La création de valeur en commun, nouvelle boussole de la Fondation des Territoires ?
« Créer de la valeur en commun » : tel est le titre de la note publiée par la Fondation des Territoires, le 27 novembre, à l’occasion de son dîner élus et entreprises, tenu à Joinville-le-Pont. A l’aune de ses convictions personnelles, nourries par son parcours d’engagement, Philippe DA COSTA, Président de la Fondation des Territoires, met en perspective la création de valeur en commun.
La Fondation des Territoires est un espace de dialogue public – privé à l’écoute de l’innovation territoriale, créé en juin 2022, et préfiguré dès 2018. En juin 2025, Philippe DA COSTA a succédé à Jean-Paul DELEVOYE à sa présidence.
La Fondation des Territoires a pour missions de partager les expériences pionnières, d’expérimenter des solutions collectives et d’éclairer sur la diversité des moyens de co-construire des solutions territoriales pertinentes face à nos défis communs.
Elle a publié des notes de positions sur la charte du faire alliance, en 2021 ; la définition du territoire en 2022 ; les compétences en 2023 ; et l’innovation territoriale en 2024, avant la création de valeur en commun, en 2025 (documents accessibles depuis la page publications).
A la lumière de votre parcours d’engagement, que signifie « créer de la valeur en commun » ?
Philippe DA COSTA (PDC) : Cette expression valorise trois mots-clés : création, valeur et agir ensemble au sens de commun ce qui fait sens, est le fruit du collectif.
Tout mon parcours de vie est marqué par le fait de favoriser le dialogue, la diplomatie entre organisations. Cela m’a convaincu du besoin de créer des alliances et de développer des synergies entre acteurs avec des histoires différentes qui devaient se parler et co-construire ensemble. Ma vision de la diplomatie est de faire se rencontrer des femmes et des hommes de différentes organisations qui gagnent à s’allier, à co-construire ensemble et à agir ensemble, notamment au sein de trois univers : secteur public, associatif et entreprise. Le monde économique a énormément changé en 20 ans : le sociétal a fait son entrée dans les entreprises et les entreprises sont disposées à prendre leur part aux défis de la société.
Créer de la valeur en commun, cela signifie dialoguer et agir entre parties prenantes pour élaborer ensemble des réponses face à des défis communs.
Depuis la crise du COVID, la donne a changé. Cette crise nous a fait prendre conscience d’une bascule : nous ne sommes plus face à des transitions mais face à des réelles ruptures.
En tant que président de la Croix-Rouge française, j’ai observé que nous entrions dans un moment de vérité : les crises sont interdépendantes, s’accélèrent, et sont en partie invisibles, à l’instar de la santé mentale. Ainsi, la dimension environnementale percute le social et le politique.
Ce nouveau contexte nous invite à rechercher des solutions concrètes à partir des territoires. Comment reconstituer une vision pour agir ensemble, décider ensemble et construire ensemble ? Nous vivons vraiment un momentum par rapport à cette dynamique.
Qu’entend-on par la création de la valeur ? La valeur à laquelle je suis le plus attaché, c’est la valeur humaine, celle de la relation. Emmanuel LEVINAS, philosophe de la relation, parle de « la rencontre des visages ». Face à ces crises, à ces changements, ces bascules, notre société doit remettre l’humain au cœur des enjeux. Les valeurs d’humanité, de respect, d’équité et de justice sont essentielles.
En juin 2025, vous avez succédé à Jean-Paul DELEVOYE à la présidence de la Fondation des Territoires. Quelles motivations vous animent ?
PDC : En échangeant avec Jean-Paul DELEVOYE et Charles-Benoît HEIDSIECK, j’ai été enthousiasmé par la Fondation des Territoires et son projet : réunir des faiseurs, des hommes et des femmes qui réfléchissent au développement dans les territoires, de façon théorique et opérationnel à travers des expérimentations, en travaillant avec des collectivités, le milieu académique et les entreprises.
La Fondation des Territoires est un lieu unique qui crée des synergies et favorise des capacités à travailler entre acteurs économiques, collectivités et acteurs associatifs. Depuis six mois, je suis marqué par la diversité des initiatives découvertes qui changent le quotidien de femmes et d’hommes dans les territoires.
Face aux ruptures observées, comme président de la Croix-Rouge française, j’avais observé que deux approches permettaient de répondre aux aspirations des citoyens : agir en proximité et promouvoir l’universel. Quand on fait localement quelque chose on cherche à donner du sens à raccrocher l’envie d’agir à une vision universelle du faire ensemble.
La Fondation des Territoires peut accompagner les acteurs territoriaux vers cette vision universelle qui fait défaut au débat public.
En octobre 2024, vous avez publié le livre « Nous sommes nés pour agir », un appel lancé alors que vous étiez Président de la Croix-Rouge française. Dans cet essai, vous nous invitez à se préparer aux ruptures à venir, en empruntant la voie du « premier kilomètre ». De quoi s’agit-il ?
PDC : Le titre de cet ouvrage « Nous sommes nés pour agir », je l’ai emprunté à un philosophe, grand éducateur, Michel de MONTAIGNE, dans les Essais. Cette phrase rejoint les principes du pédagogue américain John DEWEY à travers l’apprentissage par l’action (learning by doing).
L’éducation expérientielle est au cœur de la pensée de l’école nouvelle incarnée notamment par Maria Montessori ou Lord Baden Powell.
Le pouvoir d’agir est au cœur également de la loi de 1901 pour les associations, il met en route et permet de se relever et de ne pas rester simple spectateur, de s’engager et de devenir un acteur de sa vie.
Pourquoi parler d’élan du premier kilomètre ? Nous évoluons dans un monde qui se polarise, avec une montée des radicalités : cela génère une société de défiance, à la fois du bas vers le haut, du citoyen vers les autorités, les institutions, l’Etat ; et aussi du haut vers le bas, de l’Etat vers les citoyens, comme l’a montré la gestion de la crise COVID avec ce que j’appelle le syndrome du Conseil de défense ou certains décident pour tous. J’appelle à un changement de méthode. Partir des besoins, se mettre à la place et faire avec.
J’ai le sentiment que nous sommes arrivés au bout de cette logique. Il devient nécessaire de responsabiliser les citoyens et de les rendre acteurs de leur destin, cela pose la question de la confiance et de l’accompagnement
Cet élan du premier kilomètre, c’est un appel à la mobilisation afin que chacun prenne sa part face aux défis communs et aux enjeux de société et de rupture fruits des multiples crises que nous affrontons. C’est une conviction que les réponses pertinentes s’élaborent à partir de la plus petite maille territoriale.
A la Croix-Rouge française, en 4 ans, nous avons mobilisé cette envie d’agir et augmenté nos effectifs de 15 000 bénévoles, surtout des jeunes. Ce qui les a incités à venir, c’est le fait de trouver là des lieux bienveillants, des outils pour s’engager mais également une méthode fondée sur : la confiance, la reconnaissance et la montée en compétences. Ce changement de paradigme est nécessaire et indispensable.
La France est en retard sur ce plan par rapport à d’autres pays, comme en Europe du Nord où les citoyens sont davantage acteurs notamment dans le domaine de la sécurité civile, mais elle a un atout majeur : disposer d’un tissu associatif puissant et engagé dans les territoires.
Plutôt que de récupérer la notion d’engagement dans son discours, l’Etat doit prendre un rôle de facilitateur et de promoteur de cet élan du premier kilomètre. Et cela changerait tout !!
Les associations deviennent alors des tiers de confiance entre les défis à relever et les citoyens. Avec le soutien d’acteurs de l’accompagnement et l’appui du milieu académique, il existe un écosystème permettant de se préparer à répondre aux crises, aux ruptures qui nous attendent.
L’ enjeu majeur est bien de renforcer la résilience de la population dans notre pays.
Cette capacité de renforcement de la résilience pour agir permet d’accompagner des chemins d’engagement. L’élan du premier kilomètre nous invite à se mettre en route pour apporter en proximité une réponse aux besoins de la population. C’est une volonté de rendre chaque citoyen acteur de la solidarité, du développement, du vivre ensemble en lui donnant les moyens d’agir.
Yann Ulliac
Complément d’informations : parcours d’engagement
Philippe DA COSTA est devenu bénévole à l’âge de 17 ans à Poligny (Jura), pour la Croix-Rouge française, un acte fondateur de son parcours d’engagement pour l’éducation, la jeunesse, les solidarités, et l’économie sociale et solidaire.
Docteur en sciences de l’éducation, ce dirigeant associatif et mutualiste français, a présidé la Croix-Rouge française, de 2021 à 2025.
Membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE) depuis 2004 il a également présidé l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) de 2008 à 2023, présidé l’Organisation mondiale du Mouvement Scout (OMMS) et été Commissaire général des Scouts de France de 1995 à 2002.
Pour aller plus loin :
Evénements de lancement de publications :
- Pour en savoir plus sur les publications lancées le 18 novembre au Salon des Maires, découvrez le reportage « Des outils pour agir ensemble face aux transitions »
- Pour en savoir plus sur l’étude présentée le 20 novembre au Salon des Maires, découvrez le reportage : « Fragilités économiques en territoires : état des lieux et perspectives », qui partage et met en perspective les résultats-clés d’une étude, menée avec la contribution de collectivités, d’entreprises et d’associations.
- Pour en savoir plus sur les publications et initiatives lancées le 27 novembre au dîner élus et entreprises de la Fondation des Territoires, découvrez le reportage : « Créer de la valeur en commun, entre élus et entreprises »
Mise en perspective de la note « Créer de la valeur en commun » :
- Consultez l’article : « Education & résilience, le département de l’Aude met le cap sur la création de valeur en commun ! »
- Consultez l’article : « Eurométropole de Strasbourg : créer de la valeur collective avec les ODD »
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