Le Gosier : un média humain pour favoriser la communication interne

Difficile pour les employés municipaux  de la ville du Gosier (97) de communiquer entre eux compte tenu de la disparité géographique des nombreux bâtiments administratifs et des écoles. D’autant plus que la plupart des agents n’ont pas toujours d’ordinateurs ou de téléphones professionnels. Pour répondre à ce problème, la mairie a innové en créant un outil de communication adapté, appelé le « média humain ». Léa Pierre-Justin, directrice du pôle communication, a répondu aux questions de Territoires-Audacieux.fr.

 

Qu’est ce que le média humain ?

Il s’agit des griots, un groupe d’agents volontaires, dont la mission est d’aller à la rencontre des collègues pour leur porter un ou des messages en renfort de la communication interne, parfois jugée insuffisante ou inadaptée (agents ne lisant pas les courriels, ne disposant pas de mails ou ne recevant pas toujours les supports de communication).
Comment vous est venue cette idée ? En quoi est-il nécessaire pour votre territoire ?

L’idée des griots s’est progressivement imposée en raison des difficultés de communication interne. Malgré de nombreux supports (notes de service, journal, messagerie…), le public interne est difficile à toucher intégralement, notamment en raison d’un grand nombre d’agents (près de 700), répartis sur de multiples sites (15 écoles, 5 bâtiments administratifs). Par ailleurs, la plupart n’a pas d’ordinateur ou de téléphones professionnels et ne peut donc être atteinte par les outils numériques. Enfin, les messages ne sont pas toujours lus ou compris par tous.
Sachant que le projet d’administration de la collectivité souhaitait favoriser l’implication et la participation des agents, il était important de penser un “outil” de communication adapté, dans un contexte culturel local marqué par l’oralité. Le terme « griot » est, lui, inspiré d’une tradition encore présente dans certains pays d’Afrique : celle de conteurs, généalogistes ou historiens. Le griot est la mémoire d’une famille, d’un village, d’un pays. Véritable ciment social, le griot est le gardien des traditions et transmet cette mémoire oralement.

Quel est son fonctionnement ? De quelle manière les agents vont au contact du public interne ?

Les interventions des griots sont organisées par campagnes de terrain, préparées sur la base d’objectifs, de calendriers et de sites de passage. Des disponibilités horaires sont accordées aux griots pour se rendre sur le terrain durant le temps de travail. Ces visites font l’objet d’une information en amont tant des responsables des griots que de l’ensemble des chefs de services, invités à bien les recevoir et surtout à permettre aux agents d’entendre leur message.  Des supports peuvent être mis à leur disposition pour appuyer leurs interventions. Ils se déplacent donc au sein de l’ensemble des équipes, seuls, en binômes ou en équipes plus importantes, et déclinent leur message. Quand ils font face à des interrogations des collègues, ils font remonter ces informations afin qu’une réponse soit portée aux agents (si eux-mêmes ne la connaissent pas).

Avez-vous eu des retours positifs depuis la mise en place de ce service en 2016 ?

 

D’octobre 2017 à décembre 2018, deux campagnes d’une à deux semaines ont été organisées, l’une dans le cadre des vœux du Maire au personnel et l’autre dans le cadre de la Semaine de la Qualité de Vie au Travail.
L’expérimentation du dispositif ayant été lancée dans le cadre du déploiement de la Charte des valeurs, elle a permis de s’appuyer immédiatement sur un groupe préexistant, impliqué et désireux d’incarner un projet commun. Le terme de griot a eu un réel effet fédérateur sur ces derniers, les agents se revendiquant désormais griot ou griotte. Les collègues visités se sentent d’autant plus considérés qu’on est venu en personne leur communiquer une information, ce qui est gratifiant.
La première campagne a fait adhérer 80 personnes au projet d’organisation d’un spectacle dans le cadre des vœux du Maire au personnel. La seconde campagne, organisée à l’occasion de la Semaine de la Qualité de Vie au Travail, a permis l’enregistrement de près de 400 inscriptions aux ateliers, formations et temps d’échanges organisés autour du bien-être au travail. De plus, les griots se sont particulièrement investis dans la conceptualisation, l’organisation et la co-animation de ces manifestations. Ainsi ont-ils proposé la présentation de saynètes pour illustrer les valeurs de la collectivité de manière théâtrale.
L’autorité territoriale a donc souhaité consacrer cette fonction de griots et réaliser une fiche de mission du griot, pour en préciser les conditions d’exercice et de reconnaissance par la collectivité. Par ailleurs, des appels à manifestation d’intérêt seront lancés pour assurer un renouvellement de l’équipe et maintenir le dynamisme des campagnes de terrain. Le bilan est donc plus que positif !

Photos par Thomas Vié