Grand Est : redonner de la confiance et de l’élan au partenariat entre les Pays et la Région

Quelles sont les tendances et les fragilités économiques, en France, selon les collectivités, les associations et les entreprises ? C’est pour éclairer cette question centrale que l’Observatoire des partenariats a dévoilé, le jeudi 20 novembre, au Salon des Maires, les résultats de cette étude réalisée par Comisis-OpinionWay, avec la contribution d’acteurs territoriaux, dont des Pays et Pôles d’équilibre territoriaux et ruraux (PETR) de la Région Grand Est, mobilisés dans une nouvelle approche partenariale avec la région. Clara JEZEWSKI-BEC, responsable du pôle ingénierie ruralité à la Région Grand Est, et Isabelle ROUX, chargée de mission ingénierie territoriale à la Région Grand Est, nous en précisent les contours, les ambitions et les modalités de mise en œuvre.

L’Observatoire des partenariats vise à qualifier les enjeux, identifier les pratiques innovantes et suivre l’évolution des dynamiques d’alliances d’intérêt général en France. Créé en 2008, avec la Caisse des Dépôts et Le RAMEAU, il interroge régulièrement les maires, les citoyens, et les organisations (les associations, les fondations, les entreprises).

L’étude « Tendances et fragilités économiques » a été dévoilée au Salon des Maires, et publiée le 25 novembre 2025. Réalisée par Comisis-OpinionWay, cette étude a recueilli et analysé les réponses de 120 entreprises, collectivités et associations, relayées par des acteurs et des réseaux nationaux et territoriaux, dont l’ANPP-Territoires de projet, et la région Grand Est.

Pourquoi la Région Grand Est a-t-elle souhaité associer les Pays et PETR, à participer à cette étude de l’Observatoire des partenariats sur les tendances et fragilités économiques ?

Clara JEZEWSKI-BEC (CJB) : La Région est partenaire, depuis plusieurs années, du laboratoire de recherche empirique Le RAMEAU, qui pilote l’Observatoire des partenariats, dont les études prennent le pouls de l’évolution des fragilités et de la dynamique de coopérations territoriales. 

Clara JEZEWSKI-BEC, responsable du pôle ingénierie ruralité à la Région Grand Est

Clara JEZEWSKI-BEC, responsable du pôle ingénierie ruralité à la Région Grand Est

Nous avons souhaité participer à cette étude et mobiliser à nos côtés des acteurs ruraux intéressés à y répondre : les 30 Pays et PETR, qui se tiennent à l’écoute de leurs EPCI et des petites communes en ruralités, de leurs vulnérabilités, dans une région qui a particulièrement pâti de la désindustrialisation et de la perte d’emplois salariés privés, et qui est en recherche de résilience. La capacité de rebond est pour grande partie liés à la mobilisation de l’ingénierie sur les territoires et par les territoires. Nous avons avec Le RAMEAU expérimenté avec quelques Pays la notion de chef de projet innovant. Le chef de projet innovation territoriale joue un rôle-clé sur le développement des écosystèmes, la robustesse, le développement d’alliances stratégiques public – privé.

La Région est de plus en plus sensible à ces sujets. Elle déploie une nouvelle génération d’ingénierie d’accompagnement, à l’écoute des territoires, en les invitant à requestionner leurs besoins, à faire le point sur leur trajectoire.

Aussi, il était important de répondre à cette enquête, de se poser et de se requestionner sur les points de fragilité économique et sociale, sur la place de la cohésion sociale et territoriale aujourd’hui. 


Quels sont les principes majeurs de ce nouveau dispositif d’accompagnement, entre les Pays et la Région ?


CJB : 
Nous proposons un nouveau cadre de coopération renforcée, qui vise à redonner de la confiance et de l’élan au partenariat entre les Pays et la Région. Dans cette approche, l’ingénierie est au cœur des enjeux, car c’est un investissement d’avenir.

Ce nouveau dispositif partenarial de soutien à l’ingénierie territoriale a été voté le 27 juin 2025 en commission permanente de la Région. Il s’agissait de poser les principes d’une convention-cadre triennale pour conférer de la visibilité institutionnelle et financière aux Pays et aux PETR sur 3 ans.

L’ensemble des 30 territoires signataires a adopté cette convention axée sur des engagements réciproques, et permettant le développement d’innovations territoriales.

Cette approche ouvre un espace de dialogue partagé. Elle met l’accent sur l’importance de l’intelligence collective et de se remettre en mouvement avant l’action, en intégrant de la veille sensible, de la remontée de témoignages, en visant une maturité coopérative dans chacun des territoires selon ses spécificités. 

Comment ce partenariat innovant est-il mis en œuvre ?

Isabelle ROUX (IR) : Il est mis en œuvre sur 3 volets : soutien au fonctionnement, accompagnement de projets thématiques, et développement des compétences.

Le premier apport de la Région se traduit par un soutien financier des missions socles (animation territoriale, fédération d’acteurs, veille prospective…), des Pays et des PETR, pour soutenir les équipes pluridisciplinaires. Il reconnaît donc avant tout les Pays/PETR pour ce qu’ils sont.

Isabelle ROUX, chargée de mission ingénierie territoriale à la Région Grand Est

Isabelle ROUX, chargée de mission ingénierie territoriale à la Région Grand Est

Le second apport consiste à encourager les Pays /PETR pour ce qu’ils font : il consiste en un appui aux projets thématiques, apporté par les Maisons de Régions et les services experts de la Région, selon la nature du projet : mobilité durable, accès à la santé, projet alimentaire territorial … Cet appui vise à renforcer la robustesse des projets et leur articulation avec l’écosystème local. 

Le troisième apport, une originalité de ce dispositif, c’est une incitation à se former. L’idée en est venue en grande partie grâce aux apports de sources inspirantes comme l’Institut des Territoires Coopératifs, la Fondation des Territoires ou Le RAMEAU : on aide les Pays/PETR à participer à un chantier collectif, pour développer entre pairs des compétences. Ainsi sont-ils amenés, avec l’intervention du RAMEAU, à se situer par rapport à un référentiel commun portant sur les modèles socio-économiques d’intérêt général, afin de revisiter leur accompagnement des porteurs de projet et de renforcer, le cas échéant, leur propre structure.

Une sensibilisation de directeurs et de salariés vient de commencer, pour 29 Pays et PETR volontaires, sur ce dernier thème, l’hybridation des ressources (humaines, financières et des alliances). 

Quelles sont les perspectives de ce partenariat ?

CJB : Ce partenariat peut favoriser une dynamique majeure, pour les Pays comme pour la Région. Certains Pays avancent un effet-levier de l’ingénierie investie sur leurs territoires respectifs de l’ordre de 6 à 7 euros de retombées en moyenne, pour 1 euro de richesse humaine qu’ils déploient. 

Pour la Région, l’enjeu consiste à relever le défi de l’ingénierie (de lien, de process transformateur) et à jouer davantage un rôle de facilitateur, « tiers de confiance » auprès des territoires, et de centre de ressources. Ce partenariat s’inscrit dans une réflexion stratégique de la Région sur les mutations à opérer en termes de d’ingénierie et de coordination des ingénieries aujourd’hui entre elle et ses partenaires.

Dans ce cadre, les Pays occupent une place significative : ils comprennent en moyenne 3 à 4 établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), et plus de la moitié des EPCI du Grand Est. Et ils portent à 63% des SCoT (Schémas de cohérence territoriale).

Les Pays sont des défricheurs, ils ont une réflexion prospective et ce sont aussi des catalyseurs. Selon leur maturité, ils peuvent se situer à nos côtés au stade de défrichage, de l’innovation disruptive, ou de pérennisation d’une thématique.

Quels sont les premiers effets observés ?

CJB : D’ores et déjà, nous avons plusieurs indicateurs positifs. 

Les élus de ces 30 grandes structures ont tous signé la convention d’engagement et de d’objectif. Et 29 Pays ont rejoint la formation proposée et découvrent l’intérêt de ce chantier collectif apprenant.

La rencontre du 22 octobre dernier, à Metz, autour du Président de la Région Grand Est, Franck Leroy, a rassemblé un bon nombre de présidents et de vice-présidents de Pays et PETR. Cette rencontre a relevé l’importance de mieux communiquer sur leur rôle, et d’ancrer leurs actions au côté de la Région. C’est un excellent signal : on s’est d’ailleurs aperçu que certains Pays nous demandent de les aider à argumenter auprès de leurs EPCI membres et au-delà, des communes.

On engrange aussi un autre résultat positif, auprès équipes de Pays, grâce au chantier collectif et au premier module de formation, animé par Le RAMEAU. Cette nouvelle grille de lecture commence à inspirer concrètement plusieurs Pays, pour remettre en perspective la façon de présenter le sens d’un budget à ses élus, réfléchir aux partenariats stratégiques nécessaires pour mener un projet (profil de personnes-ressources mobilisées, en interne ou en externe), et sur les nouveaux acteurs à aller chercher (experts, financeurs), pour ré-ancrer les dynamiques, enrichir les projets et les pérenniser.

La Région Grand Est a construit avec ses territoires le nouveau « Pacte pour les Ruralités », adopté le 5 avril 2024, mettant en avant la diversité, la richesse et la vitalité des ruralités du Grand Est. Doté d’un investissement de départ de 800 millions d’euros au service des ruralités, la Région vise à répondre aux aspirations des décideurs et habitants des 4 553 communes rurales du Grand Est. 

Quatre piliers essentiels soutiennent cette vision et s’expriment à travers une centaine de mesures ciblées : le cadre de vie, l’attractivité, la mobilité et l’environnement.

Chiffres-clés :

  • 39% de la population habite en zone rurale
  • 89% des communes de la région sont rurales
  • 63% des communes de la région ont moins de 500 habitants
  • 89% de la surface du département en milieux ruraux, agricoles et biodiversité

Pour aller plus loin :

 

Evénements de lancement de publications :

Innovation territoriale en milieu rural :

 

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