La lettre de l’impact positif s’intéresse cette semaine à la plateforme d’achat en ligne du département de l’Orne. Le premier confinement a mis en difficulté de nombreux commerçants et producteurs locaux. À l’annonce du deuxième confinement, le département a souhaité aller plus loin pour les aider en mettant à leur disposition une plateforme d’achat en ligne : Orne-Achats.fr. Tous les commerçants et producteurs locaux du département peuvent s’inscrire et mettre en vente leurs produits. Ce service est totalement gratuit. Les acheteurs peuvent commander et récupérer leurs achats en click and collect ou, si le commerçant est équipé de PayPal, ils peuvent payer en ligne et recevoir leur commande chez eux. Ouverte le 10 novembre, les élus se disent satisfaits du démarrage. Sur le premier mois, 300 commerçants se sont inscrits, 20 000 pages ont été vues et des commandes ont été passées.
Nous avons interviewé Anne Beauchef, chargée de mission pilotage et stratégie des politiques départementales auprès du DGS, pour en savoir plus sur leur démarche.
– Mise en place du projet –
Pourquoi avoir créé la plateforme Orne Achats ?

L’idée a germé lors du premier confinement, avec la première fermeture massive des magasins. Elle est restée dans un coin de notre tête et, lors du deuxième confinement, nous avons voulu trouver une solution et une offre politique à destination des commerces fermés administrativement.
Y avait-il d’autres objectifs qu’apporter une réponse à la crise sanitaire ?
Oui, les modes de consommation évoluent et en tant que collectivité départementale, nous souhaitons proposer une plateforme pérenne. Ce n’est pas un one shot pour répondre à une problématique, c’est un outil mis gracieusement à disposition des commerçants. Nous souhaitons agir au niveau du e-commerce. Cela permettra aux commerçants de développer leur activité et d’avoir des revenus supplémentaires.
La plateforme a ouvert le 10 novembre, quelles ont été les étapes de création ?
Tout est allé très vite. Le département travaille beaucoup avec Orange, donc nous avons collaboré avec une ses filiales, Eolas, pour élaborer la plateforme. Leur proposition était séduisante car Eolas permet d’offrir un accompagnement sur mesure et gratuit aux commerçants.
Les commerçants bénéficient de formations ?
Oui, Eolas propose des webinaires pour expliquer comment fonctionne la plateforme. Il y en a deux par semaine et ensuite ils sont disponibles en replay. Tout est gratuit pour les commerçants. Ensuite, les Chambres de commerce peuvent ajuster et proposer d’autres formations.
Vous collaborez aussi avec les Chambres de commerces, avez-vous d’autres partenaires ? Et quel est leur rôle ?
Oui, le président du département souhaitait réunir tous les partenaires. Donc les Chambres consulaires (de commerce, d’agriculture et la chambre des Métiers) sont avec nous pour assurer le relai auprès de leurs ressortissants. Des rencontres sont régulièrement organisées pour avancer et essayer de répondre aux questions des commerçants. Nous sommes main dans la main avec nos partenaires car certains utilisent la plateforme seulement en tant qu’annuaire.
Les partenaires mettent aussi en place des formations et des modules plus poussés à destination des commerçants pour qu’ils puissent développer des vitrines numériques. Cela ne s’improvise pas, c’est nouveau et on part d’assez loin en France. Le fait qu’une collectivité départementale prenne ce sujet en main envoie un message fort. Nous montrons qu’il y a une logique d’attractivité territoriale.
D’autres plateformes existaient déjà sur le territoire ?
Oui, notamment sur des territoires plus petits (comme une Communauté de communes). Toutes ne marchent pas à la même vitesse et le département va permettre de tendre la main à tout le monde de la même manière.
Qui travaille sur ce projet au sein de la collectivité départementale ?
Je suis en charge du projet et je travaille avec le service communication et deux autres collègues qui viennent m’aider pour le relai avec les Chambres de commerce et les Communauté de communes, mais qui ne sont pas à temps complet sur le projet.

– Le projet aujourd’hui –
Comment fonctionne la plateforme au quotidien ?
Comme sur n’importe quel site en ligne, on peut regarder les articles des différents commerçants. Il est possible de commander soit en click and collect soit de payer en ligne et recevoir son colis à la maison. Chaque commerçant gère lui même ses commandes, ses envois et le règlement. Pour l’instant, l’option de paiement en ligne n’est disponible que pour ceux qui sont équipés de Paypal.
Comment s’inscrivent les commerçants ? Et lesquels peuvent s’inscrire ?
Il n’y a pas de sélection, s’inscrivent les commerçants, les producteurs et les artisans locaux qui exercent leur activité sur le département de l’Orne. Le commerçant doit d’abord s’inscrire en entrant des informations comme le code APE (Activité Principale Exercée). Puis, Eolas envoie les codes d’accès. C’est très simple, il suffit ensuite de renseigner le nom du commerce, tous les produits avec les photos et les descriptions.
Comment avez-vous incité les commerçants et les usagers à utiliser cette plateforme ?
Nous avons fait un travail précis et de fond pour convaincre et sensibiliser à l’outil. Nous progressons. Nous souhaitons vraiment mettre en avant les producteurs locaux donc nous mettons l’accent sur l’achat dans l’Orne en favorisant le commerce de proximité. Nous voulons passer le message que le commerce physique est très important, d’ailleurs le département les aide, mais le e-commerce se développe aussi et il faut le promouvoir. C’est vraiment deux jambes dans notre politique. Nous avons mobilisé tous nos canaux de communication : réseaux sociaux, affiches abribus, flyers… Nous avons aussi distribué des autocollants aux commerçants à poser sur leur boutique pour montrer qu’ils sont aussi en ligne et nous avons réalisé des sachets pour les baguettes avec le logo Orne Achats.
Eolas a créé la plateforme. Les services internes du Département ne sont pas intervenus ?
Non. Nous ne sommes présents qu’en appui avec la direction de la communication pour les actions extérieures et pour le travail sur l’environnement graphique de la plateforme. Eolas travaille depuis une dizaine d’années sur le e-commerce, les profils des cyberconsommateurs, etc. Notre rôle en tant que collectivité territoriale, est de s’entourer de ces professionnels pour nous aiguiller sur les profils de consommateurs car ils connaissent très bien le sujet. Nous assurons ensuite la communication auprès du grand public. Nous avons convaincu les commerçants de venir sur la plateforme, maintenant il faut convaincre les habitants.
Le Département met gratuitement à disposition la plateforme, pourquoi ? Et pendant combien de temps ?
En tant que collectivité, nous ne pouvons pas encaisser de commission sur les ventes. Donc c’est gratuit. Nous avons investi sur la plateforme et nous n’avons pas d’objectifs sur les potentiels retours. Cela se répercutera sur l’image, l’attractivité et le service rendu. La plateforme restera gratuite. Le président est attaché à cette idée.
Quelle est la prochaine étape ?
Nous voulons inciter les commerçants à progresser dans le e-commerce, que cela devienne un outil quotidien d’achat, un réflexe. Ainsi, cela deviendra un complément de chiffre d’affaires pour les entreprises. Nous allons aussi adapter la plateforme en fonction des grands rendez-vous de l’année comme Noël, la fête des mères, etc. À l’avenir, nous aimerions aussi qu’il y ait plus de possibilités de paiement en ligne.
– Dupliquer le projet –
Quel est l’impact pour les commerçants et les consommateurs du territoire ?
Nous recensons près de 300 commerçants et producteurs locaux inscrits. Ce chiffre augmente vite, c’est positif. Il y a également, un mois après sa mise en fonctionnement, 4 000 visites et 20 000 pages vues. Nous sommes très satisfaits du démarrage. Au niveau des commandes, certains en ont reçu d’assez importantes, dont un qui en a eu pour 300/400€. Après il faut aussi alimenter la plateforme, certains ne mettent pas de produits. Parfois, cela nous échappe.
Quel a été le coût de la plateforme ?
15 000€. Cela prend en compte la création du site et les webinaires. Après en fonction du nombre de commerçants le prix évolue, s’ils sont nombreux, ça augmente.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
La mise en œuvre de la plateforme s’est faite assez simplement. La difficulté se trouve au niveau de l’ancrage de l’outil dans les habitudes des commerçants. Nos partenaires nous aident à ce sujet. C’est nouveau pour tout le monde. Cela nécessite de revoir sa communication sur les produits et s’adresser à un public un peu différent de celui qui vient en boutique. Il faut souvent se réinterroger sur sa manière de travailler.
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un département qui souhaite mettre en place une plateforme d’achat en ligne ?
Je suis très enthousiaste sur cet outil. En termes d’attractivité, c’est positif pour le Département. Cette échelle c’est aussi ce qui fait l’originalité du projet et en plus, ça a du sens auprès de nos politiques départementales.
Propos recueillis par Lea Tramontin.
