La lettre de l’impact positif s’intéresse cette semaine à un village de 330 habitants situé dans le département des Vosges. Les Voivres est situé à 25 kilomètres d’Épinal dans un secteur assez pauvre au niveau économique et social. Une situation qui provoquait le départ des habitants et des services. Mais en 1989, Michel Fournier devient maire du village avec pour objectif de redynamiser le territoire. Pour cela, lui et ses onze élus municipaux ont mis en place de nombreuses politiques : de la rénovation et la location de logements, à la création d’une couveuse d’entreprise, en passant par l’installation d’un centre d’éducation à l’environnement, de nombreux emplois ont été créés, entraînant l’installation de familles et de nouveaux services.
Nous avons interviewé Michel Fournier, maire de Les Voivres et Président de l’association des maires ruraux de France, pour en savoir plus sur leur démarche.
– Mise en place du projet –
Vous êtes maire depuis 1989. A votre arrivée, quelle était la problématique du village ?
Le problème était le manque d’enfants à l’école. Il n’y avait pas assez d’effectifs pour la garder ouverte. Nous avions besoin de nouvelles familles. Notre secteur était vieillissant, donc pour être attractif, l’idée était de reprendre d’anciens corps de ferme, de les rénover, de les réhabiliter pour les mettre à disposition de futures familles. C’était des familles modestes, voire en difficulté sociale.
Comment ces travaux ont été réalisés ?
Le village est devenu propriétaire de ces habitations. Les logements ont été rénovés grâce aux chantiers d’insertions permanents.
Comment fonctionnent ces chantiers ?
Nous sommes dans le dispositif Insertion par l’activité Économique depuis 1990. C’est un tremplin pour des personnes en difficultés. Elles viennent chez nous reprendre des habitudes de vie sociale, de travail, de formation, le tout en immersion. Nous avons un accompagnement de l’État, de la région et du département pour les formations. J’ai dû embaucher 500, 600 personnes depuis que je suis maire, même si certains ne restent que quelques mois. La plupart des rénovations faites dans le village sont réalisées par ces personnes.
Par quels autres biais avez-vous créé des emplois ?

Nous avons créé un centre d’éducation à l’environnement, c’est une réponse économique forte. Il est composé d’un hôtel rural, d’une capacité de 60 lits, pour accueillir les enfants avec des classes de découverte et des séminaires. Il appartient à la commune et il est confié à une structure privée. Ce sont huit emplois supplémentaires.
À côté, nous avons installé une micro brasserie dans un bâtiment rénové.
Nous avons également repris, réhabilité et transformé complétement le café restaurant du village. Il appartient à la mairie et est à la disposition d’un café restaurateur. Ce sont trois emplois créés.
Nous avons aussi restructuré une ancienne ferme pour la mettre à disposition d’une association d’artisans d’art qui fait des expositions, ils sont une dizaine actuellement.
Il y a aussi eu l’installation d’une zone d’activité qui n’existait pas ?
Oui, trois entreprises se sont installées sur cette zone d’activité, deux entreprises avec une vingtaine de salariés et une autre avec trois salariés. Celle qui a trois salariés crée des dispositifs pour nettoyer les rivières. Une autre réalise des chaînes d’emballages pour des fenêtres, des ailes de voitures, etc. Et la troisième est issue de la couveuse d’entreprise. Elle fabrique des montures de lunettes, des skates en bois et des vélos en bambou.
– Le projet aujourd’hui –
Quels sont les partenaires de la couveuse d’entreprise ? Et combien d’entreprises y sont installées ?

Ce sont des entreprises en devenir, il y en a cinq en ce moment.
La couveuse est liée à un pôle d’excellence rural mis en place par le PETR Épinal. Pour cela, nous sommes en partenariat avec différents organismes intercommunaux au niveau de la communauté de communes Val de Vôge, avec l’École Nationale Supérieure des technologies et industries du bois et avec l’ONF.
Comment collaborez-vous avec les communes voisines ?
Nous sommes devenus une antenne physique dans la communauté d’agglomération. Nous avons 4 000 habitants dans notre micro territoire. Chez nous, la mairie est une réponse de proximité, c’est un vrai service. Nous travaillons beaucoup en synergie avec les communes autour. Par exemple, nous avons mis en place une politique jeunesse, un ramassage pour personne sans mobilités pour se déplacer, un service de cinéma, une médiathèque. La commune d’à côté dispose également d’une maison de l’emploi, affiliée à France Services.
Quelle est la prochaine étape ?
Les projets sont constants. Notre volonté est de pérenniser tout ce qui existe. Il faut que ce qui fonctionne puisse continuer. Par exemple, nous orientons le chantier d’insertion communal pour qu’il devienne indépendant et ne subisse pas les aléas des élections.
Pour les créateurs d’art, nous avons encore acheté un corps de ferme à proximité que nous allons sûrement transformer en atelier. Nous sommes sans arrêt en mouvement soit dans la continuité soit dans l’amélioration, il y a suffisamment de potentialité maintenant pour pouvoir avoir de l’occupation.
– Dupliquer le projet –
Deux millions d’euros ont été investis pour le centre d’accueil et d’hébergement d’enfants, comment financez-vous vos projets ?

Cette somme a servi aux travaux et investissements communaux sur la réhabilitation de l’étang, le centre éducation à l’environnement et les corps de ferme achetés pour faire l’hôtel rural.
117 habitants du territoire ont participé au financement. Sinon, les aides sont multiples en fonction des dossiers, mais c’est assez classique. C’est souvent l’État, la région, le département ou les fonds européens. Bien entendu, il y a aussi le reliquat communal, ce sont des encours bancaires. Le nôtre est plutôt fort car nous sommes encore en train d’acheter pour d’autres projets. Mais tout cela est susceptible de se renflouer par des loyers, que ce soit pour l’habitat ou les entreprises. Nous fonctionnons un peu comme une entreprise.
Quel est l’impact de vos politiques sur le village ? Quels retours avez-vous de la part des habitants ?
Je ne sais pas s’ils sont satisfaits. Je sais qu’ils sont impliqués et que je suis réélu. De 200 habitants, nous sommes passés à 330. Un grand nombre d’habitations ont pu être rénovés. Nous en avions acheté une vingtaine et aujourd’hui 25 logements sociaux appartiennent à la commune, et une dizaine de maisons, sur lesquelles des rénovations avaient été faites, ont été achetées par des familles.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées au cours de ces projets ?
Si nous reprenons depuis le départ, la première difficulté a été de faire comprendre que l’autre, celui qui n’est pas village – et c’est mon cas d’ailleurs – n’est pas forcément un souci. Ensuite, il a fallu faire comprendre aux habitants qu’ils peuvent être fiers de l’action commune entreprise dans le village. Puis, les difficultés ont été, et sont toujours, de faire comprendre que les orientations sont communes et non personnelles. Je suis maire depuis 30 ans donc je suis assez surpris de voir des personnes qui étaient très opposées à mon projet me soutenir actuellement. C’est assez étonnant, l’être humain est comme ça. Par exemple, j’ai eu beaucoup de soucis avec les chasseurs dernièrement. Je les ai protégés pendant 30 ans. Ils n’ont pas apprécié que je dise que la forêt ne leur appartient pas et que tout le monde peut l’utiliser en fonction de ses sensibilités. Il y a parfois des intérêts privés ponctuels qui entraînent des réactions.
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à ceux qui voudraient s’inspirer de la dynamique de votre village ?
Il faut faire preuve de beaucoup de pédagogie et démontrer que s’il y a un profit à tirer, il n’existera que s’il y a une idée collective.
Propos recueillis par Léa Tramontin.
