Le Moulin à Images (29) : une association brestoise qui met en lumière l’attractivité du territoire

Cette semaine, la lettre de l’impact positif s’intéresse à une association brestoise : le Moulin à Images. Impulsée par la ville en 1993, elle se structure aujourd’hui autour de deux salariés, dont une à temps plein et une quinzaine de bénévoles retraités. Ils parcourent la Bretagne pour produire une émission, Chemins de Traverse, et pour mettre en lumière des initiatives inspirantes, portées par des associations, des collectivités ou des particuliers. Une manière intéressante de faire remonter la parole et la vision des séniors dans le cadre d’une mise en récit territoriale.

Nous les avons rencontrés lors du congrès annuel du Réseau Francophone des Villes Amies des Aînés. 

Pour en savoir plus, nous avons interviewé plus longuement Julie François, salariée de l’association depuis sept ans. Elle y exerce les rôles de monteuse, chargée de communication, réalisatrice ou encore formatrice. Nous avons aussi interrogé Mathilde Maillard, adjointe au maire de Brest en charge de la politique du bien vieillir et de l’inclusion des personnes en situation de handicap, pour connaître leur intérêt et leur soutien pour l’association.

Combien de salariés êtes-vous au sein de l’association ? Et quel est votre poste ?

Julie François : Il y a Romain Abasq, le présentateur de l’émission Chemins de traverse. On se voit une fois par mois pour tourner le lancement des sujets. Et il y a moi. 

Au quotidien je fais du reportage, je vais en tournage avec les bénévoles la plupart du temps. L’essentiel de mon temps c’est derrière les écrans, au banc de montage, pour monter les sujets tournés par les bénévoles. J’anime aussi les réseaux sociaux, je fais de la communication. Et aussi de la formation pour les bénévoles. On a des temps d’échanges : comment on fait pour conduire une interview ? Quel est le fonctionnement de la caméra ? Etc. Et quand j’accompagne sur le terrain, ce sont toujours des moments propices pour approfondir les apprentissages et ils montent en compétence au fur et à mesure. 

Ce qui me plaît, c’est que mon travail ici donne un sens social à mon travail dans l’audiovisuel. C’est gratifiant personnellement d’avoir cette chance de mettre les gens en valeur dans l’émission que l’on produit pour la chaîne de télévision locale. On va chercher des gens ou des associations éloignés des canaux de communication. Humainement c’est très enrichissant : la rencontre, la découverte et la qualité de travail. C’est une petite équipe, avec des relations de travail saines. 

Quelle est votre ligne éditoriale ?

JF : Nous nous intéresserons à des sujets qui concernent les seniors, les personnes fragiles, en situation de handicap. Nous allons voir des actions solidaires, tournées vers les autres, des sujets sur le patrimoine, l’intergénérationnel, etc. On ne veut pas vraiment être dans une case, ça n’aurait pas de sens car c’est pas ça la vie. Notre émission s’appelle Chemins de traverse donc l’idée est de se promener un peu partout, d’aller vers des gens qui font des choses fantastiques mais qui ne prennent pas le temps de se raconter. Nous on partage.

Vous diffusez l’émission Chemins de traverse sur une chaîne locale, Tébéo. Quelles sont vos relations avec eux ? 

JF : Chemins de traverse est diffusé depuis 12 ans, depuis les débuts de la chaîne. La confiance s’est installée, on n’est pas dirigé, piloté, on est libre de ce qu’on raconte et des sujets qu’on choisit. 

Vous avez aussi d’autres prestataires ?

JF : Oui nous avons du travail car en plus de l’émission de 26 minutes, nous avons aussi beaucoup de projets pour différents publics : associations, collectivités, etc. 

Mathilde Maillard : Le Moulin à Images est un partenaire historique de la ville de Brest, une association très dynamique sur le territoire dont les bénévoles sont des partenaires tout au long de l’année pour alimenter nos réflexions. Ils sont un point d’appui important, ils sélectionnent des thématiques qui intéressent les séniors et produisent des reportages à leur destination. C’est aussi pour nous une chance d’avoir ce média de qualité qui nous permet de valoriser les événements dont nous sommes les organisateurs. 

Les échanges se font dans les deux sens. Nous nous sollicitons mutuellement, la ville se saisit de cette opportunité depuis des décennies. 

Chaque bénévole peut proposer des sujets ?

JF : Oui, une fois par mois nous organisons une réunion de projet. Chacun présente ses idées de sujets. À ce moment-là, on met aussi à jour l’agenda, on coordonne les équipes, le matériel. Et nous décidons ensemble, comme une rédaction, quels sujets vont être diffusés le mois prochain. On décide aussi de l’endroit où on enregistre la présentation de l’émission. 

Le fait d’être dans une association fait que nous ne sommes pas nombreux, il y a du travail, donc il faut faire plein de choses différentes. 

Quelles sont vos relations avec les adhérents ?

JF : Le groupe est constitué d’une quinzaine de personnes. Aux réunions mensuelles il y a souvent tout le monde. C’est une petite équipe soudée donc je n’ai pas besoin de relancer les bénévoles pour venir. Une fois qu’ils sont là, ils sont contents d’aller en reportage. Le fait de livrer tous les mois une émission de 26 minutes donne du rythme donc ils sont très investis. Après, ça reste un plaisir et une découverte pour eux donc il y a quand même une différence avec d’autres associations. 

MM : Il y a un vrai professionnalisme, y compris du côté des bénévoles. Nous nous appuyons sur leurs savoir faire, leurs expériences, leurs passions. Ils ont su se faire accompagner d’une professionnelle pour que ce soit qualitatif. 

Est-ce que le fait que les reportages soient réalisés par des personnes âgées est un avantage sur le terrain ? 

JF : Je trouve que selon les reportages et les personnes interrogées, être accompagné par des séniors entraîne les gens à se confier plus facilement. Est-ce que c’est le fait qu’ils soient séniors ? Ou qu’on ait plus de temps sur le terrain ? Qu’ils soient bénévoles et pas journalistes ? Sûrement un peu de tout ça. En tout cas, ils ont un regard particulier sur ce qui les entoure, sur leur territoire, ils ont une expérience de vie intéressante qu’ils utilisent à bon escient quand ils vont interviewer les gens. Et puis ils ont chacun leurs réseaux, leurs centres d’intérêts. Cela crée un magazine assez complet et harmonieux. 

MM : Ce sont des Brestois, parfois âgés, qui connaissent très bien l’histoire de la ville de Brest et de ses habitants. Ils font émerger des thématiques qui sont le reflet des interrogations, des envies des Brestois et des aînés brestois donc on s’appuie sur leur expertise pour collecter des informations.

Quels sont les avantages et les inconvénients de travailler avec des personnes âgées ?

JF : Le fait que les séniors ne sont pas professionnels, parfois je peux être en attente d’un certain résultat mais je ne peux pas leur demander. Même si on les forme, ce n’est pas la même chose. Parfois derrière le banc de montage, c’est un peu compliqué. Alors quand on peut, on retourne voir les gens. Ce n’est jamais grave, on refait, on apprend.

Ils sont très attachants. C’est enrichissant d’être avec des personnes plus âgées autour de soi. Parfois on voudrait que ça aille plus vite mais ça va à son rythme, ce n’est pas grave.

Vous cherchez à avoir plus de bénévoles ?

JF : Nous n’avons pas de quota de bénévoles, par contre on n’imagine pas que ce soit une grosse association. On perdrait ce côté famille, très convivial. Et en gestion c’est quand même assez costaud. On est une quinzaine, c’est pas mal. Après, tout le monde n’a pas les mêmes niveaux de compétences. Il y a aussi ceux que la caméra n’intéresse pas du tout, ils ne font que préparer les interviews et poser des questions. Chacun fait ce qu’il a envie de faire. C’est intéressant et motivant pour eux de ne pas avoir de pression. On prend le temps. 

Tous les ans, on a des bénévoles qui veulent lever un peu le pied et on a en parallèle un ou deux bénévoles qui arrivent. Nous ne sommes pas en recherche active mais c’est bien quand ça tourne aussi.

Comment êtes-vous financés ?

JF : Nous faisons de la route, il y a du matériel à acheter et mon poste à financer. Nous avons des subventions de longue date de la mairie de Brest, du département ou encore de la CARSAT. À cela viennent s’ajouter les productions que nous proposons aux associations, aux collectivités ou autres. Nous établissons des devis. 

Et pour l’émission Chemins de traverse, comme les subventions tendent à diminuer, nous demandons que nos frais de déplacements soient payés. Nous avons établi une grille en fonction de critères : une association avec ou sans salarié, un artiste, etc. C’est notre méthode, pour l’instant elle convient. On explique aux gens pourquoi ce qu’on fait a un prix. 

M-M : Nous les aidons concrètement au travers de conventions et de financements. Nous avons une convention via le CCAS qui nous permet d’acter un certain nombre de reportages à l’année pour les accompagner financièrement. Il y a aussi des événements plus ponctuels, comme les 30 ans de l’association sur lesquels nous les soutenons. 




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