#Lecture : Brahim Bouselmi, Le vote a-t-il encore un avenir ?

Pour Brahim Boulsemi et Maxime Georget : voter est indispensable. Encore plus particulièrement aujourd’hui, alors que nous expérimentons une crise de confiance entre le peuple et ses représentants. À travers leur livre « Le vote a-t-il encore un Avenir ? », les auteurs remettent en question le système politique français et la représentativité de notre vote. Nous avons posé nos questions à Brahim Boulsemi afin qu’il évoque avec vous les solutions proposées pour améliorer nos institutions. 

 Pourquoi avoir décidé d’écrire votre livre ? 

Depuis plusieurs années, nous assistons à une défection de plus en plus grande des rendez-vous électoraux qui sont pourtant les piliers de notre système démocratique. La contestation devient toujours plus forte et plus violente dans la rue, les citoyens se lâchent sur les réseaux sociaux, et les sondages d’opinion sont médiatisés sans aucune pédagogie. De plus, pour avoir participé aux élections municipales et sénatoriales, nous avons pu constater le caractère « censitaire » des modes d’élections et des moyens pour y accéder. Ce n’est en effet pas si simple d’être candidat.

En notre qualité d’observateurs et d’acteurs de la Res Publica depuis plusieurs années, engagés sur le terrain pour améliorer le quotidien de nos concitoyens et préparer l’avenir, nous considérons que l’absence de refonte de notre outil démocratique pourrait nous faire basculer dans le chaos. L’élection est un outil pour légitimer nos choix qui doit être renforcé afin de consolider notre modèle démocratique.

Notre livre Le Vote a-t-il encore un avenir ? est un appel à ne pas confondre « objectif » et « moyen » et d’objectiver la problématique de légitimité et de représentativité. Autrement dit, nous appelons au sursaut citoyen pour œuvrer tous ensemble, dans une démarche collective en faveur de l’intérêt général. Ce livre est pour nous le moyen d’apporter notre pierre à l’édifice à la réflexion collective sur nos institutions.

Nous l’avons écrit avant la naissance du mouvement des « Gilets jaunes » parce que nous sentions déjà depuis plusieurs années un réel problème de représentativité démocratique. Les « Gilets jaunes » sont l’illustration que rien ne va plus. Le lien de confiance entre les élus et nos concitoyens qui s’effilochaient s’est rompu, la crise de la légitimité est plus que jamais une réalité. Nous sommes au bord de l’insurrection et il faut répondre à cette situation d’urgence.

Notre démocratie et nos institutions sont-elles compatibles avec la volonté toujours plus grande des citoyens de participer ? 

Tout à fait ! Elle demande juste à être rénovée de façon à inclure les citoyens dans le choix définitif et les rendre acteurs de leurs projections démocratiques. Leur volonté légitimité permettra de renforcer les institutions. Ce qui est surprenant c’est que tous les modèles ont dû inclure l’usager comme pierre angulaire de leurs systèmes en dehors de l’élection ! 

Une réforme institutionnelle est aujourd’hui plus que nécessaire. Elle avait été annoncée par le Président de la République dès le début de son mandat, mais a été repoussée. Au point que finalement rien a été encore réellement réalisé sur cet aspect pourtant essentiel. Nos concitoyens veulent participer certes davantage, mais cela ne se concrétise pas dans les urnes.  Nous avons donc examiné les principales causes du désenchantement démocratique français et les avons étudiées dans notre livre. Tout d’abord, il y a l’hétérogénéité des modes de scrutin qui entraîne par dévoiement la création du vote utile pour les grands partis et des alliances de 2nd tour pour les scrutins de liste sans tenir compte de l’électeur. A cela, ajoutez des élections où des candidats se retrouvent seuls au second tour. Et que dire du rythme important des élections en France ? On est presque à un scrutin par an ! Ensuite, vous avez des représentants peu caractéristiques, le symptôme des “enfants gâtés de la démocratie”, la question de l’exemplarité des certains élus, l’influence des médias et la voie du « voice » ou « exit ». Et là, vous avez un magnifique cocktail à vous dégoûtez d’aller voter ! Il est urgent de faire évoluer les institutions et rendre le vote plus compréhensible, plus lisible pour nos concitoyens. Et ce n’est pas en diminuant le nombre d’élus que nous y arriverons !

Comment réenchanter l’image du vote ? 

Notre livre Le Vote a-t-il encore un avenir ? Se veut avant tout comme une boîte à outils qui s’inscrit dans une démarche pragmatique. Ainsi, nous proposons des solutions simples et non couteuses pour faire adhérer les citoyens au vote, faire revenir les électeurs dans les isoloirs. Ainsi, nous avons développé 14 actions concrètes. Parmi celles-ci, nous proposons notamment d’interdire les désistements de candidats au deuxième tour, d’autoriser le vote des étrangers vivant en France lors des élections locales, de simplifier les “procédures” en privilégiant un scrutin électoral à un seul tour, développer le scrutin à la « proportionnelle majoritaire », reconnaître réellement le vote blanc. A cela s’ajoutent aussi l’inscription obligatoire sur les listes électorales et la mise en place d’un vote obligatoire, et la création d’une démocratie délibérative.

Aujourd’hui, plus que jamais, nos concitoyens qui baignent dans les réseaux sociaux, les chaînes d’information en continu et la fibre optique, ont besoin de proximité, de réactivité et veulent des élus accessibles. Par ailleurs, les partis politiques et les élus ont la responsabilité très importante de respecter le vote des citoyens.

Il est souvent reprocher aux élus de ne pas être légitimes. Comment leur permettre d’agir pendant leur mandat sans être en permanence contestés ? 

Nos élus ne sont plus considérés comme légitimes parce que les élections se jouent dernièrement à la marge du nombre de votants avec une désaffection des électeurs et une forte abstention. Bien évidemment, la remise en question est toujours utile pour avancer, seul ou collectivement. D’ailleurs, la contestation est, à juste titre, considérée comme un signe de liberté et bonne santé démocratique. Toutefois, la contestation permanente peut entraîner une conséquence fâcheuse : la paralysie politique du gouvernement et du Parlement ; or cette paralysie n’est jamais bonne.

Les élus ne doivent pas avoir peur de la proximité. La consultation de nos concitoyens au travers de referendums locaux, la diffusion de bilans d’actions annuels pour permettre une transparence des réalisations, la possibilité pour les citoyens de confronter le projet initial aux actions réellement mises en œuvre, offrir des espaces de parole… tout cela participe à ce que la parole circule et que chacun puisse s’exprimer. Le plus important étant aux élus de tenir les engagements pris devant les électeurs.

Propos recueillis par Baptiste Gapenne