Lokalero : des bornes dans les commerces pour soutenir les projets associatifs locaux

Cette semaine, la lettre de l’impact positif vous fait découvrir Lokalero. Ce dispositif permet une collaboration entre les commerçants et les associations. Ainsi, chacun gagne en visibilité et contribue à dynamiser le territoire. Le principe est simple : des bornes sont placées chez les commerçants pour soutenir des projets locaux portés par des associations. Le concept vient d’être mis en place pour la première fois à Savenay (44) et Boulogne-Billancourt (92).

Pour en savoir plus, nous avons interrogé Ophélie Le Grand, fondatrice de Lokalero.

Sommaire:

– Mise en place du projet –

Comment l’idée de votre initiative vous est-elle venue ? 

Après trois ans d’investissement dans l’économie sociale et solidaire et un détour par le monde du consulting, je souhaitais monter un projet, au nom de l’entraide locale. J’ai souhaité continuer à démocratiser l’acte de don et à diversifier les ressources des associations en mettant en lumière les actions des projets et initiatives locales. 

À quelle problématique répond-elle ? 

Les associations locales souffrent d’un problème de visibilité de leurs actions. Les bénévoles disposent de peu de temps pour faire autre chose que des actions de terrain et/ou manquent de compétences sur les sujets de communication. En passant par Lokalero, les associations ont une visibilité physique immédiate chez l’ensemble des commerçants membres du réseau ainsi qu’une visibilité en ligne. Nous créons du contenu pour elles et le communiquons sur nos relais de communication locaux partenaires (plateformes médias, newsletter, groupes Facebook, etc.) Concernant les commerces, ils sont informés de l’importance du digital aujourd’hui, mais en restent bien souvent éloignés. Cela nécessite une montée en compétences pour utiliser ces outils puis du temps et des idées de contenu pour animer sa communication. De plus, ils ont dû mal à fonctionner en réseau, alors qu’ils sont conscients de la nécessité d’être mis en valeur dans un contexte de décentralisation des centres villes. Ainsi, nous proposons de dynamiser les commerces physiques grâce à une offre digitale au service de l’animation des territoires, pour des associations locales. 

Que proposez-vous ? 

Nous apportons un outil digital adapté, qui fonctionne de manière autonome et indépendante de leur logiciel de caisse. Nous créons du contenu sur eux et les mettons en valeur sur nos réseaux de communication. Enfin, les commerçants étant régulièrement démarchés par les associations, leur budget annuel est limité et ils doivent souvent refuser la 3e ou 4e association qui se présente. Notre solution leur permet de soutenir 12 projets locaux au cours de l’année et de rediriger les associations qui les démarchent financièrement vers notre solution

En quoi est-ce un besoin des collectivités publiques ? 

Nous avons organisé différents rendez-vous avec les collectivités publiques, des élus en mairies mais aussi au niveau de la région. Il en est ressorti que notre solution répond à plusieurs de leurs besoins. Tout d’abord, au désir d’animation de la vie locale, qui est de plus en plus fort. Nous permettons de dynamiser et d’animer le territoire en connectant commerçants, associations et citoyens. Dans un contexte politique où les mairies se reconcentrent de plus en plus vers des projets locaux, l’aspect de proximité de notre solution séduit. De plus, les élus souhaitent de plus en plus implanter des solutions solidaires à l’échelle locale. Et enfin, dans un contexte de baisse continue des montants de subventions qu’il est possible d’allouer aux associations, notre solution permet de collecter des fonds autres que l’argent public afin de financer des projets concrets. C’est un système à la fois de subventions indirectes et de validation de l’intérêt des projets par les citoyens eux-mêmes. 

Quelle plus-value un territoire qui travaille avec vous peut-il retirer ? 

Notre action va permettre aux territoires d’acquérir plus de moyens pour les associations locales, les professionnels de proximité seront ainsi valorisés. Les citoyens pourront aussi soutenir des projets à impact local et immédiat, ce qui créera une ville attractive où il fait bon vivre. Enfin, le commerçant deviendra acteur de la dynamique locale et l’acte de don pour un projet extérieur au commerce créera une dynamique sur les territoires.

Quelles sont les étapes de mises en place de votre initiative sur un territoire ? 

Après avoir échangé avec le(s) président(e)(s) des associations de commerçants et les élus en charge du commerce, nous faisons une réunion de présentation de l’initiative à l’ensemble des commerçants. Si plusieurs commerçants souhaitent rejoindre le réseau et accueillir un dispositif solidaire chez eux, nous échangeons avec les élus en charge de la vie associative. Puis, nous organisons une réunion de présentation de l’initiative à l’ensemble des associations. Les trois premières à avoir déposé un projet valide seront mises en avant pendant les trois premiers mois du lancement du réseau sur le territoire.

Une fois la date de lancement choisie, nous nouons des partenariats avec les médias et les relais de communication locaux afin de pouvoir publier du contenu sur les associations et commerçants partenaires. L’initiative est ensuite lancée. Il faut compter deux mois entre le moment où le premier commerçant du territoire signe et le lancement de la 1ère saison. C’est le temps nécessaire aux associations pour nous fournir toutes les informations nécessaires sur leur projet.

– Le projet aujourd’hui

Pouvez-vous revenir sur les expériences du développement des réseaux dans le département des Hauts-de-Seine (92) et de Loire-Atlantique (44) ? 

Pour les premières saisons, nous avons démarché les porteurs de projets et les associations. Puis, commençant à nous faire connaître, nous avons lancé des appels à projets pour les saisons suivantes. Nous sommes aujourd’hui à la 4e saison. Les recommandations et le bouche-à-oreille font que les porteurs de projets s’inscrivent et nous contactent directement pour que l’on étudie leur projet. 

Comment dans ces cas-là travaillez-vous avec les porteurs de projets ? 

Nous échangeons par mail mais surtout par téléphone pour avoir un accompagnement qualitatif, bien comprendre leur projet, leur besoin, les conseiller et leur donner des réponses adaptées. Nous essayons, dans la mesure du possible, de les rencontrer au moins une fois en physique au cours de la saison, pour visiter les structures et éventuellement faire des interviews.

Comment dans ces cas-là travaillez-vous avec les commerçants ? 

Nous les rencontrons en physique, apprenons à les connaître et ensuite interagissons avec eux. Nous installons la borne ou le premier « bloc affiche » puis nous envoyons tous les trois mois les affiches avec les nouveaux projets à soutenir. À chaque début de saison, nous leur présentons les nouveaux, faisons un bilan de la saison qui vient de se clôturer et donnons des nouvelles de la saison précédente. Si les commerçants le souhaitent, nous organisons des rencontres entre porteurs de projets et habitants dans leur commerce sur les créneaux de leur choix. 

Comment dans ces cas-là travaillez-vous avec les collectivités publiques ? 

Il y a différentes façons de faire selon les communes. Nous pouvons mettre en valeur l’initiative dans le bulletin municipal, organiser des rencontres entre les élus de la vie associative et les associations ou promouvoir la solution auprès des commerces. Mais nous prenons aussi en charge la relation de client-partenaire lorsque les collectivités décident de prendre un de nos dispositifs pour l’installer en mairie ou centres administratifs par exemple. Dans une logique de co-construction de notre solution avec tous nos partenaires locaux, notamment les collectivités, nous pouvons aussi faire du sur-mesure pour des événements comme une journée des associations, des cafés-débats, etc.

Y-a-t-il d’autres acteurs qui sont impliqués ? 

Oui, les relais de communication locaux, avec lesquels nous nouons des partenariats afin de pouvoir publier du contenu sur les associations et commerçants. Nous nous adressons aussi directement aux habitants, là où ils s’informent, donc en fonction des zones géographiques cela peut-être sur une plateforme en ligne, via une newsletter, un groupe Facebook etc.

Quel bilan tirez-vous de ces expériences ? 

L’ensemble de nos parties prenantes ont validé le fait que notre solution réponde à un vrai besoin. Mais pour que plus de commerces puissent rejoindre l’initiative, ils nous ont demandé de faire évoluer notre support, pour avoir à la fois des bornes de dons tactiles mais aussi un équivalent sous format affiche avec QR code à scanner. À partir de celui-ci, leurs clients retrouveront l’ensemble des informations directement depuis leur smartphone. 

– Dupliquer le projet

Avez-vous mesuré l’impact de votre initiative sur les deux premiers développements de réseaux ? 

Concernant les associations, elles sont satisfaites de l’accompagnement de notre équipe, qu’elles estiment « très chaleureuse et à l’écoute ». Notre positionnement est perçu comme « sympa et original » autour de l’émulation de quartier et de la rencontre entre les gens. Notre communication est dite « rigolote tout en étant professionnelle », ce qui permet de les faire connaître « avec le « petit » plus, la cagnotte à la fin de la saison ». Tout cela a permis de toucher de nouveaux donateurs, qui ont fait des dons financiers via les bornes ou des dons matériels en passant directement voir les associations. Également, certaines associations ont recruté de nouveaux bénévoles ou utilisateurs de leur service. Pour exemple, une maison d’assistantes maternelles a été complète avant même d’ouvrir.

Du côté des commerçants, ils remarquent une fidélisation de leur clientèle qui reparle des associations accueillies chez eux le temps d’un évènement. Cela crée de nouvelles interactions entre clients et commerçants, qui engagent le dialogue autour du sujet associatif. Aussi, certains habitants entrent dans les commerces juste par curiosité de voir la borne.

Combien cela coûte (à chaque acteur) de mettre en place votre initiative sur son territoire ? 

La solution gratuite pour les associations. Pour les commerçants, il y a différents formats d’abonnement : Affiche A5 : 9€ par mois, Grande affiche : 19€ par mois, Petite borne tactile : 59€ par mois et une Grande borne tactile : 149€ par mois.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez sur les territoires ? 

Les commerçants qui ressentent le plus le besoin d’être mis en valeur, de bénéficier de communication et d’une dynamique de réseau sont souvent les plus petits ou les plus récents. Ils sont donc très intéressés par notre initiative mais n’ont pas toujours les moyens d’en faire partie. Il est aussi complexe d’avoir une bonne vision du tissu associatif, pour définir la limite du « local » par zone géographique. Il nous faut systématiquement des points de contacts nous éclairant sur la perception du territoire et son maillage : quartier, commune, communautés de communes. 

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez à ce stade de votre développement ?

Les délais d’échange et de prise de décision avec les collectivités ne sont pas les mêmes qu’en direct avec un commerçant indépendant. Néanmoins, leur pouvoir est plus fort pour crédibiliser l’impulsion que Lokalero donne sur un territoire et montrer à l’ensemble des acteurs que la collectivité soutient le développement de ce type d’initiative. 

À quel(s) type(s) de territoires votre initiative est-elle adaptée ?

Nous faisons appel à « l’esprit village » sur chacun des territoires. Ainsi, nous agissons à la maille d’un quartier dans une grande ville de la commune pour une ville moyenne, ou de la communauté de commune sur des plus petites villes. 

Propos recueillis par Baptiste Gapenne