« Nous invitons ceux qui le souhaitent à se mettre en grève du chômage en proposant des activités utiles au territoire »

Jeudi 7 novembre, l’association Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée (TZCLD) organise la grève du chômage. Elle invite donc l’ensemble des chômeurs à se mobiliser afin de réaliser des travaux utiles pour la société mais non réalisés. Une démarche qui vise à alerter et mobiliser contre la privation d’emploi et revendiquer le droit à l’emploi pour tous inscrit dans la Constitution française. Vous pouvez retrouver le programme complet de cette journée en cliquant ici.

À cette occasion, Territoires-Audacieux.fr a interviewé Laurent Grandguillaume, le président de TZCLD. Une bonne occasion de revenir sur sa tribune publiée il y a quelques semaines sur son blog : Il y a ceux qui veulent éradiquer le chômage de longue durée et ceux qui veulent éradiquer « territoires zéro chômeur de longue durée »

Après la publication de votre tribune, avez-vous été reçu par Muriel Pénicaud ?

Il y a 15 jours, nous avons rencontré la ministre du travail. Nous avons eu un dialogue franc et constructif. Nous nous sommes mis d’accord sur une méthodologie de travail. Nous allons travailler sur un diagnostic partagé car il y a besoin de confronter les points de vue. Il faut ensuite que nous puissions co-construire entre l’État et la société civile la deuxième étape qui correspond à la deuxième loi. Sur ces deux points importants, cela a bien avancé lors de ce rendez-vous. Il était utile de clarifier et d’échanger en toute franchise dans l’objectif de réussir.

Il y avait un souci de compréhension des différents acteurs ?

Historiquement, quand le projet est né, il est apparu avec une certaine forme de réticence d’une partie des acteurs de l’insertion et de l’administration centrale. Quand vous êtes dans une expérimentation locale, forcément, cela part du terrain. Cette défiance a continué d’exister même si elle s’est réduite. Il reste des confrontations sur des points de vue différents. Ce n’est pas grave, le débat fait avancer le projet et il faut l’assumer. Le rendez-vous s’est bien passé et le travail se met désormais en place.

Où en est-on de la phase 2 du projet Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée ?

Sur la phase 2, nous devons passer par une loi pour pouvoir étendre l’expérimentation à de nouveaux territoires. Nous devons tenir compte des conditions de réussites démontrées par la première étape. Il y aura également des choses à améliorer et c’est bien l’enjeu du diagnostic partagé. Nous souhaitons co-construire pour pouvoir débattre avec le Ministère du Travail des conditions de réussite de cette deuxième étape. Cela repose sur les fondamentaux que nous défendons. C’est-à-dire que personne n’est inemployable, qu’il y a des besoins dans les territoires et qu’il y a un coût du chômage de longue durée qui est assumé par les pouvoirs publics qui peut être réaffecté.

Quel va être le calendrier ?

La ministre doit nous dire rapidement quelles sont les modalités de travail. Nous devrions donc pouvoir avancer assez vite. Après, il faudra le temps de la loi et du débat. Soit plusieurs mois. Nous n’avons pas de date mais nous avons des garanties sur une évolution rapide.

Sur le terrain, cette deuxième phase est très attendue…

Oui et c’est une bonne chose ! Cela montre que le projet ce n’est pas un dispositif. C’est quelque chose qui émerge du territoire. Il y a besoin d’un soutien national par rapport au financement mais ce qui est intéressant c’est que cette mobilisation du territoire se fait avec les premiers concernés, c’est-à-dire les personnes privées d’emploi.

Jeudi 7 novembre aura lieu la grève du chômage que TZCLD organise, quel est l’objectif ?

Nous l’organisons chaque année dans les territoires qui sont mobilisés par notre projet. L’objectif est de montrer que les personnes ne sont pas inemployables. Il y a des gens qui sont parfois ignorés des institutions mais elles sont bien présentes. Nous voulons donc montrer que chacun peut créer des activités utiles dans un collectif de travail. Nous invitons ceux qui le souhaitent à se mettre en grève du chômage en proposant des activités utiles au territoire. Nous voulons provoquer la réflexion et lancer un appel pour dire que c’est du gâchis d’avoir autant de personnes en chômage de longue durée. Nous devons réussir à mobiliser les compétences avec des dispositifs innovants.

D’autant plus que le dispositif TZCLD a un impact concret ?

Oui. Nous sommes déjà à plus de 850 emplois créés sur les 10 territoires en expérimentation. Ce sont des territoires avec 5 ou 10 000 habitants. Il y a déjà quatre territoires qui sont proches de l’exhaustivité. C’est-à-dire où chaque personne qui demande à travailler dans les entreprises à but d’emploi a été embauchée en deux ans. C’est formidable ! Après il reste ceux qui ne veulent pas travailler, et nous travaillons aussi avec eux. En plus, ce qui est intéressant, c’est que nous sommes sur des activités non délocalisables, liées à la transition écologique et qui répondent à un vrai besoin. Nous produisons de la valeur humaine mais aussi économique puisque le chiffre d’affaires des entreprises locales continue d’augmenter. Nous ne faisons pas des actions pour les personnes, nous faisons avec. C’est très important.

Que se passera-t-il ce jeudi sur l’ensemble du territoire ?

Le programme est très complet. Il est disponible sur notre site. Nous accompagnons les actions prévues de films diffusés avec des débats. Il y a aussi des activités avec des nettoyages d’espace, de l’artisanat… Chaque territoire a des actions différentes.

Retrouvez le programme complet de cette édition de la grève du Chômage en cliquant ici.

Propos recueillis par Baptiste Gapenne