Grand Auch Coeur de Gascogne (32) : des chantiers pour aider les jeunes à financer leurs loisirs

La lettre de l’impact positif s’intéresse cette semaine à la Communauté de communes Grand Auch Coeur de Gascogne. Elle propose depuis les années 90 des chantiers loisirs pour les jeunes de son territoire. En échange de quelques heures travaillées pendant leurs vacances, les jeunes reçoivent un pack d’une valeur de 120€. Quatre formules différentes sont disponibles pour financer des activités associatives, des camps d’été, des loisirs locaux ou encore le code de la route. L’agglomération, à l’écoute des jeunes, module les missions en fonction de leurs attentes. Résultat : chaque année, entre 350 et 400 jeunes profitent ainsi d’aides de l’agglomération en réalisant de petits travaux.

Nous avons interviewé Philippe Baron élu chargé du sport, des loisirs et de la vie associative de Grand Auch Coeur de Gascogne, pour en savoir plus sur cette démarche.

– Mise en place du projet –

Depuis quand le projet existe-t-il ? Pourquoi a-t-il été créé ?

Le projet a été créé en 1990. À l’époque, il était centré sur un quartier, une zone urbaine sensible : le Grand Garros. Le but était de mobiliser les jeunes livré à eux même pendant les vacances d’été sur des chantiers qui avaient pour objectif l’embellissement du quartier et la rénovation des espaces publics et du mobilier urbain. Nous avons ensuite élargi à la ville, puis à l’agglomération. 

Qui en a la gestion ? 

Dans un premier temps, c’était la ville qui gérait le projet. Ensuite il a été confié au service municipal de la jeunesse, puis à une association et enfin, c’est revenu à l’agglomération en 2007. 

Pourquoi ? 

Nous voulions étendre le périmètre des chantiers à l’agglomération. L’association qui portait le projet ne se sentait pas en capacité et il ne correspondait plus tout à fait à leurs objectifs. En plus, le secteur jeunesse de l’agglomération est structuré nous pensions que c’était bien de le reprendre en direct et de le faire évoluer.

Cette initiative est-elle développée sur d’autres territoires dans votre région ? 

Dans le département, l’essentiel des grosses villes des cantons font à peu près la même chose. Après, nous avons eu une évolution significative quand nous sommes passés des bourses en numéraire, où chaque semaine de chantier était rémunérée, à des packs, avec des lots, des billets pour des événements culturels, des bons cadeaux, etc.

Quels sont les objectifs d’une telle action ?

Si nous comparons les coûts, nous choisissons une entreprise privée pour faire les travaux qu’ils font. L’objectif c’est qu’ils sachent travailler en équipe, qu’ils aient le sens du travail, qu’ils se rendent compte de comment on fait, que tout n’est toujours simple. Nous les consultons souvent pour connaître les missions qui les intéressent. L’intérêt de partir de la demande des jeunes c’est aussi leur faire comprendre que s’ils veulent faire une mission spécifique l’été, c’est tout au long de l’année qu’il faut la préparer. Nous voulons leur faire comprendre que nous n’allons pas faire le travail pour eux, nous allons les accompagner autant que de besoin, et après on s’épaule mutuellement. Pour donner un exemple, nous sommes un territoire assez rural, donc nous avons des jardins et des potagers dans les écoles. Pendant les vacances, personne ne s’en occupe. Les jeunes ont donc souhaité mettre en place une brigade des jardins pour prendre le relai de l’école et entretenir ces espaces, récolter les légumes, qui ne sont ainsi pas perdu.

– Le projet aujourd’hui –

Comment fonctionne le projet aujourd’hui ? Quel contrat ont les jeunes ?

Tous les étés, et pendant les petites vacances, les jeunes peuvent réaliser des chantiers, de deux semaines maximums (en travaillant 15h par semaine, seulement le matin) contre des packs d’une valeur de 120€. Les chantiers sont accessibles aux jeunes entre 14 et 17 ans. Ils doivent être domiciliés sur le territoire de l’agglomération. L’inscription se fait sur dossier, avec l’autorisation parentale et la responsabilité civile, en lien avec la réglementation de la DDSPP. Par principe, nous ne refusons personne, par contre quand il n’y a plus de choix, ils doivent prendre ce qu’il reste. Par exemple, nos camps d’été ont des places limitées, donc le pack camp aussi. Concernant les lieux des chantiers, les jeunes doivent s’y rendre par leurs propres moyens, souvent ce sont les parents qui les mènent, mais quand ils choisissent un chantier un peu éloigné, c’est pour rejoindre leurs copains.

Quels sont les packs ? 

Il y en a quatre. Une semaine de travail donne 60€ et deux semaines 120€. Le premier est un pack loisir, il intègre des entrées pour les concerts, les spectacles, les bases de loisirs, des cartes cadeaux, et tout le panel de prestation loisir de l’agglomération. Ensuite, le pack camp, qui permet de financer une partie des camps d’été organisés par le service jeunesse. À savoir que le jeune peut donc financer 120€ sur les 180€ que coûte le camp. Nous avons aussi le pack associatif, qui intègre l’adhésion pour 60€ et un bon de 60€ pour les équipements sportifs. Et enfin, la bourse formation, que nous avons introduit plus récemment. Elle permet de financer le brevet de sécurité routière, le code la route et le Bafa. Pour le BSR et le code, nous sommes partenaire de la prévention routière qui choisit les auto-école pour nous, pour ne pas favoriser l’une plutôt que l’autre. Et pour le Bafa, nous nous engageons à prendre les stagiaires au sein des services de l’agglomération.

Les jeunes peuvent aussi travailler pendant les petites vacances ?

Oui, des jeunes travaillent une semaine à la Toussaint et à Noël pour financer leur camp d’hiver au ski. Ils sont moins nombreux qu’en été, mais certains nous ont demandé de mettre ça en place. Et pendant les vacances de février et d’avril, il se passe la même chose mais pour financer de plus gros projets, pour aller au Maroc ou en Corse par exemple.

Quels sont les jobs que font les jeunes pour avoir ces packs ? Comment les définissez-vous ?

Ça va de la peinture de palissade au reportage sur le festival des arts de la rue. C’est en fonction des souhaits des jeunes. Nous avons souhaité créer des chantiers à thème, pour sortir des traditionnelles peintures de palissades et coller à leurs demandes. Quand on va vers eux, ils ont forcément des idées. Les chantiers peuvent prendre leurs sources pendant l’année, être préparé en amont avec le service jeunesse. Nous essayons d’intéresser les jeunes sur la durée, pas juste lors d’un épisode pendant l’été.

Comment les consultez-vous ?

Nous avons un espace jeune qui accueille des collèges et des lycées tout au long de l’année et les animateurs les interrogent, de manière un peu informelle. Nous échangeons aussi lors des sessions de prévention que nous faisons pendant qu’ils travaillent. Nous les sensibilisons aux sur des thèmes lié au sport, à la santé et aux conduites à risque, et en même temps on discute ce qu’on pourrait améliorer.

Quelle est la prochaine étape ?

Nous essayons de mettre en place un gros projet par an. Ce sont des travaux sur la longueur. Des jeunes sont déjà allés au Maroc et en Corse. Ils préparent le projet avec des associations. Par exemple, pour le Maroc, ils ont travaillé avec une association, l’ADSEA, Association Départementale pour la Sauvegarde de l’Enfant à l’Adulte, et leur ont permis de partir avec eux. Nous nous adaptons également aux nouvelles communes qui viennent de rejoindre l’agglomération, et qui proposent de fait de nouveaux chantiers.

– Dupliquer le projet –

Quel est l’impact de ces chantiers ? Combien de jeunes y participent ?

Nous avons 350 à 400 jeunes qui travaillent sur une cinquantaine de sites chaque année. Pendant les petites vacances, les jeunes sont moins nombreux, une vingtaine. L’ambiance est très conviviale sur les chantiers, nous avons eu très peu de cas de conflit.

Quel est le coût ? Et comment financez-vous ces packs ?

Au niveau des coûts directs il faut multiplier le nombre de packs distribués par leur valeur, ce qui nous donne 48 000€. Ajoutez à ça les 20 animateurs qui travaillent sur les chantiers. Au niveau des coûts indirects il y a les approvisionnements en produits divers et variés (peintures, pinceaux, etc) et un appui technique des services pour la préparation des chantiers (passer au karchers certaines palissades qui vont être repeintes par exemple). Tout cela est financé sur le budget de l’agglomération. Mais nous avons aussi un partenaire important qui est La CAF. Ils peuvent donner des bourses, et aider à en financer d’autres. Pour le Maroc par exemple, les jeunes ont vendu des gâteaux et ont utilisé leurs packs pour financer, et ensuite l’agglomération et la CAF ont complété.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? 

Quand nous sommes passé des bourses numéraires aux bourses loisirs il y a eu une baisse de la fréquentation. Les packs n’étaient pas très intéressants et les jeunes étaient moins intéressés. Mais nous avons diversifié l’offre et l’engouement est revenu. Ils ont vu les avantages des packs et aujourd’hui il y a de fortes demandes. À part ça, nous n’avons pas eu de problème particulier, il faut juste être vigilant pour bien respecter le code du travail. 

Avez-vous un conseil à donner à des communes qui souhaiteraient mettre ce système en place ?

Il faut comprendre quels sont les centres d’intérêts des jeunes, ce qu’ils attendent de nous. Il n’y a pas de recette particulière, mais il faut afficher une volonté politique et avoir un service jeunesse réactif. C’est un partenariat et un échange mutuel. Cette expérience est un vrai travail d’équipe avec les jeunes et dans nos services, si les animateurs n’étaient pas motivés, ça ne prendrait pas. Et pour les collectivités qui paieraient en numéraire : c’est compliqué de passer sur le principe de bourse mais le résultat fonctionne très bien et en plus c’est maîtrisé. Si on donne 60€ en numéraire on ne sait pas ce qu’en fait le jeune, avec les packs on sait. Il y a un intérêt pour le jeune, pour nous et les familles.

Propos recueillis par Léa Tramontin.