Les Amis de la Brouette à Saint-Aubin-de-Lanquais : “Un lieu pour poser nos fesses et rencontrer les gens”
Président de l’association des Amis de la Brouette, un café-librairie créé à Saint-Aubin-de-Lanquais en 2022, Patrick Marty est natif de Bergerac. Il a été écolier à Plaisance, collégien à Eymet avant de s’exiler à Bordeaux pour le lycée puis à Paris pour son travail de réalisateur et d’éditeur.
Il raconte la décadence qu’il a constatée dans ses chers villages du Grand Bergeracois, autrefois bien animés, et la volonté qu’il a – par son humble contribution – à redynamiser la vie rurale. Avec la culture et les échanges humains au cœur de sa vision. Entretien.
D’où est venue l’idée de monter ce café associatif ?
Deux à trois ans avant le Covid, j’ai construit une maison à Mandacou (Plaisance) et j’ai retrouvé mes copains d’enfance. En revenant ici à l’issue de ma carrière professionnelle, j’ai constaté les déboires du vide total dans les villages des alentours. Cela m’a profondément alarmé. Car quand j’étais enfant, il y avait de la vie dans chaque petit village. Même ceux de 150 habitants avaient des cafés et des épiceries.
Face au constat de la mort de nos villages, nous avons monté une association avec les amis. Nous voulions proposer un endroit où se retrouver, tout simplement.
C’est un lieu où on peut poser nos fesses dans un endroit où on n’a rien d’autre à faire que de rencontrer les gens, de discuter. Car nos villages, notre campagne, sont devenus des zones dortoirs. Et ça m’embête de constater ça. Cela veut dire qu’il y a un besoin.
Musique, réunions associatives, 24 heures de la Brouette : les animations vont bon train
Pourquoi avoir choisi le village de Saint-Aubin-de-Lanquais pour l’ouvrir ?
Je me suis rapproché de Sylvie Chevallier, conseillère départementale de la Dordogne en charge du canton du Bergeracois, lors de notre recherche d’un lieu pour installer notre café associatif. Je lui ai souligné que la tendance actuelle était de créer du lien. Et ce, partout en zone rurale. C’est à Saint-Aubin-de-Lanquais que nous avons trouvé un lieu pour monter notre espace de rencontre et de rassemblement. Donc c’est à Saint-Aubin-de-Lanquais que les Amis de la Brouette se sont installés.
Quelles activités mettez-vous en place pour animer le lieu ?
Chaque samedi, nous proposons une formation musicale. De la poésie, du jazz, du rock, des slameurs : il n’y a pas un week-end qui n’a pas sa soirée musicale à Saint-Aubin-de-Lanquais. Nous recevons beaucoup de Bergeracois, ce qui est assez étonnant. Cela montre que nous proposons une programmation assez originale, avec un accueil chaleureux, qui donne envie aux citadins de se déplacer jusqu’à Saint-Aubin-de-Lanquais pour assister à nos activités.
En marge de cela, nous avons un point restauration pour recevoir le public avant le concert. Pour ce faire, nous travaillons des produits locaux, nous proposons des boissons de viticulteurs locaux… Le tout en embauchant une restauratrice.
Nous organisons également des rencontres littéraires, des séances de yoga, des ateliers manuels (mise en conserve, arts plastiques, gymnastique post-maternité, etc.). On sert aussi de lieu de rencontre et d’échanges pour d’autres associations.
Un équilibre économique conservé, une dépendance aux subventions à éviter
Quels moyens déployez-vous pour faire fonctionner le lieu ?
Nous sommes entre 12 et 15 bénévoles actifs qui prennent sur leur week-end et sur leurs soirées en semaine. Nous planifions les prochains projets, nous œuvrons à la réfection du lieu avec une nouvelle salle et de nouvelles toilettes.
C’est compliqué de demander à des actifs de s’inscrire dans une dynamique du style, donc nous avons beaucoup de néo-retraités au sein de notre équipe. On aimerait être rejoints par des quadragénaires, bien que ce soit ardu de s’engager régulièrement avec les enfants.
Comment se tient votre établissement économiquement ?
Nos spectacles musicaux sont à entrée gratuite. On essaye d’équilibrer par la vente de boissons et de restauration. C’est une économie extrêmement fragile, mais depuis trois ans nous arrivons à équilibrer nos comptes chaque année. Nous avons toujours essayé de nous préserver de la dépendance aux subventions publiques. En effet, on voit bien aujourd’hui que les finances départementales et régionales sont complètement essorées.
Comment coopérez-vous avec d’autres acteurs à l’échelle locale ?
Nous avons déjà quelques partenariats avec l’association L’Oeil Lucide, qui vient régulièrement chez nous. Certaines associations culturelles utilisent le lieu pour rencontrer leur public et organiser des actions. Nous sommes un point de vente de la boulangère Cécile Bertrand, nous sommes un relais pour la librairie La Mauvaise Herbe d’Eymet. Notre credo est de nous connecter au maximum d’acteurs locaux.
Parmi les projets à monter, nous voulons solliciter des associations de professionnels. J’espère vraiment que nous deviendrons un lieu d’accueil, d’échanges, de partages. Et ce dans le plus de domaines différents.
Rajeunir le public et alléger les normes pour les cafés associatifs
Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez au quotidien ?
Comme bon nombre de structures, nous luttons à réunir les gens, à lisser les finances qui sont souvent sur le fil. Nous avons aussi parfois des couacs. Par exemple, en mars, nous avons proposé 3 événements lors desquels il n’y avait presque personne. Alors pour payer les musiciens et la restauration qui a été préparée, ce n’est pas évident.
Ce que l’on aimerait, c’est rajeunir le public. Chaque année, afin d’organiser nos concerts, nous reversons un forfait à la Sacem. Mais lorsque nous voulons diffuser de la musique d’ambiance lors des soirées, nous devons également payer la Sacem. Et ça, nous n’en avons pas les moyens. Il faudrait un statut spécial pour les cafés associatifs, que l’on puisse simplement diffuser de la musique sans dépenser.
Avec les cafés associatifs qui se structurent de plus en plus partout en France, on se rend compte que l’amas de normes administratives, juridiques ou commerciales ne nous facilite pas la vie. Ce n’est pas une histoire d’argent, mais de considération en tant que lieu à impact positif pour la société locale.
Quels sont les projets à réaliser dans les prochains temps ?
On essaye d’aménager un coin plus cosy, axé sur le jeu, afin d’attirer davantage le public jeune. Nous travaillons sur la réouverture de notre four à pizza, qui drainait pas mal de monde quand il fonctionnait il y a deux ans de cela. Nous souhaitons aussi réaménager l’espace extérieur afin d’accueillir en bonne et due forme les concerts lorsque les beaux jours sont là.
Cet été, nous souhaitons organiser la deuxième édition des 24h de la Brouette, les 23 et 24 août. Manège, grillades, pétanque, jeux pour enfants, musique, repas : c’est un événement familial, qui rassemble. On s’y amuse, ça je vous l’assure.
Pourquoi votre association s’appelle-t-elle Les amis de la Brouette ?
Il y a une vingtaine d’années, je disposais d’une grange dans le coin où nous organisions de grandes fêtes entre copains des alentours. Nous avions ce rêve de proposer un festival multidisciplinaire et culturel de 24h. Et un ami a jailli “ce seront les 24h de la Brouette”. L’idée de la brouette, c’est ce que peut transporter un homme à bout de bras. Ni plus, ni moins. C’est le symbole de la vitesse humaine, de la taille humaine et de la chaleur humaine aussi.
Des propos recueillis le 24 avril 2025 par Valentin Nonorgue.

