Département du Cher (18) : Une Forêt École au cœur de la Sologne

Cette semaine, la lettre de l’impact positif s’intéresse à une initiative du département du Cher : une Forêt École. Conscient que le réchauffement climatique pourrait densifier les feux de forêt dans le massif forestier de la Sologne, le département a pris les devants pour se préparer au maximum en amont. 

La Forêt École sera un lieu de formation pour les sapeurs-pompiers, de sensibilisation pour les propriétaires forestiers privés et de sensibilisation pour l’ensemble de la population du territoire. Le département et ses partenaires ont pour objectif d’acculturer les habitants au risque que représentent les feux de forêts et  de préparer les équipes d’intervention pour réduire les dégâts en cas de catastrophe.  

Nous nous sommes rendus sur place pour découvrir de plus près cette initiative.

Pour en savoir plus, retrouvez l’interview croisée entre Joël Martinet, directeur général des services départementaux du Cher et Michael Machno, chef projet, pilotage des risques et gestion de crise.

Mise en place du projet

Le massif de la Sologne est le deuxième massif forestier national. Il y a eu des incendies majeurs dans les années 1968…

J.M : Aujourd’hui, le département du Cher souhaite préparer sa population aux risques de demain. Nous savons que d’ici 10 à  15 ans, le massif de la Sologne aura les mêmes contraintes que les massifs forestiers du sud de la France. Donc il est nécessaire de préparer les populations dès maintenant et d’éviter au maximum un risque de feu de forêt. Mais si cela arrive un jour, nous aurons les bons moyens de nous protéger.

C’est quoi une forêt-école? 

M.M : L’idée, c’est vraiment essayer de concevoir un modèle de bonnes pratiques pour essayer de sensibiliser l’ensemble des parties prenantes. Donc l’objectif, c’est de s’adresser à la fois à des élus, à des propriétaires forestiers privés, à des entreprises de travaux forestiers, à du grand public, etc. Pour leur montrer ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire dans une forêt.

Votre poste a été créé il y a deux ans ? 

M.M : Oui, c’est un poste nouveau au sein du conseil départemental. Avant, cette fonction n’existait pas. C’est suite au Covid où la direction générale à déceler la nécessité d’avoir une organisation de crise qui puisse travailler sur toutes ces problématiques-là qui n’étaient pas du tout investies jusqu’alors.

Le projet aujourd'hui

Qui sont les partenaires du projet ? 

Quand on parle de feux de forêt, tout de suite, on imagine les pompiers. Il est important de montrer qu’il n’y a pas qu’eux. Il y a aussi le grand public, et c’est pour ça que l’objectif est de mettre en synergie tous ces partenaires, pour essayer de construire un message qui soit le plus adapté selon les publics que l’on veut cibler.

Dans les partenaires, il y a la préfecture du Cher qui aide au financement de ce projet. On retrouve aussi l’ONF, qui a une totale légitimité sur les problématiques d’aménagement forestier. De la même manière, le CNPF, le Centre national de la propriété forestière, est partie prenante.

Ensuite, on a des partenaires comme Fibois, ils mettent en lien toutes les entreprises privées du secteur et des métiers du bois. Bien évidemment, le SDIS du Cher, car la forêt va pouvoir permettre aux sapeurs pompiers de faire un certain nombre de formations. 

Après, on a d’autres partenariats avec des syndicats de propriétaires forestiers. Parce que la problématique des feux de forêts concerne aussi, et surtout, en Sologne, les propriétaires privés. Ils sont très nombreux. 

C’est aussi pour cela que nous avons le CTEF du Berry et France Silva 18 comme partenaires du projet. Ils vont nous permettre de relayer un certain nombre d’informations auprès de ces propriétaires privés. 

Nous avons également la Safer, un opérateur foncier, qui est là pour assurer les transactions foncières de terres agricoles et notamment de parcelles forestières ou de domaines privés. L’idée avec eux, c’est de travailler sur l’introduction de clauses  et de normes. Lors de l’acquisition, elles obligeront contractuellement les propriétaires privés à mettre en place un certain nombre d’aménagements dans une logique de prévention des feux de forêt. 

Si ce projet peut naître, c’est bien sûr grâce à l’AS geek de la Grande Garenne qui comprend VVF (Villages Vacances de France) qui exploite le site. 

Comment le département coopère avec les autres acteurs du projet ?  

J.M : Nous avons des compétences en matière environnementale ainsi que sur la gestion des risques puisque nous sommes un des principaux financeurs d’un service départemental d’incendie et de secours. 

Mais nous avons besoin d’autres acteurs. Le département est le chef d’orchestre de cette coopération.

Nous sommes les protecteurs des espaces naturels sensibles, mais nous n’avons pas pleine compétence dans la préparation des populations et la culture du risque. C’est l’agrégation de tous les acteurs qui ont un rôle – de près ou de loin – dans l’acculturation des populations à la culture du risque. Ainsi, nous avons une réponse massive à la résilience de la population. 

La résilience, on en parle souvent, mais on matérialise assez peu cette idée d’être prêt, de se connaître pour pouvoir réagir plus vite. Qu’en pensez-vous ?

J.M : Effectivement, ce qui manque aujourd’hui, c’est que chacun se connaisse. Chacun apporte ses propres solutions. Si on n’arrive pas à se connaître le jour J, si on ne sait pas qui fait quoi, on peut avoir quelques heures, voire quelques jours, de retard. Et cela pourrait être catastrophique dans un risque feux de forêt.

En quoi le site de VVF est intéressant ? 

M.M : Il permet d’offrir une centaine d’hébergements (individuels ou collectifs), une salle de conférence et un lieu de restauration qui peuvent accueillir plus de trois cents personnes. Le tout, dans un cadre forestier, tranquille et paisible. 28 hectares seront dédiés à la Forêt École. 

Comment le site va fonctionner au quotidien ?

M.M : Tous les partenaires ont une finalité commune. Par contre, nous avons des cibles différentes. Donc l’objectif, c’est que chaque partenaire puisse user et utiliser ce site pour convier à la fois des propriétaires privés, des élus, des entreprises. Pourquoi pas aussi convier des scolaires et faire des manifestations, organiser des événements qui vont permettre de passer ces messages de prévention avec une partie qui pourrait être faite de manière théorique dans la salle de conférence ? Avec ensuite un exercice grandeur nature dans la Forêt École. 

Il y a cette logique que chacun puisse se saisir du lieu. Mais ça va ressembler à quoi concrètement ?

Pour l’instant, ça reste une forêt très traditionnelle. Par contre, nous aimerions faire des aménagements DFCI (Défense de la forêt contre les incendies) pour montrer concrètement ce qu’on entend par une piste DFCI. Ces pistes ont différentes normes, différentes catégories, donc nous allons montrer différents modèles de pistes. Ce seront des modèles d’accès, on va faire des pistes sur 100 ou 200 mètres, ça ne sert à rien d’en faire des kilomètres. L’objectif est aussi de rassurer.

Pourquoi rassurer ? 

M.M : Car il faut montrer aux élus et aux propriétaires privés que l’objectif n’est pas de raser tous les arbres. Nous voulons leur montrer que des choses simples peuvent être faites.

L’idée, c’est de faire découvrir des modèles de bonnes pratiques. Par exemple, on va montrer des aires de retournement, différents modèles de stations de pompage (qui permettent aux sapeurs-pompiers de se recharger en eau), on pourra également implanter une réserve des DFCI typiquement sur le modèle de ce qui existe actuellement dans le sud de la France. 

Vous souhaitez aussi concevoir un sentier pédagogique multi cible dans cette Forêt École ?  

M.M : Oui pour différents publics : jeunes, adolescents, des familles, voire même des adultes. Nous allons utiliser différents outils selon les publics cibles. L’objectif est de trouver les bons messages de prévention selon le type de public.

Il faut acculturer les personnes car on sait que le risque s’accélère. Tout ce qu’on est en train de construire aujourd’hui, c’est pour avoir des résultats probants d’ici 10 ans. 

Dans les projets de résilience, c’est important de se parler avant la catastrophe, de pouvoir savoir qui fait quoi, à quel moment. C’est un moyen de mieux gérer la crise de demain.

Dupliquer le projet

C’est un projet unique ? 

J.M : Au niveau national, il y a plusieurs actions en cours. Notre projet réunit quatre grands objectifs et je pense qu’il est innovant à ce titre. On ne traite pas les côtés sapeurs-pompiers, ONF et sensibilisation de la population séparément. On maille et on prend l’ensemble de ces objectifs.

Combien a coûté cette forêt-école pour le département?

M.M : Pour l’instant, pas énormément dans la mesure où le département est actionnaire de l’AS Geek. Le département « reloue » cette forêt à l’AS Geek de la Grande Garenne. Nous nous sommes mis d’accord sur un tarif tout à fait raisonnable. Après la conception, il faudra qu’on réfléchisse de manière beaucoup plus précise sur la manière dont on va mettre en œuvre cette forêt.

L’idée, en tant que projet public, c’est d’avoir une enveloppe maîtrisée de toutes les dépenses. C’est pour ça qu’il y a l’idée de faire appel à des BTS en gestion forestière pour profiter de leurs travaux pratiques pour contribuer à la création de Cher Forêt École et à l’entretien du site.

De la même manière, le département a une grande vocation sociale. On pourrait tout à fait imaginer d’autres chantiers pour cibler d’autres publics en réalisant des ateliers de chantiers protégés ou de réinsertion.

Il y a aussi un objectif de montée en compétences générale ?  

M.M : Oui. Le grand objectif, c’est vraiment essayer de gagner en maturité par rapport à ces risques. Les feux de Bordeaux en 2022 ont fait prendre conscience que techniquement, dans le nord de la France, on n’était pas du tout concernés.

Quand on parle à beaucoup de personnes dans nos latitudes, les feux de forêts périssent être une problématique lointaine. Pourtant le risque est bien là. C’est pour ça que ce travail d’acculturation est important. Il est déterminant et il faut le mener dès à présent.