Espaces verts, aménagements urbains, vie de quartier : à Vienne, les citoyens prennent le pouvoir
Cette semaine, la lettre de l’impact positif s’intéresse au projet Grätzloase à Vienne (Autriche). Depuis 2015, ce projet permet aux citoyens de la ville de concrétiser leurs idées d’aménagements et d’activités pour rendre leur quotidien plus pratique, plus agréable et plus chaleureux. Ces démarches, initiées par la municipalité de Vienne, sont chapeautées par une association. Son rôle est de faciliter la concrétisation des actions en reliant les citoyens et les services administratifs.
Sabrina Halkic, directrice générale de l’association Lokale Agenda 21, détaille le projet Grätzloase.
Pour commencer, pouvez-vous décrire le rapport entre la ville de Vienne et ses espaces verts ?
La ville de Vienne est composée à 50% d’espaces verts. En revanche, il n’y a pas tant d’endroits alloués à la nature dans les aires densément peuplées. Partant du postulat que les espaces verts sont primordiaux pour la biodiversité et pour entretenir un climat doux, nous avons pensé qu’il en revenait aux citoyens de participer aux évolutions de leurs lieux de vie.
En référence au programme Grätzloase, Vienne est une ville où il fait bon vivre. Cependant, les nombreuses réglementations mises en place par les autorités locales ne permettaient pas aux citoyens de bénéficier d’espaces où ils pouvaient faire émerger des initiatives.
Dans un monde idéal, notre association n’existerait pas car les habitants seraient en mesure de concrétiser leurs projets très facilement… Notre réseau et nos connaissances permettent d’améliorer leur capacité à changer les choses au sein de leur ville.
Alors en 2021, nous avons travaillé sur la façon dont la jeunesse viennoise pouvait s’impliquer dans la vie citoyenne. Nous avons dialogué et réfléchi à l’aménagement d’espaces de vie dédiés aux jeunes, notamment sur les chemins empruntés pour se rendre à l’école.
Puis en 2024, des citoyens ont voulu organiser de petites actions pour créer du lien au sein de leurs quartiers. C’est là que nous avons pris conscience du besoin d’accompagnement qui se dégageait.
Qui est impliqué dans ce programme ?
Nous avons des experts qui travaillent dans l’administration de la ville (en urbanisme) ; des responsables des espaces verts ; des responsables de la politique jeunesse ; un membre du conseil municipal ; nous collaborons avec les équipes des maires des différents districts ainsi qu’avec les responsables du développement durable.
Comment convainquez-vous les gens d’agir ?
Nous avons chaque année bien plus d’idées que nous ne pouvons en réaliser. La participation n’est donc pas un problème pour nous.
Cependant, certains groupes de population sont plus difficiles à atteindre. Nous collaborons avec des partenaires qui peuvent plus facilement entrer en contact avec certaines communautés (organisations de migrants, travailleurs, sans-abri, LGBTQ…). Les personnes sans-abri n’ont pas de groupe qui les représente bien dans nos réunions. Nous avons donc une équipe qui travaille avec elles pour faire entendre leur voix et améliorer l’utilisation de certains espaces qui leur sont destinés, ainsi qu’aux citoyens ayant un logement.
Nous essayons d’impliquer le plus de monde possible. À Vienne, il y a eu une prise de conscience sur les types de personnes incluses dans nos projets. Nous avons dû identifier celles que nous avions du mal à toucher. Par exemple, de nombreux migrants qui n’ont jamais obtenu la nationalité autrichienne ne peuvent pas voter. Il est donc essentiel de faire en sorte que leurs voix soient également entendues.
Comment avez-vous travaillé avec les différents services de la ville (urbanisme, espaces verts, voirie…) ?
Les citoyens qui proposent des idées ne connaissent pas toujours tous les projets et les plans de la ville. Nous avons donc besoin d’informations de la municipalité pour décider si oui ou non nous pouvons accepter ces idées. Un jury composé de membres de l’administration et de citoyens évalue les projets.
Avec des actions rapides et progressives, les citoyens comprennent qu’ils ne sont pas impuissants face à la crise climatique, par exemple. Cela leur donne du pouvoir et leur montre qu’ils peuvent réellement changer les choses à leur échelle.
De quelle manière l’évolution du programme Grätzloase impacte-t-elle la prise de conscience et de confiance qu’ont les citoyens pour agir localement ?
Pour moi, le résultat essentiel est le fait que les citoyens gagnent en influence sur le développement urbain de Vienne. Ils reprennent confiance en leur possibilité d’impacter, de changer, d’améliorer leurs espaces de vie. C’est un aspect qui ne peut pas être mathématiquement mesuré, mais c’est de loin le plus important. On le constate lors de nos sessions de travail avec les habitants qui participent, lors des inaugurations des nouveaux projets qui voient le jour. Plus le temps passe, plus les projets émergent et plus les citoyens comprennent l’intérêt de s’impliquer dans les décisions politiques de Vienne. Ce sont les petites actions menées qui leur permettent de vraiment se sentir utiles pour la ville.
Quels résultats pouvez-vous communiquer aujourd’hui ?
En 2024, 140 projets ont été développés avec les citoyens. Cette année, nous atteindrons plus ou moins le même nombre.
Concernant les effets des aménagements, prenons l’exemple de la différence entre les nouveaux espaces végétalisés par les citoyens et les parkings encore asphaltés. Nous avons effectué des mesures de température sur un parking classique avec des voitures et sur un parking transformé avec des arbres. Une étude universitaire a montré que le parking classique était 30°C plus chaud que l’espace végétalisé. De plus, en ce qui concerne les abeilles, des étudiants ont démontré que ces petites zones de verdure étaient essentielles pour leur déplacement et leur survie.
