“Rues et places des possibles” : à Strasbourg, confier aux habitants la transformation de leur quartier

Cette semaine, la lettre de l’impact positif s’intéresse à l’initiative « Rues et places des possibles » de la ville de Strasbourg.

Dans le cadre de sa coopération avec Montréal, la Ville de Strasbourg a expérimenté une
démarche participative de réaménagement d’espaces publics dans le quartier de la gare. Baptisée « Rues et places des possibles », elle repose sur un principe fort : faire un pas de côté en tant que collectivité et confier à un panel citoyen la formulation des propositions de transformation. Objectif : tester une gouvernance plus ascendante, capable de produire à la fois des aménagements plus justes et un nouveau dialogue entre habitants, acteurs locaux, services techniques et élus.

Entretien avec Pierre Zimmermann, Chef du service Coopérations et animation des transitions à la Direction Transition Énergie Climat de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg.
(L’entretien a été réalisé le 26 janvier 2026)

"Nous nous sommes dit qu'il ne suffisait pas de partager une culture commune : il fallait expérimenter."

En une phrase, comment définir votre projet “Rue et place des possibles ?”

C’est une démarche de réaménagement d’espaces publics dans laquelle la collectivité confie
à un panel citoyen le pouvoir de formuler les propositions, accepte l’incertitude d’une
gouvernance inversée et cherche, par la coopération entre tous les acteurs, à transformer à
la fois les lieux et les manières de fabriquer la ville.

D’où vient l’initiative “Rues et places des possibles” ?

Les villes de Strasbourg et de Montréal coopèrent activement depuis 2019. L’un des fils rouges de cette coopération est la question suivante : comment mieux embarquer les acteurs du territoire dans les transitions ? Cela suppose de faire évoluer nos cadres, nos modes opératoires et nos pratiques pour laisser davantage de place aux acteurs locaux.

Au départ, nous avons partagé nos expériences respectives de dispositifs participatifs. Montréal nous a notamment présenté la démarche des ruelles vertes : des arrières-ruelles, historiquement très fonctionnelles, qui sont progressivement réaménagées par des collectifs citoyens pour devenir des espaces végétalisés, de rencontre, de jeux ou de culture. Nous avons aussi mis en place des canaux de dialogue permanents entre élus, agents, habitants, acteurs associatifs, opérateurs et assistants à maîtrise d’ouvrage, pour discuter de l’intérêt de fabriquer la ville autrement.

À un moment, nous nous sommes dit qu’il ne suffisait pas de partager une culture commune : il fallait expérimenter. “Rues et places des possibles” est née de cette envie de tester, en parallèle à Strasbourg et à Montréal, un dispositif donnant davantage de pouvoir aux citoyens pour repenser le morceau de ville dans lequel ils vivent.

À quelle problématique vouliez-vous répondre ?

L’objectif était de mobiliser des habitants dans leur quartier et de les rendre acteurs de sa transformation, face à des enjeux très concrets : îlots de chaleur, manque de végétation, stationnement, conflits d’usages, place de la voiture, qualité des espaces publics, lien social.
Mais il y avait aussi un objectif plus profond : interroger la posture de la collectivité. Dans beaucoup de projets d’aménagement, la décision reste descendante. Ici, nous voulions accepter de perdre une part de maîtrise sur le projet, de faire un pas de côté, et de confier à un collectif citoyen (qui soit accompagné) la capacité de formuler des propositions que la Ville s’engagerait ensuite à concrétiser.

C’est une forme de gouvernance inversée. On accepte l’incertitude : on ne sait pas, au départ, ce qui va ressortir. Mais on considère que les habitants peuvent formuler des choix pertinents, peut-être différents de ceux que nous aurions faits spontanément.

Cette posture représente-t-elle un changement important pour la collectivité ?

Oui, même si Strasbourg avait déjà mené d’autres démarches de coopération avec les acteurs locaux, par exemple dans le cadre du parc naturel urbain ou de projets d’aménagement plus concertés. Mais c’était la première fois que nous formalisions aussi clairement, en interne, l’idée que le panel citoyen serait souverain dans la formulation des propositions.

Je me souviens avoir dit aux élus et aux directions que nous n’aurions pas la maîtrise complète du projet, que nous allions gérer devoir accepter de composer avec de l’aléa et de l’incertitude. Ce n’est pas anodin pour une organisation publique : les services techniques ont l’expertise, les élus ont la légitimité politique, et la démarche vient volontairement déplacer ces habitudes.

Nous avions deux livrables en tête. Le premier était évidemment le réaménagement des espaces. Le second, tout aussi important, était le chemin de dialogue et de coopération emprunté pour y parvenir. C’est ce chemin que nous voulions expérimenter

"L'idée n'était pas de plaquer un dispositif de participation sur un territoire, mais de proposer un cadre là où un désir d'agir existait.

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Pourquoi avoir choisi le quartier de la gare de Strasbourg ?



Le site retenu se situe dans le quartier gare, autour notamment de la rue Kageneck, de la rue Kuhn et de la place Karl-Ferdinand-Braun. C’est un secteur très minéral, soumis à des enjeux d’îlots de chaleur et de manque d’espaces qualitatifs. Il existait déjà une initiative citoyenne informelle, « Coup de frais sur la gare », qui plaidait pour davantage de végétation et de fraîcheur dans le quartier. Nous sommes donc partis d’un endroit où il y avait déjà une attente, une envie de transformation. L’idée n’était pas de plaquer un dispositif de participation sur un territoire, mais de proposer un cadre là où un désir d’agir existait.



Très vite, les habitants ont d’ailleurs ré-interrogé le périmètre initial. Ils ont estimé qu’il était dommage de se limiter à quelques rues et ont proposé d’élargir la réflexion à d’autres espaces voisins. Nous avons accepté, en précisant que le budget resterait le même et qu’il leur faudrait donc prioriser.



Comment avez-vous constitué le panel citoyen ?



Nous avons d’abord posé un cadre commun avec Jean-François Simoneau, mon homologue à Montréal (arrondissement de Rosemont – La Petite-Patrie) et avec l’enseignant chercheur Sébastien Keiff, qui nous a accompagnés dans le design du processus participatif. Ensuite, nous avons travaillé les invariants : le budget, le calendrier, les contraintes techniques, les accès de secours, la collecte des déchets, les réseaux souterrains, les contraintes de plantation ou encore le contexte plus large lié au plan de circulation.



Pour mobiliser les habitants, nous avons utilisé plusieurs canaux : une page sur Participer.strasbourg.eu, des affiches avec QR code dans les commerces et les halls d’immeuble, des flyers, des permanences à différents horaires et jours de la semaine pour s’adapter à une diversité de publics, ainsi que deux participations en assemblée de quartier. Une trentaine de personnes se sont dites intéressées. Au moment de confirmer l’engagement, 18 ont levé la main.

L’objectif était de composer un panel de 10 à 15 personnes, diversifié en âge, genre, catégorie socioprofessionnelle et dans leur rapport au quartier. Dans les faits, le panel était intéressant, mais pas parfaitement représentatif. C’est l’un des points d’amélioration identifiés : il aurait fallu davantage de temps pour aller chercher certains publics, notamment peut-être plus de jeunes. Comme ils étaient 18, nous n’avons exclu personne et sommes partis avec eux.



Quelle place avaient les autres acteurs du quartier ?



Le panel citoyen était au cœur de la démarche, mais il ne travaillait pas seul. Nous avons distingué trois grands collèges d’acteurs : le panel citoyen, les services de la collectivité, et les acteurs locaux. Ces derniers peuvent être des commerçants, des associations, des équipements culturels, des crèches, des écoles, une médiathèque, des structures comme les Petites Cantines, Emmaüs Connect ou des coopératives alimentaires.



Certains habitants déjà très impliqués, par exemple représentants associatifs ou collectifs, n’ont pas été intégrés au panel en tant que citoyens « ordinaires », mais associés comme acteurs locaux. L’enjeu était d’éviter que le panel ne soit uniquement composé de personnes déjà expertes de la participation ou déjà en lien avec la collectivité.



Comment la coopération avec Montréal s’est-elle traduite concrètement ?



La démarche a été co-construite avec Montréal. Nous avons défini ensemble un socle, des valeurs, des grandes étapes et une méthode générale. Ensuite, chaque ville a adapté l’animation à son contexte. À Montréal, l’expérimentation portait sur le secteur de « l’île aux Volcans » de Saint-Laurent, dans l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie. Il s’agissait là aussi de transformer des espaces de voirie ou de stationnement pour en faire autre chose qu’un espace dédié à la voiture, dans un contexte d’aménagements existants (aire de jeux libres) arrivant en fin de vie.



Il y a eu des échanges entre équipes techniques, facilitateurs et représentants des deux villes. Une représentante du collectif strasbourgeois a également accompagné une délégation à Montréal lors du lancement de la démarche locale. En revanche, les échanges directs entre panels citoyens auraient pu être plus nombreux. C’est une limite que nous identifions : la coopération internationale a beaucoup nourri la méthode, mais elle aurait pu davantage nourrir l’expérience vécue par les habitants.



Comment le processus s’est-il déroulé ?



L’expérimentation s’est déroulée sur quatre mois et demi, de mi-octobre 2024 au 1er mars 2025. La première étape a consisté à accueillir le panel, à expliquer sa mission, les marges de manœuvre, les invariants et le calendrier. Les citoyens ont aussi contribué à élaborer une « entente de collaboration » : quelles règles se donner, comment fonctionner, comment travailler ensemble.



Ensuite, il y a eu une phase d’ouverture et d’émergence. Le panel s’est approprié les enjeux, a rencontré les acteurs, a commencé à formuler des besoins et des envies. Puis une phase d’atterrissage a permis de passer des aspirations à des propositions plus concrètes, au regard des contraintes techniques et budgétaires.



Cinq groupes de travail thématiques ont été constitués. Les membres du panel y ont participé avec les services techniques et les acteurs locaux. Nous avions demandé aux techniciens d’être dans l’écoute : ne pas répondre immédiatement « ce n’est pas possible », mais comprendre le besoin exprimé puis d’accompagner les citoyens dans la recherche des solutions envisageables.



Enfin, le panel s’est réuni lors d’un temps appelé « conclave », un vendredi après-midi et un samedi, sans représentant de la collectivité, mais animé par un tiers animateur neutre (Minestrone). A partir de toute la matière produite, il a formalisé un cahier de propositions qui a été présenté devant Mme la Maire, M. Le DGS et d’autres élus et techniciens le soir même de ce « conclave ».



Que contenait ce cahier de propositions ?



Le panel a d’abord expliqué qui il était, en reconnaissant lui-même ses limites de représentation. Il a ensuite formulé un diagnostic fondé sur son vécu, ses observations et sa maîtrise d’usage du quartier. Ce n’était pas un diagnostic de bureau d’études, mais une lecture habitée des besoins, des problèmes et des souhaits. Les propositions se sont organisées autour de trois grands enjeux : affirmer une identité de quartier tout en respectant sa diversité, favoriser des relations plus harmonieuses entre usagers, et assurer un meilleur bien-être environnemental.



Les habitants ont ensuite travaillé par secteurs prioritaires. Ils ont formulé des intentions : donner davantage de place à la vie sur la place Karl-Ferdinand-Braun, pacifier certaines rues, lutter contre le stationnement sauvage, renforcer la végétation, apporter de l’ombre, introduire de l’eau ou des dispositifs de rafraîchissement, améliorer la qualité des sols, créer des conditions pour que les espaces vivent vraiment.



Un point important a été de les aider à ne pas s’enfermer trop vite dans une solution technique. Par exemple, dire « il faut verbaliser » ou « il faut mettre des plots » n’est pas la même chose que dire « nous voulons pacifier cette rue et lutter contre le stationnement sauvage ». A partir de l’intention, les services techniques peuvent ensuite proposer plusieurs solutions.

"Le premier résultat, c'est le retour du dialogue. Les participants disent s'être découverts entre voisins, avoir compris qu'ils pouvaient se connecter aux commerçants, aux associations, aux structures du quartier et agir ensemble.

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Les propositions ont-elles déjà produit des effets concrets ?



Oui, d’abord dans la suite du processus. Après la présentation du cahier de propositions devant la maire, les élus et la direction générale des services, les citoyens ont demandé à continuer à être associés à la conception technique. Ce qui a été accepté.



La direction des espaces verts et de nature a organisé une balade apprenante dans des quartiers voisins récemment réaménagés. L’objectif était d’expliquer très concrètement les choix de sols, les enjeux d’infiltration, l’accessibilité PMR, les contraintes de plantation ou de gestion. Les habitants se sont beaucoup impliqués, au point de venir avec des voisins.



Ensuite, les services ont présenté des esquisses, discuté des avantages et inconvénients, puis ajusté certains plans. Sur un secteur, les habitants ont exprimé une forte déception. Les services ont donc repris le travail pour revenir davantage à l’esprit des propositions initiales.



La démarche comporte aussi un volet de médiation culturelle. Pourquoi ?



Parce qu’un panel de 18 personnes ne suffit pas à lui seul à représenter tout un quartier, même s’ils avaient d’eux-mêmes pris l’initiative de rencontrer les acteurs locaux du secteur pour composer avec les besoins et attentes. Il fallait partager l’histoire de la démarche, présenter les résultats et ouvrir la discussion à d’autres habitants et acteurs. Une journée de médiation culturelle a donc été organisée le 14 juin sur la place. Il y avait des stands, des plans, des explications sur “Rues et places des possibles, des balades dans le quartier avec des membres du panel et des agents pour expliciter les propositions de réaménagement, mais aussi des concerts, des activités et la présence d’acteurs locaux. Environ 200 personnes sont passées sur la journée.



Cette journée n’était pas seulement une restitution : c’était aussi une première manière de faire vivre les espaces. L’enjeu n’est pas uniquement de changer des pavés ou du mobilier urbain, mais de reconstruire de la vie collective d’un secteur soumis à plusieurs tensions et incivilités…



Vous évoquez aussi des tensions avec certains jeunes présents sur la place. Comment la démarche les a-t-elle abordées ?



Le quartier connaissait en effet des tensions d’usage importantes : nuisances nocturnes, squats, trafic, conflits entre riverains et groupes de jeunes. La place avait été en partie vidée de ses aménagements pour limiter certains usages, ce qui la rendait peu qualitative. Au départ, nous n’avons pas intégré ces jeunes au panel. Avec le recul, c’est peut-être quelque chose que nous aurions pu tenter, mais le contexte était très tendu, avec notamment un dépôt de plainte. L’initiative de l’association Vil.a.ge, qui figurait parmi les acteurs locaux impliqués dans la démarche et qui travaille sur la médiation et les problèmes urbains, nous a aidés à renouer le dialogue.



Deux grandes réunions ont été organisées. La première a été tendue, mais elle a permis de faire entendre que ces jeunes habitaient majoritairement aussi le quartier, qu’ils vivaient souvent dans de petits appartements et cherchaient un lieu pour se retrouver. Progressivement, un dialogue s’est rétabli. Certains ont participé à la journée de médiation culturelle. Un moment symbolique a été un apéritif partagé, proposé par une habitante du panel à l’issue d’une réunion. Des riverains qui se plaignaient des rassemblements nocturnes se sont retrouvés à boire un verre avec les jeunes. Ce n’est pas une solution magique à tous les problèmes, mais cela montre que la démarche a contribué à retisser du lien.



Qu’est-ce qui a le mieux fonctionné ?



Le premier résultat, c’est le retour du dialogue. Les participants disent s’être découverts entre voisins, avoir compris qu’ils pouvaient se connecter aux commerçants, aux associations, aux structures du quartier et agir ensemble.



Le deuxième résultat, c’est la compréhension de la complexité de la fabrication urbaine. Quand les habitants découvrent qu’on ne peut pas planter un arbre à tel endroit à cause des réseaux, ou qu’une solution peut absorber une part disproportionnée du budget, ils comprennent mieux les arbitrages publics et la difficulté de trouver des équilibres dans la fabrication de la ville.


Enfin, la démarche transforme la relation à la collectivité. On passe d’une posture de conflit :  « la mairie ne fait rien », à une posture d’acteurs. Les habitants deviennent aussi des ambassadeurs, capables d’expliquer à d’autres pourquoi certains choix sont faits.



Qu’est-ce qui a moins bien fonctionné ?



La principale limite concerne la composition du panel. Nous aurions pu prendre davantage de temps pour aller chercher une diversité plus forte, notamment des jeunes et des personnes plus éloignées des dispositifs participatifs. Le calendrier nous a mis sous pression, car le site initialement envisagé a changé tardivement et il fallait avancer en parallèle avec Montréal.



Les échanges directs entre panels strasbourgeois et montréalais auraient aussi pu être plus nombreux. Ils ont existé, mais ils sont restés limités par les contraintes de calendrier et par le fait que chaque ville travaillait sur son propre terrain. Plus largement, l’expérimentation a demandé une forte mobilisation interne. C’est normal pour un prototype, mais cela doit être anticipé si l’on veut passer à l’échelle. Mais si l’on évalue à 360° la démarche et que l’on considère toutes les externalités positives, le bilan est très positif !



Combien a coûté la démarche ?



Le budget global des travaux envisagés sur les cinq secteurs priorisés est d’environ 450 000 euros. L’animation par un tiers facilitateur représente 29 000 euros. La démarche a été financée sur les budgets de la collectivité, sans recours à des financements extérieurs spécifiques.



Il faut toutefois manier la question du coût avec prudence. Le temps humain mobilisé par les services, les citoyens et les acteurs locaux n’a pas été calculé de manière exhaustive. Mais l’objectif était aussi de développer un prototype, donc d’investir davantage au départ pour tester une méthode, former une communauté d’agents et d’acteurs, et démontrer qu’un autre chemin est possible.



Si la démarche permet d’éviter des conflits, de concevoir des aménagements mieux appropriés et de limiter les reprises ultérieures, elle peut aussi produire des économies difficiles à mesurer immédiatement.



Quel rôle a joué le chercheur Sébastien Keiff ?



Sébastien Keiff a accompagné le design de la démarche. C’est un chercheur qui connaît bien les collectivités, les questions de participation, la résolution de problèmes complexes et les transitions. Il a contribué à construire le cadre d’expérimentation avec Strasbourg et Montréal.



Il a aussi observé certains moments clés, notamment le conclave, et participe à la mise en évaluation de la démarche. Une enquête qualitative et quantitative a été conduite auprès des acteurs impliqués. Un atelier de master 2 en sociologie a également mené 24 entretiens semi-directifs avec des élus, citoyens, acteurs locaux, membres du panel, animateurs et facilitateurs. Sébastien Keiff a publié un article qui est disponible.



Les premiers retours sont très positifs, tout en identifiant des pistes d’amélioration. Une publication scientifique dans la prestigieuse « international Review of Administrative Sciences » est en cours avec un chercheur de l’Université de Washington en coopération avec Sébastien Keiff, autour de ce que ce type de démarche transforme dans la notion d’engagement : engagement citoyen, engagement des agents, engagement des élus.



La démarche peut-elle être reproduite ailleurs ?



C’est l’enjeu du passage à l’échelle. L’idée n’est pas forcément de reproduire exactement le même dispositif partout, mais de tirer les enseignements de ce prototype. Il y a une volonté, au niveau des services et de la direction générale, d’imaginer plusieurs projets de ce type par an, dans différents quartiers, si le nouvel exécutif le souhaite évidemment (interview réalisée le 26 janvier 2026).

Ce qui est intéressant, c’est la transversalité de la démarche. Elle implique les services techniques, la participation citoyenne, la transition écologique, l’économie locale, les acteurs sociaux et culturels. Chacun peut y trouver sa place, à condition d’accepter que le projet ne soit pas entièrement maîtrisé d’avance.



Quel conseil donneriez-vous à une collectivité qui voudrait se lancer ?



D’abord, être très clair sur le cadre. Même une feuille blanche a un cadre : budget, calendrier, contraintes techniques, invariants, rôle de chacun. La transparence est essentielle pour éviter les malentendus.

Ensuite, accepter sincèrement le pas de côté. Si la collectivité garde la main sur tout, les habitants le sentiront. Il faut leur donner une vraie capacité à formuler des propositions, tout en les accompagnant pour qu’elles deviennent techniquement et financièrement réalisables.



Il faut aussi prendre le temps de constituer le panel, en allant chercher les publics qui ne viennent pas spontanément. Et ne pas sous-estimer l’animation : la qualité du dialogue ne se décrète pas, elle se construit.



Enfin, il faut penser autant au processus qu’au résultat. L’aménagement final compte, bien sûr. Mais le chemin parcouru peut produire autant de valeur : du dialogue, de la confiance, de la compréhension mutuelle, de l’appropriation et parfois même la résolution de tensions que l’aménagement seul n’aurait pas traitées.


Entretien réalisé le 26 janvier 2026 par Baptiste Gapenne. 
Publié le 13 février 2026.