Énergie : à Loos-en-Gohelle, sous les mines le soleil !

Loos-en-Gohelle fait figure d’exemple dans la transition énergétique, avec 40 % de consommations municipales en moins en cinq ans, des logements sociaux basse consommation, et 9 toitures (sur 30) des bâtiments publics équipées en photovoltaïques. Quel est son secret ? Le 28 juin 2023, nous avons pu faire un tour d’horizon sur place avec les principaux acteurs de ce changement lors de l’événement Loos-en-Gohelle, Itinéraires d’une ville en transition. Lors de l’atelier du matin, une vingtaine de participants sont venus comprendre les clés de cette transition énergétique réussie.

Découvrez en introduction notre reportage vidéo réalisé lors de l’atelier.

« Nous avons l’ambition d’être la première ville de France intégralement solaire. Loos-en-Gohelle, située près de Lens, « pays du solaire », qui l’aurait cru il y a 30 ans ! » s’exclame Jean-François Caron, l’ancien maire de Loos-en-Gohelle. Comment cette ville minière de 6900 habitants a-t-elle pu rebondir après l’effondrement du charbon et comment atteindre l’objectif d’une ville à énergie positive en 2050 ?  Ce 28 juin 2023, tout commence devant l’église Saint-Vaast, monument symbolique de la ville équipé de 230 m2 de panneaux photovoltaïques. Mais pour appréhender la démarche de Loos-en-Gohelle, il faut remonter plus tôt dans l’histoire. Dans les années 90, la municipalité engage une réflexion sur les économies d’énergie, mais elle ne dispose pas d’un budget suffisant pour travailler sur son patrimoine.

Des logements sociaux aux panneaux photovoltaïques

Elle sollicite alors les bailleurs afin de construire des logements HQE (voir encadré), puis expérimente différents types de construction avec des éco-matériaux, installe du solaire thermique sur la résidence autonomie, et enfin, pose des panneaux photovoltaïques sur l’église en 2013. Arnaud Pavy, conseiller municipal, insiste sur la nécessité d’être opportuniste pour ce genre de situation. « Nous devions changer quelques ardoises de la toiture de l’église, plein sud. Nous avons étudié la pose de panneaux photovoltaïques avec la communauté religieuse et nous avons su aller chercher des subventions. À cette époque, 90 % des travaux ont été pris en charge. Il ne nous restait que 25 000 € à payer, ce qui était moins cher que de refaire une simple toiture ». Grâce à cet investissement, la mairie perçoit chaque année, 5000 € de la vente d’électricité, depuis 10 ans.

En 2018, la ville saisit une autre opportunité : elle est lauréate du programme Territoire à énergie positive pour la croissance verte (TepCV). 1 M€ sont ainsi attribués à la rénovation énergétique des bâtiments communaux, comme les écoles, ainsi qu’à l’éclairage public. 1100 points lumineux sont convertis au LED, soit 85 % du parc. Le gain annuel est estimé à 70 000 € et la réduction de consommation est de 75 %. En 2023, la municipalité est allée encore plus loin dans les économies d’éclairage (81 %) grâce à l’extinction nocturne. La consommation d’énergie de la ville a ainsi diminué de 40 % en 5 ans, passant 1 430 000 kWh à 853 000 KWh/an. « Nous avons vu une inversion des masses de consommation, explique Arnaud Pavy. L’éclairage, qui était le premier poste de dépenses avec près de 60 %, a chuté à 40 %, derrière les bâtiments. Nous avons ainsi freiné l’impact de la hausse du coût de l’énergie. Notre facture n’a augmenté que de 165 000 € entre 2016 et 2023, contre 410 000 € si nous n’avions rien fait ».

En parallèle de toutes ces actions, huit toitures de bâtiments publics sont couvertes de panneaux photovoltaïques par l’entreprise citoyenne Mine de Soleil, soit 2380 m² de panneaux photovoltaïques, pour une puissance installée de 448 kWc.

« L’énergie est l’affaire de tous »

Interview de Lucas Nuszak, DGS de Loos-en-Gohelle, à propos de l’absence de service « énergie » à Loos-en-Gohelle

Outre l’énumération de toutes ces actions, l’enjeu est de comprendre comment une petite ville comme Loos-en-Gohelle, avec un budget municipal restreint, a réussi à financer ces investissements d’économie et de production d’énergie, tout en impliquant les citoyens. Lucas Nyszak, directeur général des services de Loos-en-Gohelle, nous explique la démarche. « Nous avons une étoile pour avancer, pour donner envie, c’est l’objectif d’une ville à énergie positive. Puis, à chaque mandat, nous posons des cailloux blancs ». Ne cherchez pas cette planification au service énergie de la ville. Ce service n’existe pas ! « L’énergie, on considère qu’elle est transverse. C’est l’affaire de tous », ajoute Lucas Nyszak. Concrètement, l’agent qui s’occupe de la réservation des salles communales participe au comité de pilotage sobriété car c’est lui, le mieux placé pour connaître les usages de chauffage de ces salles.

Donc pas de chargé de projet « énergie » à Loos-en-Gohelle. Chaque projet est porté par un binôme, technicien-élu, de son idée jusqu’à sa réalisation.
Sur les 130 agents de la ville, 7 personnes sont cadres A (contre 1 personne en moyenne pour des communes de cette strate). Ce choix illustre la stratégie municipale cherchant à renforcer son ingénierie pour mener ses politiques de transition, tout en maîtrisant son budget ressources humaines :  les charges de personnel en euros par habitant s’élèvent à 460€ (contre 550€ en moyenne pour les communes de la même strate).

À ce choix de se doter de nombreux cadres, la commune mise également sur la formation de ses équipes, en apportant un soutien à la formation continue et en accompagnant les carrières. L’enjeu pour la commune est d’internaliser au maximum les compétences et de capitaliser sur les savoir-faire de ses équipes. C’est requis pour piloter des projets aussi ambitieux. Elle sollicite également des compétences externes, en s’appuyant sur un réseau d’acteurs du territoire, comme le pôle métropolitain de l’Artois ou différentes associations. Elle emploie également des assistants à maîtrise d’ouvrage (AMO), mais rarement pour un seul projet, souvent pour « une trajectoire ».  Cet AMO devient peu à peu « un compagnon de route ».

Le sens politique de l’énergie

C’est le cas du bureau d’études de l’institut Négawatt, qui accompagne Loos-en-Gohelle depuis 2015. « La problématique énergie est technique. Alors comment on se l’approprie et comment on en fait un sujet politique et un sujet d’implication citoyenne ? », lance Laure Charpentier, aux participants de l’atelier. Au travers de jeux de cartes, élus et techniciens brossent le paysage énergétique de leur territoire, les efforts à fournir, le champ des possibles, les acteurs mobilisables, les impacts en termes de développement… « On ne fait pas du kWh pour du kWh, on donne un sens de transformation et un sens politique à l’énergie », ajoute l’experte.

Laure Charpentier (NégaWatt) explique l’une des méthode de travail avec la collectivité de Loos-en-Gohelle

Aujourd’hui, Loos-en-Gohelle est à la fin d’un cycle. Après avoir réussi à baisser de 40 % ses consommations et à équiper presque un tiers des bâtiments publics avec du photovoltaïque (9 sur 30), Négawatt aide la commune à « relever la tête du guidon » et capitaliser sur son expérience : comment partager les données ? Qu’est-ce qui permet de mobiliser les citoyens ? Quelle trajectoire fixée pour les dix ans à venir ? Au-delà des chiffres et des objectifs, il s’agit bien de travailler sur une vision partagée. La mairie s’est rapprochée de Sébastien Kraft, du bureau d’études Kovalence, afin d’impulser une dynamique collective autour de l’énergie. « Les étapes du changement sont nombreuses. Il n’y a rien d’inné, ni de non-accessible, mais cela demande un travail et de la persévérance », indique Sébastien Kraft. Partir du passé afin de bâtir un avenir commun, acculturer les habitants à participer… sont des actions de long terme. À Loos, Marcel, le père de Jean-François Caron, avait déjà impulsé cette dynamique dans les années 80 – 90, et le tissu associatif est dense et habitué à participer. C’est sur ce terreau fertile qu’est née Mine de soleil, une société à actions simplifiées (SAS) de production d’énergie, où les citoyens sont à la manœuvre.

Jean Luc Mathé (Mine de Soleil) : comment Loos-en-Gohelle a fédéré ses habitants-investisseurs

C’est Jean-François Caron qui a impulsé cette initiative. En 2018, il propose aux habitants « un plan solaire participatif ». « Il faut reconnaître que la faisabilité et la manière de faire était totalement floue à l’époque, avoue Jean-Luc Mathé, un des fondateurs de Mine de soleil. Mais c’était une opportunité de participer avec la ville à la production d’énergie verte. Nous avons commencé à une dizaine d’habitants ». Peu à peu, le modèle de Mine de soleil se construit. En 2019, elle réussit à convaincre 100 citoyens d’investir dans le plan solaire. « S’il y avait deux mots pour expliquer comment la collectivité attire des citoyens, j’emploierai : transparence et confiance mutuelle », indique Jean-Luc Mathé.

L’énergie au citoyen

Lucas Nyszak, DGS de Loos-en-Gohelle, résume en trois points les clés de la transition énergétique de Loos : l’implication des citoyens et la relation de confiance entre collectivités et habitants, la montée en compétence des agents agrémentée d’une vision à long terme et enfin, la connaissance d’un réseau d’acteurs compétents sur le territoire.


Aujourd’hui, la SAS regroupe 128 actionnaires, qui représentent 37 % du capital de la société. Le reste est réparti entre la ville de Loos-en-Gohelle (16 %), la société d’économie mixte des Hauts de France (30 %), et Sunélis (17 %), l’installateur de panneaux solaires. Chaque collège possède une voix au comité de gestion. Si les citoyens arrivent à 40 % du capital, ils pourront en obtenir une deuxième. Un « comité consultatif citoyens », composé d’une dizaine de membres, sert d’intermédiaire entre le comité de gestion et la centaine d’actionnaires. Chaque action coûte 50 euros, l’investissement moyen est de 200 à 250 € par habitant. L’ensemble des actions réparties entre la ville, la SEM, Sunelis et les citoyens, s’est élevé à environ 125 000 €. Le reste a été financé par un prêt bancaire souscrit par Mine de Soleil. Cette épargne citoyenne a permis à la commune d’économiser des sommes significatives et de donner aux Loossois l’opportunité d’investir leur épargne dans un projet municipal qui fait sens pour le développement local. 

Pour sensibiliser les Loossois dès leur plus jeune âge à la production d’énergie verte, la mairie offre également aux jeunes parents 50 € et leur propose de les convertir en une action dans Mine de soleil. 100 % des parents y ont adhéré, et sept nouveau-nés sont déjà actionnaires ! Aujourd’hui, comme tous les bâtiments publics pouvant accueillir du photovoltaïque sont équipés, Mine de soleil recherche des toitures privées et souhaite étendre son action au pôle métropolitain d’Artois. Les collectivités de la métropole peuvent participer à Mine de soleil, les effets de leviers sont donc très importants. L’énergie verte citoyenne n’a pas fini d’essaimer !

Lucas Nyszak, directeur général des services de Loos-en-Gohelle, résume en trois points les clés de la transition énergétique de Loos : l’implication des citoyens et la relation de confiance entre collectivités et habitants, la montée en compétence des agents agrémentée d’une vision à long terme et enfin, la connaissance d’un réseau d’acteurs compétents sur le territoire.

Article réalisé par Aude Richard

Trajectoire
1997 : 1re expérimentation de logements HQE avec les bailleurs
2008 : solaire thermique sur la résidence Autonomie
2009 : 6 maisons individuelles basse consommation
2013 : Pose de panneaux photovoltaïques sur l’église
2015 : accompagnement par NégaWatt
2017 – 2020 : installation de 8 toitures photovoltaïques sur les bâtiments municipaux par Mine de Soleil
2018 : rénovation de l’éclairage public
2023 : Extinction nocturne de l’éclairage public

Des logements sociaux et basse consommation
Loos-en-Gohelle s’est inscrite depuis 1997 dans les principes de la Haute Qualité Environnementale (HQE), appelée aujourd’hui écoconstruction. “Les premiers bâtiments basse consommation n’ont plus rien à voir avec les normes d’aujourd’hui, mais cela nous a permis d’enclencher la dynamique”, explique Arnaud Pavy, conseiller municipal, devant le béguinage rue Desaix. Ici, sur l’ancien coron, 25 logements de mineurs étaient fortement dégradés. La mairie a travaillé avec un bailleur pour construire 40 logements. Les habitants, d’abord attachés au passé symbolique de ces maisons, ont senti les changements en termes de confort et de charges : pas plus de 200 à 300 €/an. Deux autres immeubles autour de la Cité devraient sortir de terre, avec un total de 60 logements performants. 79 % sont des logements sociaux en location.
Depuis, la ville est devenue une référence en matière d’éco-construction. Le programme VillAvenir, piloté par la Fédération du bâtiment, a réalisé 6 maisons sociales pilotes en 2009, avec une vingtaine d’innovations chacunes. La base 11/19 accueille désormais le CD2E, le centre de déploiement de l’éco-transition dans les entreprises et les territoires. Ce pôle d’excellence travaille sur le bâtiment durable, les énergies renouvelables, l’économie circulaire (recyclage des déchets du bâtiment), les éco-matériaux et l’achat public durable.