Le sport en Grand Bergeracois, entre inclusion sociale et rayonnement du territoire
Dans un territoire rural comme le Grand Bergeracois, le sport dépasse largement le cadre du loisir ou de la compétition. Il constitue un outil d’inclusion, un service de proximité à préserver et un vecteur de lien social.
Face à l’éloignement géographique, à la raréfaction des bénévoles et aux inégalités d’accès, les acteurs associatifs, entrepreneurs du sport et institutions locales s’emploient pour inventer des réponses adaptées aux réalités du terrain.
Tour d’horizon du secteur sportif effectué avec les témoignages de :
- Karine van den Eynde, fondatrice des Reines du Foot ;
- Smaïn Fekirini, responsable du foot adapté unifié au Bergerac Périgord Football Club et président de la Commission foot adapté au District de foot de la Dordogne ;
- Fabien Issartier, fondateur de Sports et Loisirs 24, entreprise d’activité physique et sportive en milieu rural ;
- Xavier Sanchez, directeur des Sports au Département de la Dordogne.
Les échanges ont été enregistrés lors de la séance de ciné-débat autour des reportages du média Grand Bergeracois Audacieux, le 6 décembre dernier, au cinéma du Buisson-de-Cadouin.
L’inclusion sportive pour changer les regards et “réparer” des publics longtemps mis de côté
L’accessibilité au sport ne repose pas uniquement sur des infrastructures ou des dispositifs spécifiques. Elle commence par un changement de regard sur les publics éloignés de la pratique, qu’il s’agisse de personnes en situation de handicap, de femmes, de seniors ou de personnes ayant vécu des expériences d’exclusion.
Au Bergerac Périgord Football Club, la section de foot adapté et unifié illustre cette démarche. Son responsable, Smaïn Fekirini, insiste sur l’importance de la rencontre et de la pratique partagée : « Au début, il y a toujours des appréhensions. Et puis, une fois qu’on joue ensemble, tout disparaît ».
Les échanges entre cette équipe et les Reines du Foot, fondées par Karine van den Eynde à Calès-Trémolat, ont permis de dépasser des craintes souvent liées à la méconnaissance. Sur le terrain, les différences s’estompent rapidement au profit du jeu collectif. « On se rend compte que le terrain efface très vite les différences », souligne Karine van den Eynde.
Pour certains pratiquants, l’accès au sport revêt aussi une dimension réparatrice. Smaïn Fekirini évoque les témoignages d’adultes en situation de handicap ayant connu des exclusions précoces : « Beaucoup d’adultes nous disent que leur exclusion quand ils étaient jeunes a été un vrai traumatisme. Aujourd’hui, ils peuvent enfin en parler ».
Dans cette perspective, le sport devient un espace de reconnaissance sociale. Une dimension essentielle, selon Xavier Sanchez, directeur des Sports du Département de la Dordogne : « Le sport va bien au-delà de l’animation. Il participe à la santé sociale des populations ».
Sport en milieu rural : aller vers les habitants et coopérer entre acteurs locaux
Si l’inclusion en est un enjeu majeur, le sport se heurte, en milieu rural, à la contrainte structurante qu’est la distance. En Grand Bergeracois, l’éclatement géographique rend difficile l’accès régulier aux équipements et aux clubs, en particulier pour les publics les plus vulnérables et les plus isolés.
Face à cette réalité, la coopération entre acteurs apparaît comme une condition indispensable. Fabien Issartier, fondateur de Sports et Loisirs 24, intervient sur plusieurs dizaines de communes rurales avec une logique de complémentarité : « Ce qu’on attend aujourd’hui, ce n’est pas plus de moyens, c’est plus de coopération ».
Ses interventions sont menées en lien avec le Département de la Dordogne afin d’éviter les doublons et de renforcer la couverture territoriale. Une approche partagée par Xavier Sanchez, qui rappelle que la compétence sport repose sur une responsabilité collective : « La compétence sport n’est pas obligatoire pour les collectivités, mais elle ne peut fonctionner que collectivement ».
Dans ce contexte, une autre stratégie s’impose progressivement : amener le sport vers les habitants. Interventions itinérantes, animations multisports, actions dans des communes sans association structurée permettent de limiter les effets de l’éloignement.
Fabien Issartier insiste sur cette logique d’aller “vers les élus, les écoles, les centres de loisirs. Sinon, le sport n’arrive jamais jusqu’aux habitants”.
Pour le Département, cette adaptation de l’offre est un levier essentiel pour réduire les inégalités d’accès : « Adapter l’offre aux besoins locaux, sans se marcher sur les pieds, c’est la clé de la réussite », résume Xavier Sanchez.
Le sport comme moteur du vivre-ensemble, source de fierté et d’inspiration
Au-delà de la pratique sportive, les clubs jouent un rôle central dans la vie sociale des villages. Leur disparition entraîne souvent une perte de dynamisme, de rencontres et de repères collectifs. À l’inverse, leur maintien contribue à structurer la vie locale.
Fabien Issartier en fait un constat récurrent sur le terrain : « Quand un village perd son club, il perd une partie de son âme ».
Les entraînements, les matchs et les événements associatifs deviennent autant de moments de rassemblement, y compris pour des habitants qui ne pratiquent pas eux-mêmes. Le sport agit alors comme un support au lien social. Xavier Sanchez confirme cette fonction essentielle : « Les associations sportives sont les premiers lieux de rassemblement ».
Certains projets sportifs participent également au rayonnement du territoire. Les Reines du Foot portent ainsi un projet de tournoi international féminin senior, réunissant des équipes venues de plusieurs continents, organisé depuis un village rural du Grand Bergeracois.
Pour Karine van den Eynde, cet engagement dépasse la seule pratique sportive : « On montre qu’en milieu rural, on peut aussi porter de grands projets ».
Ces initiatives contribuent à renforcer l’attractivité locale et à valoriser une image positive du territoire. Un enjeu souligné par Xavier Sanchez : « Ce sont ces projets-là qui donnent du sens et de la fierté aux habitants ».
Inclusion, santé et attractivité : le sport est à la croisée des enjeux
À travers ces expériences, le sport apparaît comme un outil structurant pour le Grand Bergeracois, capable de répondre à des enjeux d’inclusion, de santé publique, de cohésion sociale et d’attractivité territoriale. Plus qu’une activité, il devient un vecteur de vivre-ensemble, à condition d’être pensé collectivement et adapté aux réalités locales.
Article issu d’un débat animé par Valentin Nonorgue, du Grand Bergeracois Audacieux.

