Face à une situation financière dégradée, la commune de Millau a décidé d’impliquer directement ses habitants dans la définition des priorités d’investissement, via un vaste dispositif de budget participatif. Plus de 3 500 citoyens ont contribué à sélectionner les projets qui marqueront le mandat, parmi lesquels la réhabilitation du centre-ville. Ce choix fort a redonné souffle au débat public local et renforcé la légitimité des décisions municipales.
Lors des Assises 2025 de l’APVF, Emmanuelle Gazel, maire de Millau, a partagé son retour d’expérience sur cette démarche citoyenne.
En complément de l’interview écrite, retrouvez le témoignage vidéo d’Emmanuelle Gazel : accédez-y en cliquant ici.
Dans quel contexte avez-vous décidé d’impliquer les habitants dans les choix budgétaires de la ville ?
Nous savions que l’état des finances de la collectivité était extrêmement dégradé quand nous sommes arrivés. Il nous semblait donc important de pouvoir prioriser avec les habitants les choix d’investissement, parce que nous savions qu’ils seraient très limités sur le mandat.
Quelle a été la première étape de ce travail ?
Nous avons d’abord fait un audit citoyen, pour que l’état des lieux soit partagé. Nous avons tiré au sort des habitants qui ont participé à cet audit, et qui nous a donné notre capacité d’investissement pour le mandat : 5 millions d’euros.
Et que s’est-il passé ensuite ?
Sur ces 5 millions d’euros, nous les avons mis en place comme un budget participatif géant, finalement. C’est-à-dire que ce sont les habitants qui ont choisi les projets, que nous avions évalués à la louche, et qu’ils souhaitaient véritablement voir se mettre en place. Nous avons donc consacré l’enveloppe de 5 millions d’euros à ces projets.
Concrètement, comment les habitants ont-ils participé à ces choix ?
Ils ont collé des gommettes. Nous avons organisé des temps dans les quartiers, sur les marchés, pour inviter les habitants à s’exprimer. Et du coup, nous avons choisi avec eux l’intégralité de nos investissements pour le mandat.
Quels retours avez-vous eus de ce dispositif ?
Les retours ont été extrêmement positifs. Déjà parce qu’il y a eu pas mal de participants : 3 500 habitants. Et puis, finalement, la chose publique, l’action publique venait enrichir les débats du café du commerce. C’était aussi l’effet recherché : que les citoyens deviennent acteurs des choix qui sont faits.
Y avait-il quand même un cadre à respecter dans la sélection des projets ?
Bien entendu, ce sont des projets qui correspondent à notre identité et aux valeurs que nous portons dans ce mandat. Nous étions dans quelque chose d’encadré.
Et qu’est-ce que cela a changé pour la gestion du mandat ?
Ce qui est intéressant aussi, c’est que derrière, quand de nouveaux projets émergent, nous pouvons rappeler que nous ne pouvons pas les accompagner sur ce mandat, parce que l’intégralité a déjà été choisie avec les citoyens. Cela donne de la force à l’action.
Pouvez-vous donner un exemple concret de projet issu de ce processus ?
Oui. Le projet qui a été plébiscité avec le plus d’intensité, c’était la réhabilitation du centre-ville. Cela a été très satisfaisant, parce que cela montre que, quel que soit le quartier de provenance des habitants, ils sont attachés à leur centre-ville et au fait que nous investissions massivement pour recréer à la fois de l’habitat de qualité, des espaces publics et donc de l’attractivité.
Propos recueillis par Léa Tramontin, article rédigé par Valentin Nonorgue.
