Pourquoi avez-vous réalisé votre diagnostic en début d’année 2021 ?
Nous avions identifié la Fabrique fin 2020. Nous organisons parfois des temps de conférence grand public et on avait proposé à Jean-François de venir pour une conférence d’inspiration sur les retours de Loos-en-Gohelle. Avec le Covid, ça a été annulé mais il nous semblait intéressant quand même de ne pas le reporter pour que les élus aient des connaissances sur ce qu’il se passait là-bas pour le projet de territoire notamment. Donc on a organisé une petite conférence en visio avec les membres du bureau. Et suite à ça, Jean-François nous a parlé du programme qui allait être mis en place avec l’ADEME. On a trouvé que ça serait intéressant. Le parcours n’allait pas être mis en place tout de suite et il nous semblait intéressant de faire ce diagnostic donc on est un peu partie en éclaireur en se disant : « On fait au moins déjà le diagnostic ». Les élus et le président avaient accepté pour qu’on ait des bases sur ces aspects organisationnels et pour entendre ce que les agents, les élus et les autres acteurs avaient à dire sur ce sujet. Quand le diagnostic a été finalisé, la Fabrique avait finalisé la construction de ce parcours donc tout naturellement, on voulait aller plus loin que le diagnostic, donc on est entré dans le parcours.
Comment s’est déroulé le chantier diagnostic sur votre territoire ?
C’est Julian et Jean-François qui l’ont réalisé avec 56 entretiens. Le but c’était que chacune de nos 5 intercommunalités s’y retrouve, avec des élus, agents, acteurs socio-économiques interrogés sur chaque territoire. Suite à ces entretiens, il y a eu deux temps de restitutions collectifs. Le premier c’était vraiment la restitution du diagnostic : les enseignements, permettre la compréhension de ce que Jean-François et Julian ont identifié et compris de la question de la transition sur notre territoire vis-à-vis des acteurs et des actions impulsées.
Le deuxième temps a eu lieu en juin, il a été très suivi. Il y a une conférence d’inspiration de Jean-François sur Loos-en-Gohelle, suivi d’un atelier participatif avec les personnes qui avaient participé aux entretiens. Nous étions plus de 70 à travailler sur les recommandations, les enseignements, pour avoir déjà une certaine forme de priorisation, ou en tout cas de mesure de l’adhésion, des recommandations.
70 personnes lors de la restitution, cela montre que beaucoup d’acteurs se sont sentis impliqués ?
C’est la force de ce diagnostic, quand on demande aux gens individuellement de s’exprimer, forcément ils se sentent beaucoup plus concernés et ils participent à la restitution ne serais-ce que pour savoir comment ce qu’ils ont dit a été retranscrit. C’est source de mobilisation par la suite.
Quelles ont été les principales recommandations ?
Au niveau du projet de territoire, ils ont fait des recommandations fortes pour en faire un projet de concertation et de co construction. Ensuite, il y a eu quelques recommandations managériales : la relation entre les agents et les élus, les agents entre eux, la question de la transversalité, le management par la coopération. Ces ateliers étaient organisés en deux parties. Une première sur le côté structurel de la question de la transition, on y retrouvait comment on s’organise, comment on positionne structurellement certains champs du projet politique, l’organisation, la mobilisation citoyenne, la coopération. Et après, il y avait un temps plus thématique, c’était l’idée de l’adhésion qu’il y avait sur différents champs. La question de la ressource en eau par exemple, un trait commun était ressorti de tous les entretiens : Que fait-on pour agir sur la question de la ressource en eau ? Sur la question des coopératives citoyennes en termes de production d’énergie renouvelable ? Le développement de certaines filières, bois/énergie, l’émergence d’une filière d’isolant laine à partir de déchets de tonte de nos exploitations, etc.
Donc voilà, vraiment deux temps avec d’un côté le fonctionnement des collectivités et de l’autre, le côté plus thématique de la transition.
Julian et Anne-Louise sont venus sur votre territoire en décembre, pour quoi faire ?
L’idée c’était d’approfondir certains éléments du diagnostic. Ils sont venus pour travailler spécifiquement de la question du management et de l’organisation des collectivités. L’idée c’est de permettre aux techniciens de déceler les verrous, les difficultés dans leurs travaux. Ils pointent la question de l’organisation, du temps de travail, etc. Parallèlement, avoir un travail similaire avec les cinq directeurs des cinq communautés de communes pour voir dans quelles mesures ils identifient ce qui fonctionne bien ou ce qui dysfonctionne dans leur équipe par rapport à ces questions de transition. L’idée in fine c’est que les techniciens puissent exprimer les marges de manoeuvre à proposer à leur collectivité pour que les étapes de transition se fassent avec plus de coopération, de fluidité, de reconnaissance. Et que les DGS l’intègrent pour proposer aux élus des évolutions en termes d’organisation des collectivités en leur sein, mais aussi avec les échelons supérieurs comme le PETR ou inférieur avec les communes.
Lors de ces journées, qui est autour de table ?
Sur le temps du matin, il y avait des chargés de mission des collectivités et des chefs de service. Toutes les collectivités n’étaient pas représentées mais on se rend bien compte que quel que soit le type d’organisation, il y a quand même des points communs, il ne faut pas faire du spécifique, de l’individuel, mais tirer de ces expériences des points communs pour travailler dessus.
Le midi c’était deux DGS. Entrer dans un exercice où des techniciens vont dire : « Voilà ce qu’il faudrait que tu fasses plutôt que ce que tu fais » n’est pas évident car la question manageriale, ce sont eux qui doivent en assumer la responsabilité. C’est aussi ce qu’avait révélé le Puy-de-Dôme, c’est quelque chose qui vient heurter parfois un peu l’ego. On démarre tout juste, mais on est convaincu que c’est en entrant dans ce fond, ces choses qui peuvent un peu blesser, qu’on arrivera peut-être à mettre à plat des vérités.
Comment allez-vous intégrer ceux qui n’étaient pas présents ?
Au niveau des techniciens, il y a une grosse communauté de communes qui n’était pas là, donc je vais entrer en contact avec mon référent pour comprendre pourquoi il n’est pas venu et lui faire un retour en lui demandant de participer aux prochaines réunions. Pour les DGS, ce qui a été convenu, c’est qu’un DGS en appelle un autre. Si ça vient d’une autre communauté de communes, ça aura un poids supérieur plutôt que si c’est une interpellation du PETR de venir participer à ses travaux.
Après, il faut un temps de validation politique car tout cela s’est mis en place rapidement sans que les élus soient vraiment au courant de ce travail. In fine, il faut se présenter devant les élus, devant chaque président d’intercommunalité, chaque délégué au PETR pour émettre des choses qui peuvent, à mon avis, aller loin. Il faut qu’ils soient prêts à l’entendre et à accepter ce travail.
Quelles sont les prochaines étapes pour vous maintenant ?
Il devrait y avoir deux autres journées. Elles comprendront des temps de travaux que les techniciens se sont engagés à réaliser pour avoir un récit sur certains projets qui sont révélateurs de la situation et qui vont permettre de tirer des fils sur ces verrous, des points d’amélioration pour fluidifier les choses. Ensuite, il y aura un temps de confrontation entre cette équipe référente et les DGS pour écrire conjointement une proposition aux élus qui sera présentée au bureau du PETR. C’est quelque chose de très engageant et qui, à mon sens, est en train de positionner des choses qui vont au-delà de dire qu’il faudrait faire ceci ou cela, c’est de la remise en question. On a des hommes et des femmes derrière donc ça secoue un peu.
Quel ressenti portez-vous sur ce diagnostic ?
Je trouve que c’est une méthode assez puissante, qui permet de positionner la transition un peu différemment qu’avec d’autres diagnostics qu’on a pu faire qui étaient plus thématiques et chiffrés. Avec ce diagnostic, on sort un peu de cette logique quantitative, d’objectifs, pour aller un peu plus dans le côté émotionnel, ce dont les gens ont vraiment envie, les difficultés qu’ils rencontrent. Si on veut vraiment que les choses changent, il faut que le côté structuration du territoire évolue et c’est ce que cela permet d’aborder. Nous ne l’avions jamais mis en évidence dans les autres diagnostics ou accompagnements qu’on a eu.
