Annecy : Pour leurs stages ou jobs d’été, les jeunes peuvent partir à l’étranger grâce aux jumelages de la ville

Grâce à son jumelage avec trois villes (Cheltenham en Angleterre, Bayreuth en Allemagne et Vicenza en Italie) ainsi que son pacte de jumelage avec Sainte-Thérèse au Canada, la ville d’Annecy propose chaque année à des jeunes annécien·e·s de 16 à 30 ans de partir à l’étranger pour des emplois d’été, des stages ou des expériences bénévoles. En faisant cela, la municipalité encourage ses jeunes à s’ouvrir à d’autres cultures, à vivre quelque chose de différent et leur permet de s’enrichir.

Christophe Chenu, maire adjoint de la ville d’Annecy, pense que les relations internationales sont indispensables dans le service public. Pour lui, il est inimaginable pour un citoyen de se développer en dehors de l’Europe ou du reste du monde. Il a d’ailleurs accepté de répondre à nos questions, en compagnie de Laurent Terrier, responsable du service des relations internationales d’Annecy.

Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

L’idée est de proposer aux annéciens de 16 à 30 ans des postes pendant l’été dans les villes jumelles d’Annecy. Cela peut être des emplois dans les villes où des jeunes occupent des postes dans les services municipaux. Cela peut également être des séjours de « découverte » où nous proposons à ces jeunes majeurs d’aller vivre une expérience dans une des villes jumelles. Il est possible d’y faire un stage, ou une expérience bénévole. La ville participe avec une bourse attribuée aux jeunes en fonction de leur projet et de leur destination. C’est un accompagnement à la fois financier et humain. Je dis humain, parce que nous avons un réseau dans la ville jumelle qui peut aider les jeunes à trouver le lieu de stage, d’emploi ou d’expérience de fin d’année.

Quand avez-vous mis ce projet en marche ?

Les emplois d’été existent depuis longtemps. Toutefois, aujourd’hui nous n’avons presque plus d’emplois d’été mais essentiellement des stages. Les emplois d’été étaient réduits sur des postes peu ciblés et cela ne correspondait pas forcément aux attentes des jeunes qui cherchaient des stages obligatoires ou des expériences à l’étranger dans le cadre de leurs études. De ce fait, d’un point de vue des offres, le projet des emplois d’été a été muté vers un projet de stages d’été non-rémunérés il y a 5 ans avec un dispositif appelé « séjour de découverte ».

Bayreuth, Allemagne

D’où vous est-venue l’idée ?

En regardant ce que faisaient d’autres. Nous avons mené une opération de benchmarking. Nous nous sommes demandés ce que la ville d’Annecy pouvait faire pour accompagner un jeune citoyen qui veut aller vivre une expérience à l’étranger. À l’époque, Thonon-les-bains (74) avait un projet de ce genre. Nous avons adapté à notre ville ce que nous avons pu voir ailleurs. Pour nous, l’idée était de savoir ce que c’était que la mission du service public de la ville d’Annecy au niveau des relations internationales.

Nous avons aussi un vrai partenariat avec les établissements du bassin, c’est-à-dire que nous avons des représentants des établissements qui sont en lien avec des représentants du jumelage parce qu’ils ont déjà, depuis longtemps, des liens dans le cadre des échanges scolaires. Du fait de ces liens, cela a permis de cibler les attentes, notamment pour les étudiants avec des stages obligatoires et de les accompagner dans des recherches de stage dans certaines filières. Par exemple, nous avons une étudiante qui fait un bac professionnel dans le domaine du soin à la personne et qui, est actuellement en stage en Angleterre dans un établissement qui s’occupe des personnes en situation handicap. Nous en avons une autre qui fait un BTS en assistance-manager. Elle fait un stage dans un établissement dans une ville-jumelle.

Pourquoi avez-vous décidé d’agir dans ce domaine ?

Pour répondre à la demande. Aujourd’hui, la ville d’Annecy prend en compte plusieurs types de public dans le cadre de ses relations internationales. Il y a le public des scolaires qui sont soutenu dans le cadre des échanges scolaires de la ville, et le domaine associatif qui reçoit des subventions. Pour la tranche des 18-30 ans, elle était assez peu représentée. Il y avait une dizaine d’emplois d’été disponibles et c’était tout. L’idée était de permettre, avec le dispositif de « séjour de découverte », d’amener une offre plus importante pour cette tranche d’âge qui était moins représentée dans les échanges avec les villes jumelles. Les jumelages existent depuis très longtemps. Nous l’avons adaptée à la réalité d’un jeune en 2019 qui voudrait voyager. Un jeune d’aujourd’hui à moins peur de travailler à l’étranger. Nous avons mis au temps moderne des relations qui remontent à la nuit des temps. 

Quelles sont les différentes étapes de mise en place ?

Cela commence par les relations entre les différentes municipalités. Si vous avez des élus qui ne sont pas d’accord entre-eux, aucun projet ne fonctionnera. Les deux municipalités doivent être sur la même longueur d’ondes au niveau des objectifs et au niveau financier. De cela va découler l’ensemble des relations. Toutefois, quand vous mettez en place un jumelage ou un partenariat quelconque entre deux villes, les municipalités donnent l’impulsion mais ne mettent pas le projet en place. Ensuite, il faut voir avec les associations, les clubs, les écoles etc. Elles ont leurs propres relations. La ville joue seulement le rôle de support. Donc l’étape numéro 1 sert à ce que les municipalités se mettent d’accord et écrivent un cahier des charges. Après, il faut pouvoir identifier entre les deux villes des possibilités de stage réciproques. Ils peuvent se faire dans la structure municipale ou dans des structures privées ou associatives.

Pouvez-vous m’expliquer le projet au quotidien ?

Il y a une quarantaines de jeunes concernés par ce projet entre ceux que nous envoyons et ceux que nous recevons chaque année. Nous avons des accords de partenariat avec les villes jumelles ou des pacte d’amitié. L’hébergement et les repas sont pris en charge par la ville d’accueil. Annecy participe sur les frais de voyage. Nous laissons une partie à la charge du participant car c’est lui qui porte le projet. Sur un projet de 1000 €, le jeune va avoir environ 200 € à sa charge. Parfois, pour des raisons budgétaires ou d’absence d’accord, ou si nous envoyons un jeune dans une structure privée, les frais d’hébergements sont à la charge du participant. Dans ces cas-là, la ville d’Annecy s’occupe des ces frais. 

Nous demandons aux jeunes de connaître un minimum la langue car c’est difficile de se rendre dans un pays pour un projet professionnel sans connaître la langue nationale. Il faut se rappeler que la langue est un outil, pas une fin en soi. C’est-à-dire que ce n’est pas parce qu’ils ont un mauvais niveau en langue que la barrière va se refermer, bien au contraire, car ils auront l’occasion de la développer pendant le séjour. 

Arrivez-vous à répondre à toutes les demandes ?

Non parce que nous avons qu’une vingtaine d’offres qui sont récurrentes chaque année. Ensuite nous prenons aussi des demandes spécifiques pour des profils particuliers. Dans ces cas-là, nous ne pouvons pas toujours trouver une offre dans notre réseau. De plus, c’est la structure d’accueil qui valide, et toute personne faisant une offre pour partir en stage peut se retrouver en compétition avec d’autres candidats. À peu près 50% des candidats obtiennent satisfaction. 

Combien est votre budget pour ce projet ?

Nous avons un budget de 15 000 € qui comprend la partie pour ceux qui partent et ceux qui viennent à Annecy. 

Sainte-Thérèse, Canada

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Comme nous sommes dans une ville qui a depuis longtemps la dimension internationale, le projet a été facile à mettre en place. Quand nous passons un projet dans ce domaine au Conseil municipal cela se passe très bien. Toutefois, la première difficulté a été de savoir comment toucher un public très hétérogène et difficilement captable dans une structure organisée. Quand vous touchez des enfants vous ciblez les directeurs d’école, pour les associations, vous vous adressez au service de communication mais pour des individuels c’est plus compliqué. Nous avons donc eu des difficultés en terme de communication de pouvoir s’adresser facilement à un public qui ne se retrouve pas par définition ni dans une enceinte scolaire ni dans une association. Nous avons bien évidemment mis en place des outils de communication type réseaux sociaux, ou des vidéos qui touchent les jeunes. La deuxième difficulté était de savoir comment accompagner de manière concrète des jeunes qui n’ont pas du tout l’idée de ce que c’est qu’une expérience à l’étranger. Pour répondre à cette question, nous venons de passer une convention avec une association qui s’appelle AFS, qui travaille dans le monde entier. Elle va nous aider à préparer ces jeunes avant l’expérience à l’étranger puis au retour, pour aider les jeunes à valoriser cette expérience. Cela n’est pas notre métier. Nous réalisons que c’est très important de faire cela car les jeunes ne savent pas forcément le faire. Après, nous avons dû nous adapter aux capacités financières des villes qui ne fonctionnent pas forcément comme nous. Nous ne pouvons pas imposer notre fonctionnement que nous pouvons absorber nous mais que d’autres villes ne peuvent pas. Chaque ville fait son affaire de la façon dont elle veut manager… Par exemple si elle demande à des familles d’accueil de prendre les étudiants ou si elle utilise des logements étudiants pour les accueillir. 

Quels impacts pouvez-vous observer ?

Nous voyons que pour beaucoup, il y a eu un déclic et une véritable ouverture à l’international. Il y en a qui ont décidé de partir sur une autre destination. Certains ont même pu être embauchés après leurs stages. Pour ceux qui n’ont pas forcément aimé, au moins ils savent que ce n’est pas la voie qu’ils doivent suivre.

Il y a un prix organisé par la ville d’Annecy, le prix Peter Färber appelé du nom d’un des pionniers du jumelage des villes franco-allemande. Il permet de partager ce qu’ils ont ramené de cette expérience.  L’idée du prix est de valoriser la réflexion et le travail d’un annécien parti à l’étranger. Ce concours récompense un travail qui résulte de l’expérience sur un sujet en rapport avec le séjour.

Quels conseils avez-vous pour un élu qui voudrait se lancer dans un projet similaire ?

Développer les relations internationales donne un sens au service public. Je le mets au même titre que le sport, la culture ou l’école par exemple. Nous ne pouvons pas imaginer le développement un citoyen sans avoir le sens international. Je dirais donc à un élu qui veut se lancer dans un projet similaire, de s’engager au maximum  dans cette mission. Il faut avoir une fibre avec les langues étrangères car cela aide dans la communication. 

Propos recueillis par Claire Plouy