Bras-sur-Meuse : Un cloud pour connecter les élus et la population

Julien Didry, maire de Bras-sur-Meuse (55), est l’un des premiers maires ruraux de France à s’être appuyé sur le numérique pour faciliter la communication (interne et externe) de la commune. Son initiative ? Un cloud où les élus et les citoyens retrouvent tous les documents utiles au fonctionnement de la collectivité. Il souhaite grâce à son initiative optimiser le travail de la mairie et faire participer les citoyens à la vie de la collectivité. Il utilise également les nouvelles technologies pour économiser du temps dans ses tâches quotidiennes de maire.  Julien Didry a accepté de répondre à nos questions.

Pouvez-vous nous parler de votre initiative de cloud ?

C’est un outil de travail qui nous permet d’avoir une mairie connectée. La première brique, c’est la partie administrative ou en langage informatique : le back office. Il faut pouvoir numériser tous les documents afin de les mettre en accès libre à tous les élus et à toute la population. Le cloud correspond uniquement à un partage de documents. La mise en place d’un cloud est certes importante, mais ce qui fait la différence c’est la manière dont la mairie l’utilise. Chez nous, la mairie donne accès aux documents en utilisant des applications de travail collaboratif. De plus, nous utilisons ce service pour apporter des services à la population. Elle bénéficie aussi de l’accès au Cloud et donc aux documents municipaux.

À quel besoin cela répond ?

Le besoin n’est pas le Cloud mais les usages que nous mettons en place et qui s’appuient sur celui-ci. Par exemple, dans notre logique de démocratie participative, nous envoyons l’ordre du jour complet et détaillé de chaque Conseil municipal à la population. Cette dernière peut, jusqu’à 22h30 le soir du Conseil, poser des questions en direct. Tous les habitants ont accès aux mêmes documents que les élus. Lors du conseil, les élus ont accès à ces documents. Ils ont également les questions des habitants qui s’affichent grâce à une table connectée. Il y a aussi un répertoire qui contient tous les ordres du jour existants. Tous les documents liés à la mairie sont visibles sur ce Cloud via une tablette. Par exemple, on peut y trouver les analyses d’eau, les plans d’urbanisme, les informations concernant les ordures ménagères etc. Ce Cloud sert aux élus qui ont accès à 100% des données mises dessus. Quant aux habitants, ils ont accès à la plus grande majorité (car parfois certaines informations ne sont pas pour eux d’un grand intérêt). Nous restons tout de même très transparents et nous répondons à toutes les questions. 

Quand avez-vous mis en place votre initiative ?

La logique cloud a été mise en place en 2003. Nous avons commencé par numériser les documents et les mettre sur un disque dur en interne. Une fois que les serveurs à distance sont apparus, nous avons mis les documents en ligne. Puis, progressivement les différents usages ont été mis en place. Pour voir nos usages numériques, nous avons mis en place le site placedelamairie.com. 

D’où vous est venue l’idée initiale ?

Ayant un travail plein-temps à coté de mon mandat de maire, j’ai voulu créer cette initiative pour allier mes activités professionnelles et mes activités d’élu. Je voulais faire ça de manière souple donc j’ai décidé de tout dématérialiser. Je suis capable aujourd’hui de piloter ma mairie à distance. Je signe 80% du courrier sur ma tablette. Avec la secrétaire, nous utilisons aussi des outils comme Taskwork ou Trello qui sont des outils de gestion des tâches en ligne. Cela nous permet de travailler ensemble à distance. Ainsi, dans un premier temps, le projet a été mis en œuvre pour optimiser mon temps et être plus efficace. Ensuite, la numérisation de la mairie a permis d’optimiser le temps de la secrétaire. Personnellement je pense que, dans le domaine administratif notamment, il est nécessaire de supprimer dès que possible les tâches à faible valeur ajoutée. Elles font perdre du temps. Alors que certains pensent que la technologie peut être destructrice du côté de l’humain, de mon coté je l’utilise pour optimiser le temps.  Ainsi la mairie peut consacrer plus de temps à l’accueil, au service à la population etc. D’ailleurs, si nous sommes le village le plus connecté de France c’est aussi pour augmenter la qualité des services. 

Pour finir, le numérique est une véritable chance pour les territoires ruraux. En 2002-2003, ce n’était pas courant de penser comme cela, mais depuis le début je savais que c’était un enjeu pour ces territoires. J’ai suivi un cursus dans l’informatique et je travaille dans la communication donc je me suis toujours intéressé à cela. De ce fait, je me suis vite rendu-compte que le numérique était un vrai enjeu territorial. Quand je suis devenu maire, j’ai axé fortement là-dessus. En plus du Cloud, nous avons ouvert un espace de coworking et un fab-lab. Nous nous appuyons sur le numérique pour améliorer l’accès à la population et répondre à l’évolution de notre société. Les demandes de la société ne sont plus du tout les mêmes et je pense que les territoires ruraux peuvent avoir un avenir à condition d’être connectés. 

Avez-vous réussi à mesurer les impacts sur la population ?

Pour nous la mesure correspond à la participation des gens. J’ai mis en place il y a quelques années un groupe privé facebook pour la population de Bras. Ce groupe sert de mairie virtuelle. 80% des familles de notre territoire sont sur ce groupe. Il y a donc une vraie utilité et un vrai intérêt à y être. S’il n’y avait pas d’intérêt, les gens n’iraient pas dessus. Cela fait partie de la création d’un pôle numérique en 2009, où nous avons formé plus de 500 personnes. C’est une réalité : il faut former la population sur ces questions lié au numérique. 

Dans le cadre du Grand débat, nous nous sommes appuyés sur une plate-forme qui permet de consulter les citoyens sur des questions. Nous avons pu l’ouvrir il y a 3 semaines et 25% des familles y ont participé. C’est peu mais comme c’était le Grand débat, c’était très politique et certaines personnes refusaient d’y participer. Toutefois, maintenant que nous avons cette plateforme, nous pourrons l’utiliser pour toutes les autres consultations. 

Combien cela vous-a-t-il coûté ?

Le cloud coûte 130 € par an. Ça a couté au départ mais c’était il y a 10 ans. Aujourd’hui ça ne coûte pratiquement plus rien.

Avez-vous des conseils pour les territoires qui souhaitent faire la même chose

C’est une question de volonté politique. Après ça dépend de la commune dont vous parlez.  Nous sommes une petite commune donc c’est assez inhabituel. Les grandes communes ont beaucoup plus de moyens pour mettre en place des choses de ce genre et peuvent s’entourer de professionnels. Les grandes communes, ont par contre, plus de procédures administratives et juridiques. En tant que petite commune nous sommes plus agiles. Quand nous avons décidé de mettre la consultation en ligne, nous avons fait une réunion de conseil, nous avons demandé à la population et c’était décidé en une semaine. C’est donc bien une volonté politique. C’est un choix politique aussi. C’était 120 000 € il y a 10 ans pour développer toutes ces initiatives. À coté, nous avons décidé de ne pas rénover la mairie par exemple. De plus, avant de prendre l’initiative de s’ouvrir de cette façon-là, il faut savoir accepter le débat, les contradictions etc. De plus, aujourd’hui c’est plus facile avec tous les outils qui existent déjà. Il y a 10 ans, c’était un peu plus audacieux. Après, il faut savoir que le haut-débit internet est nécessaire. Nous ne l’avions pas au début.

Propos recueillis par Claire Plouy