la collectivité va passer « Territoire Zéro Chômeur », il souhaitait développer des activités professionnelles à proposer à leurs habitants éloignés de l’emploi.

La redevance incitative devrait entrer en vigueur en 2028 sur l’ensemble du territoire. Pour ce qui est de la méthode de collecte, nous basculons progressivement vers les points d’apport volontaire. Lorsque toutes les communes seront passées au point d’apport volontaire, nous passerons au tarif incitatif. Aujourd’hui, nous sommes environ à une vingtaine de communes qui sont déjà munies du système de point d’apport collectif.

En amont de ce changement, nous préparons le terrain en rencontrant les mairies, en organisant des réunions d’information avec les citoyens concernés.

Tout ceci découle du projet « Impact », voté en 2019, qui vise à transformer le modèle de collecte. Les élus du syndicat mixte Smicval ont ensuite validé le projet opérationnel « Néo Smicval » en septembre 2022 pour modifier le système et proposer de nouveaux services aux habitants.

Le changement de pratique vers les points d’apport volontaire

Quels sont les avantages du point d’apport collectif ?

Ils sont nombreux. Le basculement en point d’apport collectif a lieu pour des raisons économiques, sociales et environnementales.

Un levier économique d’abord, car nous maîtrisons les coûts et nous limitons les frais d’équipement, notamment en termes de transports (déplacements et consommation de carburant). Quand on passe sur des équipements en point d’apport collectif, les habitants prennent conscience de la quantité de déchets qu’ils produisent et effectuent davantage le tri de leurs poubelles. Nous avons aussi ajouté un bac de tri des biodéchets, qui amenuise efficacement le poids des sacs noirs. Nous constatons une baisse du tonnage des ordures. Cela réduit ainsi le coût lié à l’enfouissement des ordures ménagères qui est la pratique la plus onéreuse de notre dispositif.

Un levier social ensuite. Car le métier de rippeur comporte des risques sur les maladies ou les décès prématurés. L’espérance de vie des éboueurs tourne autour de 10 ans après le départ à la retraite. Le passage au point d’apport volontaire leur offre de meilleures conditions de travail puisqu’une grande partie de ces agents est basculée vers des métiers d’entretien et de réparation des équipements ou de formation.

Comment organisez-vous le passage au point d’apport volontaire auprès des citoyens ?

Lors de nos rencontres avec les foyers concernés, nous leur remettons une carte qui permet d’ouvrir la borne des ordures ménagères. Ce badge est relié à un compte qui quantifie le nombre de passage à la borne. Pour le moment, les citoyens peuvent y aller autant de fois qu’ils veulent sans aucun coût supplémentaire. Mais, aux alentours de 2028, l’idée est d’instaurer une redevance incitative avec un tarif progressif en fonction du nombre de jets d’ordures.

Par ailleurs, nous essayons d’implanter ces points d’apport volontaire sur des trajets stratégiques que les habitants fréquentent régulièrement. Le but est que le dépôt des déchets ne soit pas l’unique raison d’un déplacement mais que cela se fasse dans la continuité et dans la simplicité.

Quelles dispositions prenez-vous pour sensibiliser et impliquer les citoyens dans ce grand changement de pratique ?

Nous travaillons avec des experts en sciences comportementales tels que la structure Démocratie Ouverte. Le but est de définir la nature des messages les plus efficaces pour informer les citoyens. Les doctorants que nous sollicitons nous aiguillent sur les méthodes à adopter, peuvent effectuer des études de terrain afin de mieux comprendre comment nous devons nous adresser à notre public cible.

Quelles difficultés ont été rencontrées dans la mise en place de vos actions et expérimentations ?

Nos différents chantiers montrent que nous avons besoin de communiquer et d’informer les élus et les habitants du territoire. Le but est de leur donner envie de passer à l’action. D’autre part, l’aspect opérationnel du passage du porte-à-porte vers le dépôt en point d’apport volontaire génère quelques remontrances. Mais quand nous expliquons les enjeux économiques, sociaux et environnementaux, alors les gens comprennent plutôt bien la démarche. On constate parfois du dépôt sauvage en pied de borne, donc nous avons à gérer le nettoyage des plateformes de collecte pour conserver ces endroits aussi propres que possible. Car le propre amène le propre et devant un équipement joli et bien entretenu, les comportements sont plus raisonnables.

Collecte des bio-déchets et expérimentation des couches lavables

Au 1er janvier 2024, il est devenu obligatoire de proposer une solution de tri des biodéchets. Comment vous y êtes-vous adapté ?

Il y a plusieurs années, nous avions déjà lancé une expérimentation de collecte des bio-déchets en porte-à-porte auprès de 25 000 foyers du territoire. Avec la promulgation de cette loi, nous avons donc doublé voire triplé le nombre de bac à biodéchets sur certaines communes. Le but est que le tri des déchets organiques devienne un automatisme pour les habitants. Que la pratique soit facile à adopter. Plus les bornes sont proches du foyer, plus le geste sera fait.

Que deviennent ces bio-déchets ?

Nous les collectons puis les traitons sur notre plateforme de compostage, à Saint-Denis-de-Pile. Nous les mélangeons avec de la matière verte. Nous les broyons et proposons ensuite le compost aux agriculteurs, maraîchers du territoire. La revalorisation se fait ainsi en circuit court. Il était essentiel de créer une activité de transformation des bio-déchets. Aujourd’hui, la demande pour ce compost est tellement importante que nous ne pouvons pas encore la satisfaire entièrement.

Vous expérimentez aussi un service de couches lavables. En quoi consiste ce test ?

C’est en effet une expérimentation en partenariat avec les maternités de Libourne et de Saint-André-de-Cubzac. Nous aurons les résultats aux alentours de la rentrée 2024 mais c’est un test de dispositif pour savoir comment agencer ce service de lavage des couches réutilisables. Cela s’inscrit dans des enjeux environnementaux car on compte en moyenne une tonne de couches traditionnelles par enfant. En termes sanitaires, les produits chimiques et les perturbateurs endocriniens peuvent dégrader la santé des bébés. Il est donc important de statuer sur une solution.

Comment incitez-vous les citoyens à passer le pas des couches lavables ?

Le budget du Smicval compte une partie dédiée aux aides financières pour les citoyens : tonte d’espaces verts, achat de poules et de poulaillers ou encore couches lavables. Quand des parents souhaitent se lancer dans les couches lavables, nous leur envoyons un kit de test par La Poste. Puis s’ils en achètent par eux-mêmes, ils n’ont qu’à nous fournir le justificatif et ils peuvent bénéficier d’une aide.