Les Gets : Des vélos (électriques) en libre service sur un territoire de montagne

Inspirée par les vélos en libre service développés en zone urbaine, les Gets, une commune de Haute-Savoie a décidé d’importer le concept sur son territoire de montagne. Le Getslib’ est donc, depuis 2014, le premier vélo (électrique) implanté dans une station de montagne. Et le succès est au rendez-vous, l’an dernier 550 usagers ont créé un compte ! Ce sont aussi bien des touristes de passage que des habitants en quête d’une solution de mobilité. Simon Bergoend, conseiller municipal de Gets en charge du projet a répondu à nos questions.
Pouvez-vous nous parler de votre projet Getslib’ ? 
​Le Getslib’ est un service de mobilité organisé autour du vélo à assistance électrique (VAE). Il s’organise à travers un système de prise et dépose des véhicules en libre service via des bornes de recharge mises à disposition des usagers dans différents lieux du village. Concrètement, l’usager s’inscrit au service et récupère un badge lui permettant ensuite de se présenter devant n’importe quelle station équipée de bornes de recharge et retrait des VAE pour utiliser un vélo. Il l’utilise le temps qu’il souhaite et le redépose dans n’importe quelle station. Son temps d’utilisation est comptabilisé par un logiciel et l’usager est facturé au prorata de la durée d’utilisation. La 1ère demi-heure est gratuite chaque jour, les demi-heures suivantes coûtent 1€ dans la limite de 4h d’utilisation, puis 2,50€ par demi-heure au delà de 4h d’utilisation. La facturation du client s’effectue directement à travers un prélèvement automatique.
Pourquoi et comment avez vous décidé de développer ce projet ?
​Ce projet répond à une volonté de proposer un service de transport innovant et écologique. Sur la base de ce qui s’est développé dans les grandes agglomérations avec les Vélo’v de Lyon ou Vélib’ à Paris. En l’occurrence l’idée m’est venue en utilisant le service présent sur Lyon : « pourquoi pas développer la même chose aux Gets ? »
​Il a donc fallu réfléchir à l’opportunité et aux possibilités concrètes de créer un tel service au sein d’une commune certes station de tourisme, mais avec moins de moyens et d’infrastructures que les grandes agglos. ​L’enjeu était aussi de palier au problème de la pente (zone de montagne oblige). Il fallait impérativement proposer du matériel avec assistance électrique sans quoi l’usager se serait vite découragé d’utiliser un vélo dans notre territoire de montagne. Nous avons donc étudié le marché et sollicité des fournisseurs à même de proposer une solution technique adaptée à la fois à nos besoins et nos moyens.
Dans quelle démarche s’inscrit ce projet ? Répond-il à un problème ou une demande particulière ?
Il s’agit d’un projet précurseur en zone de montagne. Les Gets est la première station en Europe à avoir développé une telle offre. Il s’agissait donc plus d’un pari ou une intuition, que d’une réponse à une demande particulière. Néanmoins, la culture vélo aux Gets est très présente à travers les activités VTT implantées depuis de nombreuses années (exploitation de pistes VTT sur le domaine de la commune en saison d’été + évènements sportifs tels les Championnats du monde VTT en 2004, diverses Coupes du monde organisées par le passé et à venir en 2019, 2020, ainsi que les Championnats du monde en 2022). Bref, cette « fibre » vélo présente aux Gets rendait concevable et cohérent le projet Getslib’ avec l’image l’identité de la commune.
Quels impacts avez-vous pu mesurer depuis l’installation des Getslib’ ?
​Dès le départ, l’idée était de répondre à un double objectif pour la réussite du projet à savoir : répondre à une demande touristique (usage orienté « loisir ») et une demande de mobilité (usage « transport du quotidien ») et donc satisfaire à la fois le touriste et le résident permanent de la commune. Depuis 2015 et le lancement du service, on note un progression forte et constante de la fréquentation chaque année (hausse des utilisations et hausse du nombre d’usagers) avec pour la saison 2018 un pic de 550 usagers inscrits pour près de 5500 trajets effectués.
Combien le projet vous-a-t-il coûté ? Comment le financez-vous ?
Sur les 6 premières années de fonctionnement du service (2014-2019), le projet se chiffre autour de 160 000€ comprenant l’investissement et le fonctionnement.
Il est financé par le budget communal, ainsi qu’avec des subventions provenant de fonds régionaux et départementaux. Au niveau matériel, nous avons aujourd’hui une flotte d’une trentaine de VAE repartis au sein de 6 stations de recharge et dépose disséminés dans le village et ses hameaux. 
Rencontrez-vous des problématiques particulières, ou voyez-vous des limites à ce projet ?
Avec le recul de plusieurs années d’expérience, nous sommes parvenus à régler les problèmes qui pouvaient se poser au départ ; à savoir notamment le volet exploitation courante qui nécessite des moyens humains et matériels pour que le service fonctionne pleinement. Au départ, et si je puis dire victime du succès rencontré auprès des usagers, il est apparu que le service pouvait se retrouver rapidement saturé par la demande si un support technique n’était pas suffisamment présent en coulisse. Pour répondre à cette menace nous assurons depuis 2016 la réaffectation des VAE entre les différentes stations, la maintenance, la gestion des éventuelles pannes et la relation clients avec l’aide d’un agent affecté au service sur une partie de son temps de travail. Au regard des chiffres en constante progression chaque année, et de la satisfaction globale des usagers, nous considérons ce projet comme une réussite et sommes heureux d’avoir été une station précurseur en la matière. Il nous arrive en effet souvent d’être sollicités par d’autres communes touristiques en Haute-Savoie comme ailleurs en France qui se montrent intéressées par cette démarche et désireuse d’imiter l’expérience.
Propos recueillis par Claire Plouy.