Saint-Brieuc (22) : miser sur la courtoisie pour améliorer les liens entre concitoyens

Saint-Brieuc (22) : miser sur la courtoisie pour améliorer les liens entre concitoyens

Cette semaine, la lettre de l’impact positif s’intéresse à la campagne menée autour de la courtoisie en société par la ville de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor.

Dans une société où l’ouverture à l’autre laisse de la place au repli sur soi, les interactions sont parfois dénuées de politesse… voire ne sont pas du tout. Ce constat terne a poussé Monique Lucas, adjointe au maire de Saint-Brieuc, à travailler autour de la courtoisie en société avec les habitants d’une ville dont elle souhaite que le sourire soit la couleur dominante.

En deux ans, l’idée a convaincu le bureau municipal. Puis le dossier a été attribué à Morgane Bouvier. La coordinatrice de la démocratie permanente briochine nous détaille les étapes et moyens mis en place pour aller vers un pacte de courtoisie.

Territoires Audacieux : D’où est venue l’idée de lancer une démarche autour de la courtoisie en société à Saint-Brieuc ?

Monique Lucas : Le point de départ, c’est un constat partagé : une montée des incivilités, du repli sur soi, les gens rivés sur leur téléphone portable dans les transports en commun ou dans la rue… cette ambiance réfractaire ayant été amplifiée par le Covid. On voulait proposer une dynamique collective fondée sur des valeurs simples – respect, bienveillance, écoute – et portée par le jeu et l’humour, pour que chacun puisse s’en emparer à sa manière.

Morgane Bouvier : L’ambition, c’était de proposer des formats qui favorisent les échanges entre les habitants, dans l’espace public comme dans les lieux de vie. Pas de leçon de morale, pas d’idée préfabriquée : une co-construction avec les gens, en partant de leur quotidien et de leurs ressentis.

La courtoisie en société pour retisser les liens du vivre-ensemble

TA : Comment avez-vous concrètement mis en place cette démarche ?

MB : On a commencé au début de l’année 2025 par une phase de diagnostic participatif, en allant à la rencontre des habitants – sur les marchés ou via un formulaire en ligne… Puis deux ateliers en présentiel ont suivi. Le premier pour recueillir les expériences de (non-)courtoisie, le second pour imaginer des solutions. L’idée n’était pas de rédiger tout de suite un pacte, mais d’expérimenter d’abord.

TA : Quelles sont les actions concrètes que vous avez lancées ?

MB : Quatre expérimentations ont été retenues : une campagne autour du sourire, une journée de mobilisation dans l’espace public (avec des animations portées par les associations locales, commerçants, habitants et services de la Ville), l’installation de panneaux invitant à la discussion dans les files d’attente, et la diffusion du dispositif « Demandez Angela », pour permettre à toute personne en insécurité de trouver refuge dans un lieu identifié.

ML : On cherche aussi à créer des « déclencheurs » simples mais puissants. Des gestes comme dire bonjour, sourire, ou participer à une journée sans râler… Ce sont ces petits riens qui peuvent, collectivement, transformer un climat social.

TA : Qui pilote cette démarche au sein de la collectivité ?

MB : C’est un projet transversal, que je gère en tant que coordinatrice de la démocratie permanente. On est accompagnés par Cityzens Factory, qui nous appuie sur la méthodologie, et plusieurs services de la ville sont mobilisés. En tant qu’élue, Monique Lucas est aussi pilote du projet.

ML : C’est une volonté politique forte, portée à la fois par le maire Hervé Guihard et par l’équipe municipale. Sans cet engagement, une telle démarche ne peut pas prendre racine dans la durée. Il est vrai que les élus sont limités en termes d’actions opérationnelles mais ce projet m’anime vraiment. Alors je n’hésite pas à participer aux réunions publiques en compagnie de Morgane.

TA : Quels moyens financiers sont alloués à ce projet ?

MB : La ville de Saint-Brieuc a décidé d’attribuer une enveloppe de 11 000 euros au développement de la démarche, qui s’ajoute au “temps agent” que j’ai passé sur le projet. Cela permet de financer la mobilisation du cabinet de conseil, l’animation des réunions participatives puis la réalisation des quatre opérations test que nous allons déployer.

Saint-Brieuc (22) : miser sur la courtoisie pour améliorer les liens entre concitoyens

Projet co-construit, expérimentations à appliquer, pacte à sceller

TA : Avez-vous rencontré des difficultés depuis le lancement ?

MB : La principale difficulté, c’est de mobiliser. Le sujet peut sembler flou, abstrait. On a eu moins de participation que prévu au départ. Mais les personnes qui s’impliquent deviennent souvent des relais très efficaces, que ce soit dans le monde associatif et auprès de leur entourage. Il faut du temps pour que ça infuse.

ML : Et il faut rester souples. Construire un projet avec les habitants, c’est accepter que ça évolue, que des bifurcations soient nécessaires. C’est exigeant, mais c’est aussi ce qui rend la démarche vivante.

TA : Que conseilleriez-vous à une collectivité qui voudrait s’en inspirer ?

ML : Etant donné que cette démarche est inédite, je ne crois pas qu’il faille chercher à faire un copier-coller. Ce qui compte, c’est l’état d’esprit. Il faut partir de la réalité locale, écouter, expérimenter. Et surtout : bannir tout ton moralisateur.

MB : Il faut aussi s’autoriser à tâtonner. Le projet n’a pas vocation à être figé. La démocratie permanente, c’est justement ça : un espace pour tester, ajuster, co-construire avec les habitants. C’est cette dynamique qui peut faire émerger une vraie culture partagée de la courtoisie.

TA : Et demain, à quoi ressemblera le pacte de courtoisie en société ?

MB : Il n’est pas encore écrit, et c’est volontaire. Il viendra après les expérimentations, comme un condensé symbolique de tout ce qui aura été vécu et partagé.

ML : J’espère qu’il deviendra un repère reconnu, un fil conducteur pour le vivre-ensemble à Saint-Brieuc. Peut-être que c’est utopique, mais si on peut déjà changer un peu l’ambiance du quotidien, alors on aura réussi quelque chose.

Propos recueillis les 5 et 6 août 2025 par Valentin Nonorgue.