Biodiversité et urbanisme : rendre palpables les transitions dans le cadre de vie

Souvent citée pour sa manière de conduire la transition, la ville de Loos-en-Gohelle a aussi obtenu des résultats qui permettent aux habitants de ressentir dans leur quotidien les changements enclenchés. Lors de l’atelier « Biodiversité, urbanisme et cadre de vie » de l’événement Loos-en-Gohelle, itinéraires d’une ville en transition, les participants ont pu observer les différentes étapes de la transformation d’un territoire minier et pionnier du développement durable.

Découvrez en introduction notre reportage vidéo réalisé lors de l’atelier.

« Il y a trente ans, on sortait de l’exploitation minière. C’était le pays noir. Le charbon. La poussière. Il n’y avait pas beaucoup de place pour la nature. » En écoutant Francis Marechal, adjoint au maire en charge notamment de l’urbanisme, il est évident que la ville de Loos-en-Gohelle a connu plusieurs tournants dans sa vie. Mais celui de la fin des mines a permis une renaissance écologique. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer en se baladant dans les rues l’impact total que pouvait avoir « l’ancien modèle ». Et pourtant les archives ne laissent pas de place au doute. (Insérer photo archives mines) Pas plus que certaines statistiques. Comme celle d’une ville qui a perdu par endroit jusqu’à 15 mètres d’altitude à force de reposer « sur du gruyère ».

Jean-François Caron, ancien maire, l’évoque très facilement. Ce sont ces difficultés qui permettent à Loos-en-Gohelle d’être aujourd’hui considérée comme une ville pionnière. Ce fameux « mur » que les habitants ont tapé avant tout le monde leur a permis de prendre leur destin en main pour construire. Ensemble. Et si, vu de loin, la trajectoire et le code source « loossois » paraissent parfois hors d’atteinte, cet atelier sur la biodiversité, l’urbanisme et le cadre de vie a souvent été l’occasion de rappeler que Loos-en-Gohelle s’est (re)construite progressivement, avec des choses simples mais surtout un réel courage politique. Une posture importante à avoir en tête pour Fanny Sire, venue de La Roche sur Yon pour participer à l’événement : « Ce qui m’a frappé, c’est le bon sens. Tout ce qui est fait est logique. On se dit en ressortant : mais pourquoi on n’y arrive pas ? Mais ça fait du bien de se le réentendre dire. ». »

Une charte du cadre de vie comme feuille de route pour la municipalité

Parmi les « petits cailloux » qui ont tracé la voie, la révision du Plan d’occupation des sols (POS) a été une étape importante. « À l’origine c’est un travail de technicien, indique Francis Marechal, mais Jean-François Caron est intervenu à l’époque en disant qu’on ne pouvait pas faire cela sans aller voir la population. Savoir ce que souhaitent les habitants sur le devenir de Loos dans les dix ou quinze prochaines années. Au lieu de le faire en trois ou quatre mois, cela nous a pris beaucoup de temps. Notre Charte du cadre de vie a été écrite dans le même temps. La partie nature était très importante. Les gens demandaient à ce que la ville soit reverdie de manière considérable. Cette charte a servi de plan de route à la municipalité pour de nombreuses années. Nous nous y référons régulièrement et c’est un des fondements de la ville de Loos-en-Gohelle. » On trouve dans cette démarche les fondamentaux de la ville : implication citoyenne, co-construction et impulsion politique.

Toutes les étapes de la métamorphose de Loos-en-Gohelle ont été intégrées à une frise chronologique (voir ci-dessus). On y découvre par exemple que la dernière gaillette de charbon a été extraite en 1986. Avant que la ville n’acquière pour un franc symbolique le terril numéro 15 en 1989. Un moment important pour la mise en récits du territoire qui a aussi été une révélation pour la biodiversité selon Thibault Ackermans, guide nature au CPIE Chaines des Terrils . « Nous nous sommes aperçus que les terrils avaient beaucoup d’intérêt, notamment au niveau de la biodiversité. On s’est rendu compte qu’à la fermeture de la mine, il y a eu un développement de la vie par dessus ces « poubelles ». Mais il a fallu que les habitants prennent conscience de cette nouvelle richesse. Ce n’est plus la richesse du charbon mais la richesse écologique. Nous avons par exemple trouvé des hiboux Grand-Duc sur les terrils récemment. Ils ont trouvé dans les terrils un terrain intéressant pour nicher pour la deuxième année consécutive. Nous avons aussi beaucoup d’oiseaux migrateurs. Nous ne pensions pas qu’il y aurait autant de vie sur les terrils. »

Intervention de Francis Marechal, adjoint au maire de Loos-en-Gohelle, sur la récupération de l’eau de pluie

Et les terrils ne sont pas les seuls lieux où la biodiversité peut se développer. Un travail est mené par les agriculteurs pour favoriser le développement de cultures en bio (voir article agriculture), et la ville n’utilise plus aucun produit phytosanitaire depuis l’année 2014. Une démarche entamée en 2002 qui a permis d’anticiper la Loi Labbé mise en place le 1er Juillet 2022. Une volonté d’avoir un temps d’avance que l’on retrouve également dans le domaine de l’eau. Chaque construction nouvelle doit étudier la récupération de ses eaux de pluie et leur utilisation. La première cuve a été installée en 1997 et la commune possède désormais une capacité de récupération de 96m3 afin d’utiliser l’eau pour l’arrosage, l’entretien des espaces publics et alimenter les sanitaires de certains bâtiments. Un dernier point sur lequel il a fallu batailler juridiquement. « On nous a dit qu’il était compliqué de mettre de l’eau de pluie dans la cuvette des toilettes de l’école au cas où les enfants se mettraient à la boire. Jean-François Caron a alors décidé de faire un pas de côté et d’y aller quand même en insistant sur le fait que le problème dans ce cas ne viendrait probablement pas de l’eau de pluie…

De la gestion différenciée au PLU, l’importance du courage politique

Une gestion différenciée des espaces verts de la ville a débuté en 2003. Une manière de mieux respecter la vocation et la fréquentation de chaque espace afin de dynamiser la présence de biodiversité. Et la commune a adapté son éclairage public dès 2015 pour limiter son impact sur la faune nocturne. « Ça a l’air très simple lors de la visite, évoque Bertrand Crombeke, Directeur des espaces verts, mais ça n’a pas été évident à mettre en place. Aujourd’hui, cela paraît naturel pour notre gestion et les habitants. Mais il a fallu travailler autour de la communication. Informer les habitants, par différents moyens, sur notre gestion différente des espaces verts. On a fait plein d’expériences. Il y a eu des loupés. Il a fallu recommencer. Moi non plus, je n’étais pas convaincu. Mais je suis parti en formation, notamment dans la ville de Grande-Synthe (59) et j’ai pu ensuite convaincre les agents… » »

Thibault Ackermans, Guide Nature pour le CPIE Chaîne des Terrils revient dans cette vidéo sur les différentes espèces que l’on retrouve à Loos-en-Gohelle et sur l’importance de créer des corridors écologiques pour favoriser la biodiversité d’un territoire.

La question de la biodiversité est pensée de manière coordonnée avec celles du cadre de vie et de l’urbanisme. Dès 1999, les élus valident le principe d’une ceinture verte entourant la partie urbanisée de la ville. Celle-ci illustre parfaitement le lien entre les trois thématiques. Corridor pour la biodiversité (voir vidéo Thibault Ackermans), la trame verte s’est aussi transformée en espaces de promenade et de lien entre les différents quartiers. « Dans les deux premières années, nous avons fait 10 kilomètres, se souvient Jean-François Caron. C’est tout ce que nous avions en stock. Des terrains municipaux que l’on a mis en cohérence, en scène et que l’on a connectés. Et après, en fonction des années, on débloque 600 mètres d’un côté, 400 mètres de l’autre quand il y a des opportunités de vente. L’aménagement, c’est du temps long. Mais à la fin ça fait système. » Une vision et une volonté politique donc. C’est aussi celle qui a guidé les travaux autour du nouveau Plan Local d’Urbanisme (PLU) en 2013. Objectif ? Conserver les 850 hectares de surfaces non artificialisées, soit 66% de la surface totale de la commune. Une manière par l’urbanisme de rendre « palpable » l’écologie pour l’ensemble des habitants. Et de raccrocher un maximum de personnes à un projet politique pour Jean-François Caron : « À la fin de mon premier mandat, nous avons fait plusieurs réunions de bilan. Ce qui est ressorti en numéro 1, c’est la trame verte. C’est drôle car moi je pensais que c’était un truc d’écolo. Non. En fait, 100% des gens aiment les petits chemins. Il y a ceux qui travaillent à 8h et courent ici à 6h du matin. Il y a les mamies qui marchent en groupe à 9/10h, les promeneurs de chiens, les amoureux du soir, les jeunes avec leurs mobylettes… Carton plein. Nous avons agrémenté la vie des gens. » Aujourd’hui, la ceinture verte comprend environ 20 kilomètres. Et elle est désormais « gourmande » depuis la plantation d’arbres fruitiers pour se rapprocher de l’ objectif « ville nourricière ».

L’importance de la reconnaissance dans la mise en récits

Francis Marechal, adjoint au maire de Loos-en-Gohelle, évoque l’importance de la coopération et l’expérience d’usage des habitants

Pour continuer à entraîner les habitants dans le projet de territoire, il est important de créer de la fierté. Que la commune obtienne de la reconnaissance pour l’ensemble de son œuvre mais aussi pour des actions particulières. D’ailleurs, impossible de croiser Jean-François Caron sans qu’il n’évoque l’importance qu’a pu avoir le classement du Bassin Minier au patrimoine mondial de l’Unesco. La démarche, lancée en 2002, a abouti en juin 2012. « L’idée même que l’histoire des mineurs vaut celle des rois change tout » répète régulièrement l’ancien maire de Loos-en-Gohelle. Un travail autour du récit qui permet de raccrocher progressivement celles et ceux qui peuvent ne pas avoir cru à cette nouvelle trajectoire. On retrouve également au chapitre des fiertés le classement de la ville au label Villes et Villages Fleuris (trois fleurs aujourd’hui, la première datant de 2009). La commune est également reconnue comme « Territoires engagés pour la nature » (TEN), par l’Office Français de la Biodiversité. Un programme qui vise à « faire émerger, reconnaître et valoriser des plans d’actions en faveur de la biodiversité ».

Dans la lignée de ces différentes marques de fierté, l’ADEME a reconnu Loos-en-Gohelle comme un « démonstrateur de la conduite du changement vers une ville durable ». C’était en 2014 et ce qui intéressait l’Agence de la transition écologique, c’était la capacité de la ville à avoir impliqué ses habitants. Eric Vidalenc, directeur adjoint de la branche régionale de l’ADEME est venu expliquer : « C’était le moment, il y a dix ans, où l’on s’est dit que si on devait penser la transition comme une perspective de long terme, les territoires seraient incontournables. Loos souhaitait interroger le changement d’échelle. Nous avons donc pu créer le premier protocole démonstrateur de la conduite du changement. Les enseignements que l’on tire d’une telle collaboration sont précieux. » Et ils ne sont pas les seuls à venir se renseigner sur le modèle loossois puisque la démarche et ses différentes récompenses en font l’un des territoires les plus visités de France pour celles et ceux qui souhaitent s’engager dans des cheminements de transitions.

Vous pouvez retrouver la Charte du cadre de vie (et son mode d’emploi) ci-dessous :